Lettre ouverte aux « Filimbi » et « Lucha » du Nord et du Sud Kivu

CONCERNE : vos préoccupations relatives à l’accès à l’éducation, à l’emploi, à l’eau, à l’électricité, aux soins de santé, au transport et à la sécurité, sous couvert de démocratie et d’alternance politique.

Chers Compatriotes, 

En souvenir de tristes événements de janvier 2015 et de février 1992, le mouvement «Front citoyen 2016», auquel vous avez adhéré, a organisé la semaine du 19 au 25 janvier 2016  ainsi que le 16 février 2016 des manifestations, paraît-il, en mémoire des martyrs de la démocratie dont la majorité, pourtant – et vous l’avez découvert à vos dépens – a pillé les édifices publics et détruit les commerces des Chinois.

Vous l’avez sans doute constaté : l’Opposition radicale et sa branche de la Société civile n’ont pas réussi la mobilisation escomptée. A la base, vous vous en doutez, le refus significatif des compatriotes de votre génération de donner leur caution à une initiative qui s’est révélé plutôt politicienne que politique. Surtout lorsqu’elle est le fait des acteurs et des activistes directs ou indirects à la base de l’échec des 37 premières années d’Indépendance.

Cette introduction nous permet de vous interpeller sur les thèmes qui motivent essentiellement vos préoccupations, à savoir, en amont, l’accès à l’éducation, à l’eau, à l’électricité, aux soins de santé et au transport, en aval, le processus démocratique avec ses notions sacrées d’Etat de droit, des libertés fondamentales, d’élections etc. Nous ajoutons de façon expresse la sécurité.

EDUCATION

Peut-être que vous ne le savez pas, la réalité à ce jour est que le Nord Kivu et le Sud Kivu sont deux des provinces congolaises les plus favorisées en implantation d’écoles, malgré l’insécurité ambiante entretenue par des groupes armés nations et étrangers.

Les efforts du régime actuel s’expliquent par le fait que vos provinces connaissent un taux de déscolarisation élevé, comparé à celui d’autres entités de la République. A la base, justement les guerres cycliques.

Le régime s’emploie à faire de sorte que chaque localité ait au moins une école primaire doublée d’une école secondaire, l’objectif étant de ramener le Kivu à son niveau d’antan, lorsque s’y formait l’élite nationale sous la colonisation.

Défavorisés près de quatre décennies durant, livrés pieds et poings aux Etats voisins – en l’occurrence l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi pour des contacts économiques et sociaux avec l’extérieur – les Nord et le Sud Kivu avaient affiché ouvertement leur nationalisme en fournissant  le gros des troupes de la guerre de libération menée sous la conduite du Mzee Laurent-Désiré Kabila en 1996 et 1997.  Il le fallait bien.

Renseignez-vous auprès de n’importe quelle source crédible : vous apprendrez singulièrement qu’entre 1990 et 1997, le pays avait connu de très sérieux problèmes au plan de l’enseignement alors que la situation s’empirait déjà vers les années 1980. L’Etat étant rendu incapable d’assumer sa mission, apparaîtront les phénomènes « prise en charge des études par des parents » et « années scolaires et des années académiques soit blanches, soit élastiques ». Ne vous laissez donc pas berner : ces phénomènes ont apparu avant 1997 et 2001.

Au cours de ces années dures, les acteurs politiques à la base de l’échec de la 1ère et de la 2ème Républiques et de la Transition 1990-1997 enverront pour la plupart leurs enfants en Occident pendant que vos aînés – enfants des pauvres hélas ! – connaîtront ces phénomènes, et vous-mêmes par la suite. C’est le Moloch que nous combattons tous, mais en y allant avec intelligence et sagesse.

EMPLOI

Affecté par la mauvaise gouvernance des deux premières Républiques, l’Emploi sera durement touché par la conjugaison des effets négatifs de la suspension de la coopération structurelle (à la suite du fameux massacre d’étudiants survenus sur le campus de l’Université de Lubumbashi en mai 1990), des pillages du tissu économique et social de 1991 et de 1993, des grèves à caractère politique dénommées « journée ville morte », de la perturbation du système monétaire avec la thésaurisation, la contrefaçon et la création des zones parallèles, du désinvestissement, bref de tout ce qui perturbe partout au monde le climat des affaires.

Générateur d’emplois, le tissu économique englobe, vous le savez, l’industrie, le commerce et les services ; le tissu social l’éducation, la santé, le transport etc.

Les pillages survenus les 23 et 24 septembre 1991 et le 28 janvier 1993 avaient non seulement mis au chômage vos grands-parents, vos parents et vos aînés, mais en plus contraints au chômage ceux des vôtres qui terminaient leurs études. Vous en êtes des lointaines victimes.

Au cours des mêmes années dures, les acteurs politiques à la base de l’échec de la 1ère et de la 2ème Républiques et de la Transition 1990-1997 laisseront pour la plupart leurs enfants trouver du travail en Occident pendant que vos aînés – enfants des pauvres hélas ! – subiront les affres du chômage. C’est l’autre Moloch que nous combattons tous, mais en y allant avec intelligence et sagesse.

