Halte à la surenchère, Dialogue : Kabila a tout donné !

L’ordonnance convoquant le Dialogue règle les questions relatives à l’objet (processus électoral), à la participation inclusive (Majorité, Opposition et Société civile) et à la facilitation internationale, de même que celle de la responsabilité de l’application des résolutions à prendre (Président de la République) soumises, on le sait, au mode consensuel. Ce qui veut simplement dire que si le consensus n’est pas dégagé, la résolution ne peut nullement être retenue dans l’accord final. Pourquoi alors redoute-t-on si tant le « Dialogue de la dernière chance », dixit Etienne Tshisekedi ? Apparemment, l’agenda caché n’est ni pour un processus électoral apaisé, ni pour un processus démocratique adulte. Et pour cause !

Deux mois après la promulgation de l’«Ordonnance n°15/084 du 28 novembre 2015 portant convocation d’un dialogue politique national inclusif en République Démocratique du Congo», la mise en place du comité préparatoire prévu à l’article 2 tarde à s’effectuer alors que le délai de dix jours est entièrement dépassé.

« Ce dernier, tout comme le dialogue proprement-dit, sont composés des délégués de toutes les parties prenantes, à savoir, la Société civile, la Majorité Présidentielle et l’Opposition politique, placés sous la Co-modération d’un représentant de la Majorité et d’un représentant de l’Opposition politique », lit-on à l’alinéa 2, l’alinéa 3 soulignant que «  L’organisation et le fonctionnement du dialogue et du Comité préparatoire sont fixés par un Règlement Intérieur ».

L’article 3 retient parmi les tâches celles «d’apprêter les documents de travail et d’élaborer les projets de l’ordre du jour et du règlement intérieur à soumettre à l’approbation de la Plénière du Dialogue», «de déterminer toutes les modalités d’organisation et de fonctionnement du Dialogue» et «de fixer le nombre des participants qui doivent provenir de la Société civile, de la Majorité Présidentielle et de l’Opposition politique, ainsi que la durée et le site devant abriter le forum ».

L’article 4 dispose : «Sans préjudice d’autres dispositions à déterminer par le Règlement Intérieur, le Dialogue comprend un Bureau et une Plénière pouvant éclater en Commissions» et «Le Bureau est assisté d’un Facilitateur international ».

L’article 5 précise : «Le Dialogue porte principalement sur l’organisation d’un processus électoral apaisé, complet, inclusif, crédible et conforme aux standards internationaux et sur toutes les questions connexes au processus électoral» et l’article 6 détermine que «Le Comité préparatoire, la Plénière et les Commissions du Dialogue statuent par consensus».

Les articles 7 et 8 garantissent la bonne exécution des actes en ce que le premier enjoint le Bureau de faire «parvenir les résolutions et recommandations du Dialogue au Président de la République qui les transmet, pour exécution, aux Institutions compétentes» et le second note qu’«Il est institué, à l’issue du Dialogue, un Comité chargé du suivi de la mise en oeuvre des résolutions et recommandations du Dialogue comprenant les représentants de toutes les parties prenantes ».

Pour rappel, l’ordonnance comprend 9 articles, le dernier chargeant le Premier ministre et le Directeur de Cabinet du Président de la République, «chacun en ce qui le concerne, de l’exécution de la présente Ordonnance qui entre en vigueur à la date de sa signature». Allusion est faite notamment à la logistique.

Essentiellement des ex-Kabilistes

Au stade actuel, force est de constater une série d’initiatives internes et externes promouvant le dialogue. En interne, celles de la Cenco et du Nonce apostolique Luis Mariano, en externe, de Saïd Djinnit pour le compte de l’Onu, du Pape François et, en cours, d’Edem Kodjo pour le compte de l’Union africaine.

Le problème – si problème il y a – se pose au sein de l’Opposition avec, d’un côté, les pro-Dialogue et, de l’autre, les anti-Dialogue. Et même parmi les premiers, les contradictions internes à l’Udps compliquent la donne. C’est un secret de polichinelle : lorsqu’Etienne Tshisekedi dit NON, Félix Tshisekedi (le fils biologique) dit OUI. Et lorsque celui-ci dit OUI, celui-là dit NON ! Conséquence : les dirigeants principaux de l’Udps consultés à Kinshasa par Edem Kodjo ne se sont pas engagés formellement même s’ils se prononcent favorablement pour le Dialogue. Ils ont proposé à l’émissaire de l’Union africaine de « monter » à Bruxelles pour prendre lui-même l’avis du lider maximo.

Les anti-Dialogue de l’Opposition font, quant à eux, partie des plateformes «Dynamique» et «G7» auxquels se joint Moïse Katumbi. Fait insolite méritant d’être retenu : les leaders de ces plateformes sont pour l’essentiel des ex-Kabilistes : Kamerhe, Katumbi, Mwando, Kyungu, Banza Maloba, Kamitatu, Endundo et Lutundula qui sont rejoints – via le «Front civil 2016 » par Tshibangu ! De quoi interpeller les non Kabilistes.

Processus électoral apaisé et rassurant pour tous

On sait des pro-Dialogue de l’Opposition qu’ils ont conditionné leur participation à la désignation, par les Nations Unies, d’une médiation internationale, formule corrigée par le conseiller politique le plus écouté d’Etienne Tshisekedi, Dr Ilunga, favorable plutôt à la formule «facilitation internationale». Il est d’avis que la première s’emploie dans le cas de belligérance. Or, la RDC n’est pas en guerre, et le Dialogue préconisé ne règle pas un conflit armé.

On peut dire que plus rien, mais alors rien n’empêche désormais l’Udps de désigner ses délégués pour le Comité préparatoire. Prudence cependant : ce parti a la culture des volte-face déroutantes.

Du côté des anti-Dialogue, on observe une tendance ultra-radicale (ex-Kabilistes) qui se singularise par le rejet catégorique du forum et une tendance moins radicale, qui conditionne sa participation éventuelle par une déclaration solennelle du Président de la République de ne pas rechercher un 3ème mandat !

Il faut bien relever le non-sens d’une telle déclaration dans la mesure où tous les anti-Dialogue réunis annoncent chaque jour et à chaque instant la fin du mandat du Président Kabila le 20 décembre 2016, qu’il pleuve, qu’il vante, voire qu’il neige au pays des tropiques.

Seulement voilà : la question de fond – connue de tout le monde – est de savoir ce qu’il adviendrait de la RDC si – pour une raison ou une autre – le processus électoral venait à connaître un retard. Il y a le précédent 2011. L’investiture a eu lieu le 20 décembre 2011. Or, en 2006, elle était intervenue le 6 décembre.

Dans le contexte actuel, ce qui importe, c’est l’organisation d’un processus électoral apaisé et rassurant pour tous. D’autant plus que alternance politique – on ne cessera jamais de le répéter – ne veut pas forcément dire défaite de la Majorité et victoire de l’Opposition. La Constitution n’interdit pas à la Majorité la conservation du pouvoir.

Le Président de la République ayant donc donné ce qu’il est censé donner, c’est aux autres protagonistes d’en faire autant, tout dialogue étant par nature le rendez-vous du donner et du recevoir…

Omer Nsongo die Lema

In La Nouvelle République n°32

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