Messages du 26 et 29 juin 2016. G7 : des réactions qui volent trop bas…

Réagissant à l’appel du Chef de l’Etat lancé à partir de Kalemie le 26 juin 2016 au peuple congolais pour l’enrôlement électoral, Gabriel Kyungu déclare : «Nous refusons et nous ne voulons pas voir le président de la République se mêler dans les élections…». En réaction au discours du Président de la République à l’occasion de la fête d’Indépendance, Charles Mwando considère que ce dernier devrait annoncer «un calendrier qui détaille les différentes séquences jusqu’au mois de décembre». Et Moïse Katumbi – candidat G7 à la présidentielle – de renchérir : « Lors de son discours à la nation du 29 juin 2016, le président Joseph Kabila avait l’opportunité d’ouvrir une nouvelle ère de notre pays en apportant notamment des garanties concrètes à l’organisation de l’élection présidentielle en 2016, conformément à notre Constitution». Et de prévenir : « cette opportunité ratée et le flou entretenu par ce discours risquent au contraire d’enfoncer notre pays dans une crise plus grave». Ainsi, les acteurs les plus puissants de ce groupe alimentent la cacophonie autour du même sujet…

 

En plus d’en être le tiroir-caisse, le G7 passe pour la tête pensante de l’Opposition radicale reconstituée autour d’Etienne Tshisekedi sous la dénomination «Rassemblement». Des réactions en tous sens attendues de cette plateforme par rapport aux deux messages du Chef de l’Etat délivrés l’un à partir de Kindu, l’autre de Kinshasa, celles du G7devraient se distinguer par la clarté et la rationalité.

Hélas ! A l’analyse des propos de Kyungu, Mwando et Katumbi, on réalise vite que les raisons et les raisins de la colère sont à chercher ailleurs que dans le débat démocratique adulte et responsable souhaité par l’opinion nationale.

En effet, Gabriel Kyungu, connu pour ses envolées oratoires à l’emporte-pièce, ne veut nullement entendre le Président Joseph Kabila parler élection. Il lui en fait interdiction. «Il faut savoir que chacun a sa mission dans les structures de notre pays. Les élections c’est la CENI et non la présidence de la République », dit-il le 27 juin 2016 à «Radio Okapi». Parlant au nom de «Bruxelles-Genval», il ajoute : «Le Rassemblement constate que cette nouvelle n’est pas un cadeau du président de la République mais plutôt un droit. Nous savons qu’il y a une structure qui est en place, c’est la CENI. Nous attendons le calendrier électoral, l’enrôlement».

La veille, en séjour à Kalemie, le Chef de l’Etat venait d’exhorter « Les vieux, les jeunes, les mamans et papas» à «se préparer pour les opérations d’enrôlement des électeurs au mois de juillet prochain».

Ainsi, dans l’entendement de «Rassemblement» selon Kyngu, on doit laisser la matière technique – dont la construction du fichier électoral – à la Céni, et la Céni seule.

Prenons en acte.

La question de fond

Quarante -heures plus tard, soit le 29 juin 2016, le Président de la République, dans son discours à l’occasion des festivités de l’Indépendance, réserve un chapitre à la Centrale électorale. Il se limite à en rappeler les étapes franchies et en voie de l’être : test pilote des kits d’enrôlement, lancement appel d’offre pour l’acquisition du matériel électoral, attribution des marchés aux entreprises jugées compétitives, signature effective des contrats afférents. « Plus rien ne pourra arrêter le train des futures élections », affirme-t-il, avant d’adresser «un appel solennel» au peuple congolais, comme «en 2005 et en 2011» pour «participer massivement aux opérations proprement dites d’enrôlement des électeurs qui débutent dans quelques semaines, au cours du mois de juillet de cette année, par la province du Nord-Ubangui, en vue de l’établissement des listes électorales».

Il rassure même l’opinion que «toutes les dispositions ont été prises en vue du financement dudit processus, dans toutes ses séquences, tels que prescrits par la loi, mais également en vue de sa sécurisation» et annonce – comme cela fut le cas en 2006 et en 2011 – que «tous les moyens logistiques de l’Armée seront mobilisés et mis à la disposition de la CENI à cette même fin».

Il termine ce chapitre par faire constater que l’engagement national «en faveur de la démocratie, à travers l’expression régulière de la souveraineté populaire prescrite à l’article 5 de la Constitution, est à ce prix».