Avec la Révolution de 1997 partie – pour rappel – de vos montagnes, de vos collines et de vos vallées verdoyantes – l’objectif du Mzee était de restaurer les conditions de fonctionnement normal d’un Etat moderne. Un travail de Titan nécessitant des mesures drastiques dont certaines devaient nécessairement être impopulaires. Surtout au plan politique.

Vous savez que 14 mois seulement après son avènement, la Révolution fera face aux guerres d’août et septembre 1998 surgies, d’ailleurs, au lendemain du lancement du Franc congolais, outil monétaire qui devait permettre au nouveau régime de disposer des moyens de sa politique après avoir pratiqué la politique de ses moyens.

Désapprouvées par la population congolaise dans sa majorité, ces guerres susciteront en 1999 l’Accord de Lusaka duquel le Dialogue national (Négociations inter-congolaises) tire son existence sous la dénomination «Dialogue intercongolais.

Il a fallu l’avènement du Raïs Joseph Kabila Kabange à la magistrature suprême en 2001 pour voir ces assises, tenues d’abord en Ethiopie, ensuite en Afrique du Sud, mettre fin aux fameuses guerres, entreprendre la pacification et la réunification du pays, entamer la reconstruction nationale et, bien sûr, actionner le processus électoral.

EAU, ELECTRICITE, SOINS DE SANTE, TRANSPORT PUBLIC

Dans vos revendications, Chers Compatriotes, vous soulevez aussi les préoccupations relatives à la fourniture de l’eau, de l’électricité, du transport et des soins de santé. Elles sont effectivement fondées. Il importe cependant de les contextualiser pour en circonscrire la portée.

Sous la 1ère République, l’Etat avait été tellement malmené par des sécessions, des rébellions et des conflits de leadership aux niveaux aussi bien national, provincial que territorial qu’il s’était résigné à s’appuyer essentiellement sur les infrastructures héritées de la colonisation.

Il n’avait donc rien construit de solide.

Sous la 2ème République, l’Etat n’avait pas entrepris sur fonds propres des investissements lourds dans ces quatre secteurs. Il s’appuyait essentiellement sur la coopération structurelle. D’où la dette extérieure partie de 6 milliards de USD comme principal à 14 milliards de USD, intérêts compris pour des programmes pour Régideso, Snel, ex-Onatra, ex-Sncz, Otcc, Citytrain, Office des routes, Rva, Rfv, Rvm, hôpitaux généraux de référence,  etc.

Et voilà qu’en 1991, dans la foulée du fameux massacre de l’Université de Lubumbashi évoqué ci-haut, les bailleurs de fonds suspendent cette coopération mais laissent courir les intérêts. Ainsi, du jour au lendemain, sont arrêtés les travaux en cours d’exécution dans ces entreprises et services.

La situation va s’aggraver avec les pillages de 1991 et de 1993, si bien que l’Etat perdra une source importante de ses recettes budgétaires et deviendra incapable de relancer les travaux brutalement arrêtés. Il va recourir systématiquement à la planche à billets génératrice, vous le savez, d’effets inflationnistes. La monnaie va entrer dans un cycle de dépréciation continue au point de faire émettre les fameux billets de 1.000.000 et de 5.000.000 de Zaïres. Ironie du sort : la planche à billets servira plus à financer des actions politiques improductives qu’à relancer, par exemple, les travaux à l’arrêt.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le phénomène d’accès difficile à l’eau et à l’électricité (délestage), aux soins de santé (prise en otage des patients incapables de s’acquitter des frais médicaux), au transport par route, par train, par bateau et par avion. A Kinshasa, par exemple, les taxi-bus généralement de 8 places doubleront les passagers à 16 (phénomène dit «sardines» ou «kabola makolo» ou encore «rail»). On apprendra, lors de la Conférence nationale souveraine, que des moteurs d’avions de guerre avaient été rachetés par des particuliers afin d’équiper leurs propres bateaux, ceux de l’ex-Onatra ayant été cannibalisés pour éviter la concurrence…

VOUS PORTEZ LE SANG MAÏ-MAÏ !

Si déjà Kinshasa – la ville des privilégiés – connaît une situation aussi pénible, vous comprenez ce qui devait advenir des provinces déjà appauvries. Cas des vôtres.

Normalement, Chers Compatriotes, il vous revient, à vous jeunes membres de « Filimbi » et de « Lucha », de comparer les efforts du régime actuel avec ceux du régime déchu, si vous voulez réellement saisir toute la différence entre les deux.

