Un Darwin pour nous débarrasser des politiciens «nuls» ?

  • «…l’amnésie est un grand mal de la politique congolaise », déclare Me Norbert Nkulu au journal «Le Monde», dans sa livraison du 18 juillet 2016

 

«On a vu dans ce pays l’enrôlement se faire en trois mois». Authentique, la déclaration est de l’honorable Jean-Lucien Bussa sur Radio Okapi le 20 juillet 2016. Invité de l’émission «Dialogue entre Congolais», l’ex-député Mlc, devenu chef de parti, a passé tout son temps d’antenne à soutenir la possibilité d’organisation des élections, spécialement la présidentielle, avant le 20 décembre 2016, pour peu que la volonté politique soit de mise dans le chef du Président de la République, insistait-il. Reste à savoir s’il a conscience du fait que les trois mois évoqués avec tant de conviction et d’emphase concernent août, septembre et octobre. Car, la convocation du corps électoral devant se faire au plus tard le 20 septembre 2016, l’honorable Bussa fera œuvre utile en refilant à la Céni sa « recette » pour réaliser cette exigence constitutionnelle en pleine période d’enrôlement des électeurs ! Hélas !, il n’est pas seul. Des dizaines d’autres acteurs politiques et activistes de la société civile continuent de se déployer dans les médias pour distiller un discours qui ne tient plus la route. Moralité : la loi de la sélection naturelle devrait s’appliquer sur eux de façon que l’alternance politique se conçoive aussi en termes de liquidation des politiciens dont l’activisme affecte sérieusement le processus démocratique depuis un certain 24 avril 1990…

 

Il faut bien, à un moment donné, qu’on arrête de se moquer de la raison comme le font exprès bon nombre d’acteurs politiques qui agissent ou réagissent mal à propos par rapport à l’enjeu électoral en cours.

Au stade actuel, avec toutes les données techniques réunies, la lucidité et l’honnêteté commandent le pragmatisme dans la manière d’aborder cet enjeu, autant dans ses spécificités que dans ses généralités.

Normalement, après l’éclairage donné le 14 juillet 2016 par Maman S. Sidikou – le plus important des représentants de la communauté internationale en RDC en termes de préséance diplomatique car il est la voix et la voie autorisées du Secrétaire général de l’Onu dans ce pays – la classe politique et la société civile, toutes tendances confondues, devraient cesser de persister et signer dans la radicalisation des positions. Tant il est vrai que la résistance développée jusque-là est en mort clinique irréversible.

Deux cas sont à épingler.

Le premier concerne le G7 farouchement opposé au Dialogue jusqu’au conclave de Bruxelles-Genval. A l’exception de José Endundo du Pdc et de Danny Banza de l’Adc, ont tourné en dérision ce forum, des mois durant, Charles Mwando, Pierre Lumbi, Gabriel Kyungu, Christophe Lutundula, Olivier Kamitatu et surtout Moïse Katumbi.

C’est vrai qu’à l’époque, Etienne Tshisekedi était pour le Dialogue initié par Joseph Kabila du simple fait qu’il multipliait des ultimatums en direction du Chef de l’Etat pour sa convocation, le préalable unique étant alors la médiation internationale. Il faut aussi admettre que la feuille de route de l’Udps du 14 février 2015 n’offrait au G7 aucune possibilité de participation à ce forum, pas plus qu’à «Dynamique».

Voir aujourd’hui cette plateforme, récemment passée à l’Opposition, vouloir se passer pour le regroupement principal de l’Opposition dans la défense du Dialogue selon la Résolution 2277 ne peut relever que de la tricherie. Et celle-ci a été étalée au grand jour lors de sa prestation du 18 juillet 2016 faite, vraisemblablement, dans le sens de contredire les propos de Maman S. Sidikou.

