Corneille Naanga est formel. Plus de doute : il n’y aura pas d’élections en 2016 !

«INVITÉ AFRIQUE», le président de la Centrale électorale a accordé le 7 juin 2016 à Sonia Rolley, pour le compte de Rfi bien entendu, une interview qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain Apollinaire Malu-Malu début 2004 lorsque l’abbé président de la Cei avait annoncé l’impossibilité d’organiser les échéances électorales avant la fin de la transition fixée au 30 juin 2005 avec possibilité d’une prorogation de six mois deux fois, qu’il pleuve ou qu’il neige ! L’Udps avait organisé une manifestation publique au cours de laquelle il y avait eu, hélas !, mort d’hommes. Onze ans après ou presque, son successeur à la tête de la Céni – qui se révèle un redoutable debater – n’a usé ni des fioritures ni des formules alambiquées pour dire haut tout ce que tout le monde sait déjà. «Il est vrai que le fichier ne sera pas disponible avant la fin de l’année. En milieu de l’année 2017, le fichier sera déjà prêt. Le fichier aujourd’hui est le seul argument, malheureusement, qui justifie la non-tenue de l’élection », dit-il. Cette interview survient au lendemain de la publication du dernier communiqué du quartet «Ua-Onu-Ue-Oif» et la veille du conclave de l’Opposition à Bruxelles, deux faits intimement liés au Dialogue « que le Président Joseph Kabila appelle de tous ses vœux », précise la communauté internationale…

 

Les Opposants qui font le déplacement de Bruxelles à l’initiative d’Etienne Tshisekedi sont (comme) mis déjà sous pression avant même le début des travaux. Les vagues soulevées par la déclaration du secrétaire général du Pprd, Henri Mova, au sujet du référendum et par la dernière phrase du communiqué «Ua-Onu-Ue-Oif» reconnaissant comme seul cadre de concertation le Dialogue made in Kabila ne se sont pas encore estompées que les voici devant une interview casse-tête signée Corneille Naanga.

C’est à partir de la troisième question que cette prestation devient intéressante.

En effet, lorsqu’il lui est fait observer que « …la révision du fichier ne pourra pas être terminée à temps pour le mois de septembre », le président de la Céni réagit en ces termes : « Nous l’avions dit depuis notre évaluation. Nous avions parlé à l’époque de plus ou moins 16 mois et un jour. On a commencé à compter depuis le mois de février, nous travaillons et nous faisons en sorte que nous ayons le fichier dans un temps record. Nous nous sommes lancés dans cette procédure et nous avançons. Il est vrai que le fichier ne sera pas disponible avant la fin de l’année. En milieu de l’année 2017, le fichier sera déjà prêt. Le fichier aujourd’hui est le seul argument, malheureusement, qui justifie la non-tenue de l’élection ».

A la question suivante de savoir «Pourquoi ne pas annoncer que l’élection présidentielle ne sera pas tenue dans les délais constitutionnels, puisque vous savez déjà que le fichier ne sera pas prêt pour pouvoir organiser cette élection et convoquer le corps électoral en septembre ? », il répond : «Nous sommes en train de constituer le corps électoral qui sera convoqué pour toutes les élections. Pourquoi ne pas l’annoncer, c’est la question du calendrier. Nous allons publier dans les jours qui viennent des calendriers et il y a des éléments que nous sommes en train de réunir, qui nous permettront de publier ces calendriers sans qu’il y ait encore un refus ou un rejet par l’un ou l’autre camp de ce calendrier. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a la contrainte légale et constitutionnelle qui est là et il y a aussi la contrainte technique. Comment concilier les deux contraintes ? C’est ça la question. Et c’est là où nous disons que cette question devrait être gérée par d’autres acteurs. La Céni se focalise sur ce critère technique parce qu’après tout il faut avoir un fichier fiable pour aller aux élections».

