Dans son calendrier de 2015, la Céni avait prévu près de 16 mois pour le fichier électoral !

Après la visite du Président Joseph Kabila au siège de la Céni le vendredi 6 mai dernier, le débat autour de la tenue de la présidentielle 2016 est relancé pour sa faisabilité ou non. Un quotidien a même proposé pour son édition du lundi 9 mai 2016 la manchette troublante «Nouvelle carte d’électeur : Joseph Kabila le premier servi». Il s’est rattrapé dans le contenu de l’article en indiquant qu’il s’agit juste d’un test ! Coïncidence fortuite ou non : ce test a eu lieu 6 mai 2016, date retenue par la Centrale électorale, dans son calendrier du 12 février 2015, pour l’ouverture de l’inscription des candidatures en prévision de la présidentielle et des législatives. Ce qu’il faut toutefois relever d’important, c’est que les activités préparatoires de la mise à jour du fichier électoral (point 98) devaient débuter le 26 janvier 2015 (avec effets rétroactifs) pour finir le 11 juillet 2016 (point 108). La publication des listes provisoires des candidats à ces deux scrutins devaient se faire à partir du 1er juillet prochain. Dès lors qu’il s’agit de contraintes purement techniques, on devrait avoir le courage de l’admettre : il sera matériellement impossible de compresser les 16 mois dans quatre ou cinq mois pour espérer la convocation du corps électoral au plus tard le 20 septembre 2016. Conséquence : il est exclu de voir les deux élections se tenir dans les délais constitutionnels…

 

Si Corneille Naanga, tout expert qu’il est en matière électorale, parle de 16 mois et rappelle que cela a été le cas pour les deux scrutins passés (2006 et 2011), un autre expert, Jérôme Bonso, président de la Linelit (Ligue nationale des élections libres et transparentes) renchérit en soutenant le délai de 22 mois pour la « Construction d’un nouveau fichier électoral« . A l’en croire, il faut :

– pour l’appel d’offre : 2 mois,

– pour la commande des kits : 2 mois,

– pour l’acquisition et l’entreposage des kits : 1 mois,

– pour le déploiement des matériels : 2 mois,

– pour la formation des agents : 1 mois,

– pour le pré-test des matériels : 15 jours,

– pour l’enrôlement des électeurs par stratégie de progression : 6 mois,

– pour l’analyse des données ou nettoyage : 2 mois,

– pour l’audit externe du fichier électoral : 4 mois, et

– pour l’actualisation de la cartographie des opérations électorales : 1 mois.

Au total : 21 mois et 15 jours arrondis à 22 mois.

Il s’agit là de deux avis émis par des deux experts congolais dont l’un opère dans le secteur public, l’autre le secteur privé, bien qu’ils appartiennent à la Société civile.

« Les élections, c’est d’abord le fichier »

Il est aisé de noter ici que Jérôme Bonso ne contredit pas le général Siaka Sangaré de l’Oif qui a prévu quatre mois pour l’audit externe du fichier électoral.

Le général n’ayant jamais assimilé sa mission à la construction dudit fichier, il y a lieu de déplorer l’amalgame délibérément entretenu autour de ce timing par certains dirigeants politiques, d’autant plus que cette opération-là est juste une des étapes dans la mise sur pied de l’instrument sans lequel l’élection n’a aucun sens. Dans de ses déclarations, Corneille Naanga a lancé la sentence  «les élections, c’est d’abord le fichier !».

A propos de l’Oif, la presse aura eu des réactions à la mesure des évidences. Ainsi, «Le Phare», dans son édition du 13 novembre 2015, tranche : «Rapport d’audit : l’OIF confirme la pollution du fichier électoral de la Ceni». Radio Okapi, le même jour, relève dans sa dépêche : «RDC : le travail de l’audit du fichier électoral de l’OIF est incomplet, estime la Linelit». Rfi, dans la sienne, portant la même date, note : «RDC : le fichier électoral n’est pas encore au point, selon l’OIF».

Déjà, le 2 juin 2015, Martin Fayulu s’était clairement opposé à la mission de l’Oif. Dans la déclaration politique publiée à cet effet, il avait annoncé : «Pour les FAC, à la date d’aujourd’hui, l’audit du fichier électoral est dépassé et est sans intérêt, car sa réalisation devait normalement servir à identifier les faiblesses du fichier de 2011 et à formuler ainsi des recommandations pertinentes pour s’assurer de sa fiabilité ;

«Les FAC considèrent qu’il est impérieux de procéder à une nouvelle opération d’enrôlement des électeurs pour avoir un fichier fiable incluant tous les congolais âgés de 18 ans et plus qui se trouvent présentement sur le territoire national ;

«Ainsi, les FAC adhèrent totalement à l’esprit et à la lettre de la Résolution 2211 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 26 mars 2015 qui, en son point 20, demande ‘d’actualiser les listes électorales en toute régularité afin que les élections puissent se tenir dans les temps, en particulier la présidentielle et les législatives de 2016 prévues par la Constitution’». En d’autres termes : le recensement électoral intégral.

