26 novembre 2011 : la fête de la démocratie gâchée…

Le candidat n°3, Joseph Kabila, au stade des Martyrs ; le candidat n°11,  Etienne Tshisekedi, à l’esplanade du Palais du Peuple (et non au stade Tata Raphaël ni au Stade des Martyrs comme le dira son staff) ; le candidat n°5, Vital Kamerhe, au stade Tata Raphaël et le candidat n°6,  Léon Kengo, au vélodrome de Kitambo : la clôture de la campagne électorale lancée un mois plus tôt, précisément le 28 octobre 2011, se veut la fête de la Démocratie, ce samedi 26 novembre 2011… 

Les observateurs avertis ont encore à l’esprit la présence, à Goma, le 14 novembre 2011, des candidats n°3 et n°11, le second ayant précédé le premier de moins d’une heure. Aucun incident n’est relevé. La Presse salue l’esprit de tolérance. Ce qui ne peut que rassurer les esprits le samedi 26 novembre, au lever du jour à Kinshasa.

Hélas !, de l’esplanade du Palais du Peuple où nous nous retrouvons aux environs de 7h30 en route pour l’aéroport international de Ndjili pour couvrir le retour à Kinshasa du candidat n°3, en provenance du Kongo Central, nous percevons des signes de fébrilité non rassurants. La foule, qui s’amasse devant la tribune, est visiblement montée contre toute personne ou tout véhicule arborant tout matériel de campagne avec effigie de Joseph Kabila Kabange. C’est particulièrement sur le boulevard Lumumba, à partir du croisement avec le boulevard Sendwe, que l’animosité redouble d’intensité. Plus l’on avance vers l’aéroport, plus s’accroît la menace.

Sur le tronçon pont Matete-camp Badara, nous ne savons pas trop bien faire la différence entre, d’un côté, les partisans et les sympathisants de l’Opposition, particulièrement ceux du candidat n°11, et, de l’autre, les marcheurs qui envahissent chaque samedi la chaussée pour le jogging matinal auquel prennent part des adultes, mais aussi et surtout des enfants. Nous entendons des chants et des cris alarmants.

C’est à l’aéroport de Ndjili, dans les installations de la Rva attenantes au salon VIP, que nous prenons la mesure du péril : c’est en sang que partisans et sympathisants du candidat n°3 débarquent des bus CityTrain aux vitres et phares brisés. Ils avouent avoir été attaqués à partir du lieu-dit « Eucalyptus de Ndjili ».

Sur ces entrefaites, Augustin Katumba Mwanke (paix à son âme) est au téléphone. Longuement au téléphone. Trop longtemps pour ceux qui attendent de l’approcher.

Un peu plus tard, on le voit se concerter avec le gouverneur André Kimbuta de la ville-province de Kinshasa, et quelques personnalités de la Majorité présidentielle.

A l’issue de la concertation, deux décisions tombent : primo, l’annulation pure et simple de toutes les manifestations publiques à caractère politique prévues à cette date. Car la ville est effectivement en train de brûlerSecundo, la délocalisation de l’atterrissage du candidat n°3. Ce n’est plus à l’aéroport international de Ndjili, mais à l’aérodrome de Ndolo, à une dizaine de kilomètres en direction du centre-ville.

C’est en cortège que nous quittons donc le salon VIP pour nous engager sur le boulevard Lumumba, avant de prendre l’avenue Funa et de déboucher sur l’aérodrome.

Tout peut arriver. Particulièrement le pire

Le long du Bd Lumumba, nous apercevons des adultes, mais aussi des enfants en train de caillaisser le cortège. Oui, des enfants. De quoi rappeler l’épisode centrafricain des années Bokassa !

On en vient à l’instant à se demander si c’est bien les riverains des communes de Ndjili, de Masina et de Kimbanseke qui se livrent à ces exactions, car cela ne leur ressemble pas. Depuis les événements du 2 août 1998, la Tshangu – contrairement à ce qui se dit – n’a jamais été anti-Kabila. On n’a qu’à se référer au bain de foule que Joseph Kabila s’offre sur ce boulevard chaque fois qu’il descend de son véhicule et fait des cent pas. On en veut pour preuve le bain de foule post-électoral qu’il s’offre en février 2012 alors qu’il revient de sa ferme de Kingakati.

En contre-sens, à partir de l’échangeur de Limete, nous voyons ce samedi 26 novembre 2011 des jeunes gens, manifestement pro-candidats n°11, en train de remonter par vagues le boulevard Lumumba, se dirigeant vers l’aéroport de Ndjili, et visiblement prêts à en découdre avec toute personne qui porte signes et insignes du candidat n°3 : pagne, foulard, tee-shirt, drapelet, kepson etc.

A l’atterrissage du candidat n°3 à Ndolo, ses partisans et ses sympathisants, partis du stade des Martyrs situé à près d’un kilomètre et demi, envahissent l’aérodrome et ses parages. Ils veulent porter leur favori en triomphe. Joseph Kabila Kabange quitte Ndolo après le bain de foule, prend la direction du pont Kasa-Vubu (Cabu) dans une avenue de la Funa envahie par les Kinois qui se reconnaissent en lui et rentre en sa résidence de Gombe, passant par l’esplanade du Palais du Peuple presque vidé des « combattants », tous en route pour l’aéroport de Ndjili, comme en réponse à une consigne tardive.

