Directeur de cabinet du Président de la République, Néhémie Mwilanya : «Le train du dialogue est bel est bien sur les rails »

  • «Enfin la banquise a craqué, la banquise de la haine, la banquise de la suspicion», s’est exclamé le facilitateur Edem Kodjo

 

Le Dialogue national démarre le 1er septembre 2016 pour se clôturer la veille de l’ouverture de la session parlementaire ordinaire se tenant traditionnellement du 15 septembre au 15 décembre. Autant dire une session de tous les enjeux pour le financement, la sécurisation et la législation dont la Céni a besoin pour l’exécution du calendrier électoral consensuel issu du forum «de la dernière chance», déclarait l’année passée Etienne Tshisekedi, désormais chef de file du boycott…

 

En raison de ses fonctions – Directeur de cabinet du Président de la République en fonction – Pr Néhémie Mwilanya est naturellement la caution juridique indiquée pour engager le Chef de l’Etat dans l’Acte final des travaux préparatoires du Dialogue politique national inclusif.

Il l’a fait le samedi 27 août 2016 à l’hôtel Béatrice, en présence des forces politiques et sociales participantes et du corps diplomatique, en y apposant sa signature aux côtés des mandataires de l’Opposition et de la Société civile, en l’occurrence le député J-L. Bussa et l’abbé Donatien Shole, secrétaire général adjoint de la Cenco.

Dans sa brève intervention pour la circonstance, Pr Néhémie Mwilanya – qui a pris soin de rendre les hommages mérités au Président Joseph Kabila pour avoir initié le Dialogue et fait preuve de patience et de hauteur en vue de sa concrétisation – a exhorté toutes ces forces à participer au dialogue  «destiné à apaiser la tension dans le pays». Si Jean-Lucien Bussa a mis l’accent sur les exigences de l’Opposition auxquelles le Pouvoir doit répondre, le prélat Donatien Shole a demandé aux composantes de «mettre chacun un peu d’eau dans son vin pour le bon aboutissement du dialogue».

Pressions et supplications des partenaires extérieurs

Il faut admettre que les travaux préparatoires ont été rendus possibles grâce à la modération dont ont fait preuve progressivement les délégués de la Majorité, de  l’Opposition et de la Société civile.

Au boycott préconisé par «Rassemblement», Jeannot Mwenze Kongolo a réservé une réponse édifiante reprise par www.radiookapi.net dans sa dépêche du 26 août 2016. «Quand nous étions à Genval [Bruxelles], nous nous sommes entendus et c’est écrit que dès que la communauté internationale va s’impliquer, nous allons aller au dialogue. Quand la communauté internationale se mobilise pour venir répondre à notre appel, nous, nous sommes consistants, logiques. Nous ne pouvons pas demander une chose et la refuser après», a-t-il révélé.

C’est vrai que dans le cadre des travaux préparatoires, les partenaires extérieurs ont usé de tous les moyens de communication pour persuader les acteurs majeurs de «Rassemblement » de participer au Dialogue.

L’Onu, par la voix de Ban Ki-moon, a invité le 23 août 2016 les parties congolaises à «s’engager en toute bonne foi dans un dialogue politique crédible et inclusif». Convaincue du fait «qu’il n’y a pas d’alternative à un dialogue politique crédible en RDC», elle a rappelé les prescrits de la Résolution 2277 du 30 mars dernier sur l’impératif d’un «dialogue politique crédible et inclusif en vue de l’organisation d’élections présidentielle et législatives pacifiques, crédibles, ouvertes à tous, transparentes et qui respectent les délais prévus, conformément à la Constitution». Elle a dissuadé les parties intéressées de toute initiative susceptible de «faire monter la tension» et d’«engendrer des violences».