Le Président de la République aborde là les questions relatives à la compétence du Gouvernement, à savoir le financement et la sécurisation du processus électoral.

Passe encore que Jean-Lucien Bussa, président du Cder, lui fasse le reproche de n’avoir «nullement fait référence à la Constitution» dans ce discours,  comme si l’article 5 ainsi évoqué existe dans une autre Loi fondamentale. Mais qu’un vieux routier de la politique congolaise, en la personne de Charles Mwando Simba, en vienne à attribuer au Chef de l’Etat la responsabilité d’annoncer «un calendrier qui détaille les différentes séquences jusqu’au mois de décembre», alors que cette charge relève de la compétence de la Céni, il y a là de quoi surprendre et surtout inquiéter puisque ça sent la manipulation.

A ce que l’on sache, la loi organique n°10/013 du 28 juillet 2010 portant organisation et fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante (Céni en sigle) détermine à son chapitre II la mission et les attributions de cette institution citoyenne. L’article 9 précise que la Céni «a pour mission d’organiser, en toute indépendance, neutralité et impartialité des scrutins libres, démocratiques et transparents». Au nombre de 14, ses attributions sont, entre autres, d’«organiser et gérer les opérations pré-électorales, électorales et référendaires notamment l’identification et l’enrôlement des électeurs, l’établissement et la publication des listes électorales, le vote, le dépouillement, la centralisation et l’annonce des résultats provisoires », de «passer des marchés afférents aux opérations pré-électorales, électorales et référendaires conformément à la législation en vigueur» et d’«élaborer les prévisions budgétaires et le calendrier relatif à l’organisation des processus électoraux et référendaires».

Député national, donc législateur – encore que cette loi avait été adoptée et promulguée à l’époque où il était à l’Amp – Charles Mwando Simba peut fait exprès de taire une matière qu’il maîtrise bien.

Quant à Moïse Katumbi, il a l’excuse de s’intéresser plus aux questions de la Bourse que de la loi. Mais, de là à soutenir que «Lors de son discours à la nation du 29 juin 2016, le président Joseph Kabila avait l’opportunité d’ouvrir une nouvelle ère de notre pays en apportant notamment des garanties concrètes à l’organisation de l’élection présidentielle en 2016, conformément à notre Constitution», seul l’énervement peut justifier son argumentation. Pour la bonne et simple raison que s’agissant du fichier électoral, sans lequel aucune élection n’est possible dans n’importe quel domaine de la vie nationale (cas de l’actionnariat dans les affaires), le Chef de l’Etat a formellement engagé la responsabilité du Gouvernement dans ce qui doit se faire.

Déjà, Katumbi ne saura jamais relever le défi de produire la moindre preuve du plaidoyer qu’il aurait fait au cours des années 2014 et 2015 pour accélérer le processus électoral en commençant par le fichier électoral. Libre à lui de se repositionner, mais la question de fond, aujourd’hui, est de savoir à quoi servirait l’engagement du Président de la République d’annoncer, à la place de la Céni qui en a la compétence, la convocation du corps électoral le 20 septembre 2016, la campagne électorale du 27 octobre au 25 novembre 2016, le scrutin le 27 novembre 2016 et le 20 décembre 2016 la passation du pouvoir au Président de la République élu alors que le fichier électoral est en pleine  construction !

Pour la petite histoire…

A la date du 30 juin 2016, on aurait bien voulu entendre le G7 appeler, par exemple, ses «parrains» d’initier le déploiement, en faveur de la Céni, d’une «logistique avec pont aérien, flotte navale et convoi routier à l’américaine» pour compresser dans les cinq mois à venir le timing des 16 mois fixé par la Centrale électorale.

Il est à espérer du meeting du 31 juillet 2016 une annonce dans ce sens.  Au moins, un tel exploit convaincra les Congolais de l’existence de la possibilité de doter la Monusco de gros moyens pour en finir avec les aventures couplées «rébellion-terrorisme» à la base de l’insécurité qui prévaut à l’Est.

En attendant, force est simplement de le constater : les réactions du G7 volent trop bas. Tellement bas au point d’inquiéter effectivement les observateurs avertis dès lors que ce groupe se fait passer pour la «tête pensante», l’«Egérie», le «Quartier latin» de la nouvelle Opposition tshisekediste.

Pour la petite histoire, en 1991, une certaine Udi avait surgi à l’identique. Avec du Savoir et de l’Avoir.

On connaît la suite…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

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