C’est alors que nous apprenons l’atterrissage imminent, sur le même aérodrome de Ndolo, du candidat n°11 en provenance, lui aussi, du Kongo Central ! Renseignements pris : son avion est dérouté sur cette piste pour éviter des affrontements, car les informations font déjà état des casses et d’éventualité de mort d’hommes au siège du Parti lumumbiste unifié, Palu, du patriarche Antoine Gizenga, allié du candidat n°3. Ce siège est situé sur le boulevard Lumumba, quartier De Bonhomme, non loin du pont Matete. C’est le passage obligé pour se rendre à l’aéroport de Ndjili ou en revenir.

Vérification faite plus tard : il y a effectivement mort d’hommes au siège du Palu. Dans un premier temps, on parle de deux sur place ; dans un second temps, de quatre autres des suites de blessures graves subies !

Or, tout le monde sait que des affrontements entre « combattants » et « camarades » à Kinshasa ne pourraient que dégénérer au Bandundu, au Kasaï Occidental et au Kasaï Oriental, peut-être avec débordements au Katanga. Dans un pays encore fragilisé par une campagne électorale caractérisée par des provocations délibérées, tout peut arriver. Particulièrement le pire.

Ce qui serait advenu du pays

Après le départ du candidat n°3, la question qui va préoccuper tout le monde est de savoir si la Garde républicaine a réellement tiré, et encore tiré à bout portant sur des passants et des manifestants, comme l’affirmeront plus tard l’Opposition et les ONGDH pro-candidat n°11. Si tel avait été le cas, il y aurait eu un vrai carnage. Fait étrange : l’unique photo de la Garde républicaine publiée par les anti-Kabila montre deux éléments en train de tir en l’air. Ce qu’on appelle généralement « tirs de sommation ». En plus, la photo ne précise pas la date, encore moins les circonstances de sa prise. On saura seulement que les Renseignements procéderont dix semaines plus tard, précisément le mercredi 8 février 2012, à l’arrestation d’un proche du candidat n°11, en partance pour l’Allemagne. Ils découvriront dans son lap top beaucoup de photos dont l’une montre des agents de l’ordre braquant des armes sur un groupe d’hommes apeurés. Vérification faite : cette photo est de la Côte d’Ivoire !

Fait tout étrange : l’ONG Human Rights Watch, qui s’empresse de publier son rapport faisant état du décès de 18 personnes, dont 14 combattants tués à bout portant, se révèle jusqu’à ce jour incapable de produire les preuves réclamées par le Gouvernement.

Nous continuons, par voie de conséquence, de nous poser cette petite et simple question : rentré de sa campagne électorale revigoré par, d’un côté, la forte mobilisation de son électorat et, de l’autre, la confirmation des fissures au sein de l’Opposition partie en « désordre de bataille » (pour reprendre le titre d’un périodique), qu’est-ce que le candidat n°3 avait-il à engranger comme dividendes des troubles « planifiés » pour le samedi 26 novembre 2011 alors que le scrutin à un tour lui était favorable ! Il savait tout de même, au 25 novembre 2011, ses chances de l’emporter accrues…

S’il se trouve alors un candidat conscient de perdre, un candidat à avoir tout intérêt à perturber le scrutin du 28 novembre 2011 en se servant des incidents du 26 novembre, il est à chercher ailleurs. Naturellement dans le camp des candidats Opposants. Après tout, ces derniers le savaient : en se partageant leur propre potentiel électoral, ils se tiraient tous par le bas et les voix obtenues par les 9 autres candidats seraient d’office perdues puisque ne pouvant servir à quelque repositionnement !

Kinshasa, qui s’apprête le samedi 26 décembre 2011 à célébrer la fête de la Démocratie, voit, hélas ! celle-ci délibérément gâchée par des mauvais perdants. Ceux qui n’ont jamais voulu d’élections au cours des 51 ans d’indépendance du pays.

Augustin Katumba Mwanke a une bonne raison de se sentir malheureux. A la différence de la campagne électorale de 2006 confiée à l’autre, celle de 2011 a été managée par lui-même, grâce à la Commission Logistique efficace et à la Commission Médias redoutable mises en place à Procoki. La Commission Logistique est parvenue à quadriller tous les coins et recoins du pays par un dispatching formidable du matériel de campagne. Le 26 novembre 2011 devait être son jour de sacre.

Lorsque, le 12 février 2012, la nouvelle du crash de son avion puis de son décès se répand dans la ville, la première question que nous ne pouvions que nous poser était de savoir ce qui serait advenu du pays si l’homme n’avait pas réussi à convaincre le Raïs – que l’on dit un dur à cuire – de poser l’acte salutaire empreint d’humilité consistant, on s’en doute, à accepter le déroutage de son avion sur l’aérodrome de Ndolo.

Assurément le pays aurait pris feu avec, peut-être, une conséquence choquante : sa disparition pure et simple.

Si nous nous retrouvons aujourd’hui avec un Congo resté uni, c’est parce qu’un certain 26 décembre 2011, deux hommes l’ont voulu : Celui à qui l’Ambassadeur Augustin Katumba Mwanke avait longuement eu au téléphone – nous pensons au Raïs Joseph Kabila Kabanga – et celui qui avait eu le courage de le convaincre. Nous citons  Augustin Katumba Mwanke.

Quoi de plus normal, en ce jour mémorable du 12 février 2016, que de lui rendre les hommages mérités. 

 

Omer Nsongo die Lema

Chroniqueur politique

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