« …l’opération va aller à plus de 16 mois »

Depuis le 13 novembre 2015 à ce jour, y a-t-il eu des nouveaux éléments par rapport au fichier électoral ? Aucun ! La réalité est qu’au 6 mai 2016, le seul élément nouveau est la visite effectuée par le Président Joseph Kabila au siège de la Céni, non pour un enrôlement mais pour un test d’enrôlement devant, d’ailleurs, départager sou peu deux des fournisseurs des kits électoraux présélectionnés.

Dans sa dépêche du 6 mai 2016 mise en ligne à 18h04 puis modifiée à 19h04, le site www.radiookapi.net précise que « La visite du chef de l’Etat est intervenue un jour avant le lancement du test pilote de recrutement des fournisseurs des kits d’enrôlement, des cartes d’électeurs et des groupes électrogènes ». Prenant à cette occasion la parole, le président de la Céni déclare : «On a profité de son séjour pour tester les équipements de deux fournisseurs qui sont restés en lice. Ce qui a permis qu’on délivre les premières cartes spécimen pour l’opération pilote». Il relève par la suite que « C’était une occasion pour la CENI de lui présenter ce qui est fait jusqu’à ce jour mais aussi les problèmes auxquels la CENI fait face pour évoluer dans ce processus ». Résultat : «Le chef de l’Etat a écouté nos préoccupations et il nous a promis son appui en tant que garant du bon fonctionnement des institutions pour que nous atteignions cette fin», a-t-il conclu. Pour rappel, le président du Bureau de la Ceni venait d’annoncer le 15 avril 2016 la publication d’un chronogramme devant reprendre les dates et les différentes opérations à effectuer dans le cadre de la révision du fichier électoral. «Nous allons donner des éléments dans le chronogramme qui sera publié sur la révision. Quand on parle de juillet, c’est la collecte des données, c’est-à-dire le moment où nous allons commencer à enrôler les congolais, c’est-à-dire donner des cartes d’électeurs», retient la dépêche du même site.

Pour rappel encore, sous le titre «RDC : Le président de la CENI demande plus de 16 mois pour organiser les élections présidentielles», l’agence chinoise Xinhua a mis en ligne le 29 avril 2016 à 9h22 sa dépêche attribuant à Corneille Naanga les propos selon lesquels «Il faut commencer d’abord l’enrôlement des nouveaux électeurs, une opération qui va prendre une période de plus de 16 mois. En 2006, cette opération a duré 16 mois, en 2011 elle a pris la même durée, maintenant en 2016 que nous devons enrôler aussi les Congolais vivant à l’étranger, c’est-à-dire, l’opération va aller à plus de 16 mois« .

Cette déclaration, il l’a faite à l’occasion de la publication du rapport d’observation de la Commission Episcopale Justice et Paix (CEJP) – structure membre de la Cenco – sur les élections des gouverneurs et vice-gouverneurs des 21 nouvelles provinces.

A prendre telle qu’elle est… 

Au stade actuel, il n’est point besoin de chercher ou de rechercher des responsabilités à attribuer à la Majorité ou à l’Opposition pour le retard enregistré dans les préparatifs des élections, notamment en ce qui concerne le financement du processus électoral.

Autant il est bon pour l’Opposition parlementaire de demander au Gouvernement des comptes sur la gestion de 800 millions de dollars constituant la totalité des affectations budgétaires prévues pour les exercices 2012, 2013, 2014 et 2015, autant la même Opposition a tort de n’avoir pas cherché à savoir ce qu’était devenu le « Trust found » alors que chaque année, elle conditionne l’examen de la nouvelle loi budgétaire par la reddition des comptes.

Maintenant que le Gouvernement libère progressivement les fonds nécessaires, l’idéal, pour toutes les parties concernées, est d’accompagner méthodiquement la Céni dans la réalisation du calendrier électoral révisé mais global auquel la Résolution 2277 du 30 mars 2016 l’a astreint. D’autant plus que chaque jour qui passe – et qu’on perd – influe forcément et négativement sur les délais constitutionnels.

Dans cette logique, la Céni est d’abord à prendre telle qu’elle est : une institution technique. D’autant plus que, quel que soit le schéma institutionnel pouvant se produire,  le timing fixé restera le même si le processus électoral est toujours de mise.

Il y aura toujours un « Jour J + timing du calendrier Céni ».

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

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