Tandis qu’à celle de savoir s’il serait possible de tenir les délais constitutionnels « au cas où les acteurs se décidaient à aller aux élections sans révision du fichier», il douche même cette éventualité en disant : « C’était une option qui était tenable à partir de janvier. Et nous avions proposé en son temps cette question. Aujourd’hui, à cette date en juin, même si l’option politique était levée d’aller aux élections avec le fichier de 2011 fiabilisé, on ne tiendra plus le mois de novembre. Ce n’est plus tenable, même dans cette hypothèse-là». Et renchérit «Je pense que nous avons donné notre avis technique, nous avons fait une feuille de route, qu’on nous fasse confiance. Nous sommes en train de travailler pour avoir un fichier fiable sur lequel tout le monde peut être d’accord. Et à partir de là, nous allons tenir de très bonnes élections ».

Du rapport du panel de l’Onu ayant récemment argué de la possibilité d’organiser les élections dans les délais constitutionnels pour peu qu’il n’y ait pas révision du fichier électoral, le président de la Céni tranche : «J’aurais bien voulu voir ce rapport avant de faire des commentaires là-dessus. Mais tout ce que je sais c’est que nous avons travaillé avec les experts de l’OIF et des Nations unies et nous avons mis sur la table toutes les options possibles».

Message clair et net

On peut, à ce stade, considérer que cette interview ne relève pas du fait du hasard. Tout au moins pour les spécialistes en communication. Il s’agit d’un message clair et net envoyé, entre autres, aux participants de la rencontre de Bruxelles, en l’occurrence les Opposants censés le recevoir cinq sur cinq. C’est fait.

Car, même si Rfi, dans cette interview, alerte Corneille Naanga sur la perspective d’être accusé de violation de la Constitution et d’être poursuivi pour haute trahison (c’est le langage de l’Opposition radicale), l’homme a le temps de déclarer, tout aussi calmement :  «Ce qui veut dire pour que je publie le calendrier, il faut que je sois couvert pour que vous ne me traitiez pas de l’institution qui a violé la Constitution. Nous n’allons pas violer la Constitution. Nous disons nous-mêmes que nous avons pris beaucoup de retard. Et le retard accumulé a fait qu’aujourd’hui, il faut constituer les fichiers. C’est ça la contrainte technique qui est devant nous. Et nous sommes en train d’avancer».

Or, l’une des recommandations ou des résolutions attendues du conclave de Bruxelles est la recomposition du Bureau de la Céni, et même de la Cour constitutionnelle, pour paraphraser Willy Mishiki, l’autre bras ou pied de Lisanga Bonganga.

Charybde en Scylla

Dans sa feuille de route, l’Udps est pour la mise en place d’une Céni composée de 12 membres. Dont six désignés par le camp Kabila et six le camp Tshisekedi. A condition,  cependant, pour les 12 d’appartenir tous à la Société civile censée pourtant être apolitique.

Qu’adviendrait-il alors si, d’aventure, le Bureau Corneille Naanga venait à tomber après le Dialogue pouvant se tenir en juin ou juillet 2016 ? Tout le monde a la réponse : il serait techniquement impossible pour la nouvelle équipe de compresser les 16 mois et un jour dans deux ou trois mois, pour rester dans le délai constitutionnel concernant, par exemple, la convocation du corps électoral au plus tard le 21 septembre 2016.

Conséquence implacable : l’élimination de ce bureau fera simplement tomber la Céni de Charybde en Scylla et fera éclater davantage tous les délais constitutionnels.

De grâce alors : une marche de protestation contre les «convictions» de Corneille Naanga n’a pas de sens en 2016. Exactement comme celle de 2004 qui n’en avait pas puisque l’Udps a fini, sept ans plus tard, par rejoindre le processus électoral en 2011 après le boycott, en 2005, du référendum constitutionnel.

On sait seulement que ce parti est devenu un grand défenseur d’une Constitution pourtant vouée aux gémonies.

Dès lors que tous les indicateurs politiques, techniques et financiers confirment l’impossibilité d’organiser les élections au plus tard le 20 décembre 2016, le pragmatisme impose le consensus politique escompté d’un Dialogue rendu incontournable.

Avec ou sans Corneille Naanga à la tête de la Centrale électorale.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

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