A dire vrai, le régime actuel est en train de réparer les dégâts du régime déchu, au demeurant reconnu par le maréchal Mobutu dans son discours du 24 avril 1990. Ce jour-là, le maréchal retiendra des mémorandums reçus des Consultations populaires « la dégradation des infrastructures sociales », dont les « Hôpitaux, écoles, universités, édifices publics ». Il ajoutera « la vétusté des formations médicales, la carence en équipements et en médicaments, l’insuffisance du personnel médical, la surpopulation dans les salles des cours ainsi que dans les résidences universitaires et les internats, la modicité des rémunérations des agents de l’Administration publique, le sous-emploi des cadres universitaires, certains abus qui se commettent par-ci par-là ». Ceci au plan social. Au plan économique, il constatera « la dégradation des voies de communication », dont les « routes, voiries, télécommunication », non sans épingler « le poids de la fiscalité et de la parafiscalité, les tracasseries administratives, les invendus dans les collectivités rurales, la détérioration des termes de l’échange du paysan, l’insuffisance de l’énergie électrique dans certaines régions du pays« .

Chers Compatriotes, 

Vos collègues, fils et petits-fils des barons du Mpr Parti-Etat, insultent la mémoire de vos grands-parents, de vos parents et de vos aînés, victimes expiatoires de la mauvaise gouvernance du pays entre 1960 et 1997, lorsqu’ils se présentent en censeurs du régime actuel, donc en encenseurs du régime déchu. Incapables de revenir aux affaires par la voie démocratique, les grands-parents, les parents et les aînés de vos collègues pensent qu’ils peuvent vous retourner, vous qui portez pourtant le sang Maï-Maï, contre les vôtres aux motifs des difficultés d’accès aux besoins de base auquel nous ajoutons la sécurité.

Mais d’où provient l’insécurité dont vous vous plaignez ? Savez-vous que tous les groupes armés étrangers, cités dans l’Accord de Lusaka de 1999, ont préexisté à l’avènement de la Révolution du 1997 ? Il s’agit d’ex-Far et de milices Interahamwe dénommées maintenant Fdlr, de l’Adf, de Lra, de l’Unrf II, de Wndf, de Nalu, de Funa et des Fdd. Tous ont été créés sous le régime Mobutu.

C’est pour résister à leur invasion et les chasser du territoire national que les Maï-Maï – les vrais alors puisque les faux existent – se mettent aux côtés des Fardc pour les combattre et combattre en même temps leurs pendants internes.

Le moment est donc venu pour vous de vous demander pourquoi il n’y a que le Nord Kivu et le Sud Kivu (on peut ajouter la partie nord de l’ex-Province Orientale) où opèrent les groupes armés étrangers. Pourquoi pas l’ex-Equateur ? Pourquoi pas l’ex-Bandundu ? Pourquoi pas l’ex-Katanga ? Pourquoi pas l’ex-Grand Kasaï ? Pourquoi pas le Maniema, le Kongo Central et Kinshasa ? Après tout, c’est aussi de ces provinces que sont ressortissants certains des barons du régime déchu et dont les petits-enfants et les enfants s’autoproclament vos leaders !

C’est bien la preuve que l’affaiblissement du Nord et du Sud Kivu dans tous les domaines a été planifié par ces barons. Les mêmes qui déstabilisent le régime actuel chaque fois qu’il est question, pour ce dernier, de combattre les forces du mal écumant vos provinces. Ils utilisent alors des artifices comme Droits de l’homme, Etat de droit, Elections etc.

Aujourd’hui, pour donner plus de chance à leurs rejetons de leur succéder, c’est-à-dire de vous maintenir au-dessous des leurs comme l’ont été vos grands-parents, vos parents et vos aînés, ils suscitent et piègent vos mouvements.

Oui, le moment est venu, pour vous, d’interpeller vos collègues d’autres provinces, surtout ceux de la descendance mpérienne, pour leur demander où étaient-ils entre 1990 et 1997 ? Qu’avaient-ils fait pour le Nord et le Sud-Kivu lors de la guerre de libération menée par Mzee Laurent-Désiré Kabila ? Quelle était leur position par rapport aux des guerres de 1998 ?

Demandez-leur surtout s’ils sont prêts à vous rejoindre au front pour combattre ensemble les Adf-Nalu, les Fdlr etc. Vous verrez qu’ils vont se défiler ! Simplement parce qu’ils savent qu’ils ont toujours été en sécurité, qu’ils ont toujours bien étudié, qu’ils ont toujours trouvé de l’emploi, qu’ils n’ont jamais connu le phénomène délestage en eau et en électricité, qu’ils ont toujours accès aux meilleurs des soins de santé, qu’ils ont toujours voyagé dans les conditions les meilleures.

CONCLUSIONS

Jeunes des mouvements « Filimbi » et « Lucha » : ne vous laissez alors pas distraire par des copines et des copains qui sont peut-être avec vous, mais qui ne sont pas des vôtres ! Ils seraient sincères avec vous s’ils avaient commencé par dénoncer l’action passée de leurs grands-parents, parents et aînés sur vos provinces et solliciter votre pardon. Or, ils ne l’ont pas fait. Et ils ne le feront jamais. C’est la preuve que leur rapprochement avec vous est suspect.

Et comme l’exhorte la Parole de Dieu en 2 Corinthiens 6 :17 : « C’est pourquoi, Sortez du milieu d’eux, Et séparez-vous, Ne touchez pas à ce qui est impur »…

 

www.congo30juin.com

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