A preuve, en réaction à l’annonce, par la Céni, du démarrage des opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs (donc des éligibles) à partir de Gbadolite le 31 juillet prochain, Charles Mwando Simba – sexagénaire dans la carrière politique – a simplement estimé que «La CENI nous ramène ainsi sournoisement au préalable du recensement général rejeté catégoriquement par le peuple congolais lors des manifestations du 19 et 20 janvier 2015 réprimées dans le sang par le pouvoir ».

L’ennui est que l’homme qui fait cette déclaration était les 19 et 20 janvier 2015 du côté de la Mp. Député national et président national de l’Unadef, il doit avoir pris part à l’adoption du projet de la loi électorale boycottée par l’Opposition radicale. Il est donc co-responsable des conséquences des manifestations qu’il dénonce et tente de profiter de l’amnésie dénoncée par Me Norbert Nkulu.

Second cas : l’affirmation de la plateforme électorale «Aeta» selon laquelle «c’est fort possible la tenue de l’élection présidentielle dans le délai ». Il ressort de sa réunion du 18 juillet 2016 (simple coïncidence avec la déclaration du G7 ?) que cette possibilité existe par rapport au temps encore disponible de six mois là où il faut en compter cinq !

Au fait, Aeta est en dissidence avec l’existence avérée d’une aile radicale et d’une aile modérée. L’aile radicale est animée par Puis Mbwes Madianga de «Dynamique de la Société civile» (dénomination vraisemblablement inspirée de «Dynamique de l’Opposition»), Robert Ilunga (Amis de Nelson Mandela) et Thérèse Dikangi (Liple). L’aile modérée par Jérôme Bonso (Linelit). Ceux-là ont désavoué celui-ci, promoteur du timing de 22 mois là où la Céni préconise 16 mois et un jour pour construire le fichier électoral.

L’une des propositions de l’aile radicale est le recours à la carte de pièce ! C’est le sacre même de la fraude électorale généralisée. En effet, relève un confrère qui a couvert sa conférence, elle demande aux autorités congolaises de s’inspirer «du modèle béninois qui a enrôlé les jeunes devenus majeurs sur base de leur carte d’identité, à défaut de n’avoir pas de carte d’identité, la RDC, peut recourir aux différentes communes où les jeunes peuvent se faire enregistrer et acquérir une carte du genre (perte de pièce) par exemple ». Oui, une attestation de perte de pièce…

L’art du mensonge

Ces deux exemples prouvent à suffisance que le pays a réellement besoin d’une  catharsis pour un assainissement profond non pas que des mœurs, mais surtout du personnel politique et de son pendant naturel, la société civile.

«La mauvaise monnaie chasse la bonne», dit-on. Cette citation s’applique dans tous les domaines de la vie. En politique comme en journalisme. En affaires comme en religion. En technologie comme en sociologie. En médecine comme en éducation.

En politique, l’exemple éloquent est donc celui du sexagénaire Charles Mwando et du quinquagénaire Jean-Lucien Bussa si l’on doit s’en tenir à leurs dernières prestations. L’exemple venant d’en haut, il est à craindre de la troisième «génération» – leur émanation – la même légèreté dans la perception de l’enjeu électoral à venir.

Ce qui est dit pour certains acteurs de l’Opposition est aussi valable pour leurs collègues de la Majorité : les bons politiques sont systématiquement combattus par les mauvais qui, eux, hélas !, bénéficient de tous les moyens de communication pour tirer le Congo par le bas, et souvent avec l’assistance des puissances étrangères.

Dans cette perspective, la politique dans ce pays risque d’être ce que le congolais lambda en pense et en dit depuis 56 ans : l’art du mensonge. Avec comme conséquence logique de faire reculer le Congo de deux pas chaque fois à chaque pas posé en avant.

Aussi, l’alternance démocratique sera une réussite si, par la voie électorale en préparation, le peuple suffisamment informé et formé décide d’exclure de la carrière politique, et encore pour de bon, la lie repérable dans les deux premières générations ayant pris en otage l’Etat et la Nation. Théoricien de l’«évolution des espèces par la sélection naturelle», Charles Darwin ne doit pas avoir prêché dans le désert.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

http://www.congo30juin.com

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