Washington a certes rappelé au Président de la République qu’il «a encore l’occasion historique de présider à la première passation démocratique de pouvoir exécutif en RDC», mais elle n’en a pas moins stigmatisé «les tergiversations de la classe politique» de nature à amenuiser «les chances de trouver un consensus sur un calendrier électoral et un plan de transition». Aussi, a-t-elle considéré l’ouverture des travaux préparatoires comme étant une «première étape importante vers le dégagement d’un consensus sur un calendrier électoral crédible et un transfert de pouvoir démocratique», avant d’en appeler à la participation de «toutes les parties prenantes congolaises», mais surtout de les convier «à exercer leurs droits pacifiquement en s’abstenant de toute provocation».

L’Union européenne a réagi à deux reprises. D’abord par une déclaration officielle, ensuite une interview. La déclaration est du 24 août 2016. Elle précise que «La Délégation de l’Union européenne (DUE) » la  « publie (…) en accord avec les Chefs de mission des pays membres de l’Union européenne en République démocratique du Congo (RDC) » et réaffirme qu’«Un dialogue politique équitable et inclusif en RDC demeure le moyen privilégié pour aboutir à un consensus sur l’organisation d’un processus électoral crédible et respectueux de la constitution, en ligne avec la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations Unies». Confirmant l’annonce faite par le facilitateur de l’Union africaine du démarrage des travaux préparatoire le 23 août 2016, « L’UE appelle tous les acteurs à s’inscrire dans le dialogue et à s’abstenir de toute action qui pourrait contribuer à créer un climat de tension ». Elle «appelle le gouvernement à assurer un espace politique ouvert et à multiplier les mesures d’apaisement, dont la libération d’autres prisonniers d’opinion, et à procéder à la libération effective des personnes annoncée le 19 août ».

Sur Rfi le lendemain, Michel Dumont a même soutenu que «L’absence de certains partis d’opposition donne un prétexte au gouvernement pour tergiverser et retarder les choses plus encore» !

Le 27 août 2016 – date de clôture des travaux préparatoires – tous ces partenaires ont reçu la réponse du G7 bottée en touche. Prenant prétexte des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux et faisant état des contacts que certains membres auraient eus avec le Facilitateur Edem Kodjo, cette plateforme se dit catégoriquement opposée «à toute initiative de dialogue qui ne s’inscrit pas dans un contexte politique totalement décrispé et dans la mise en œuvre intégrale de la Résolution 2277 (2016) du Conseil de sécurité de l’O.N.U. ». Elle affirme qu’«Aucun des membres du G7 ne l’intention de se démarquer de cette position commune». Le communiqué porte la signature de Pierre Lumbi, en sa qualité de président en exercice.

Jusqu’au moment où cette chronique est mise en ligne, aucune réaction n’est encore enregistrée de la part soit de «Rassemblement», soit d’autres partis ou regroupements membres, notamment l’Udps, Dynamique et Ar par rapport à la clôture des travaux préparatoires.

Principes établis

On peut retenir à ce stade que les travaux proprement dits du Dialogue démarrent le 1er septembre 2016, que la feuille route signée comprend les principes conducteurs, les éléments de l’agenda et les étapes à franchir, qu’elle fixe le cadre du dialogue, les droits et les devoirs des participants, les règles de base, le financement et le chronogramme.

Parmi les principes conducteurs du forum, il y a le respect de la Constitution de la RDC et la mise en œuvre de la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que l’engagement à adopter le consensus comme mode de prise des décisions.

«L’agenda du dialogue prévoit l’évaluation du processus électoral (fichier électoral, séquence des élections, calendrier électoral et mécanismes de sa mise en œuvre et de son suivi)», signale-t-on, et que «le but principal du dialogue demeure l’échange et les réflexions en toute liberté et sans contrainte, sur l’organisation d’élections crédibles, transparentes, apaisées et inclusives, dans le respect de la constitution».

Sa durée est de 14 jours avec possibilité de prolongation, les quotas sont répartis de façon que la Majorité et l’Opposition aient une représentation paritaire de 68 délégués chacune, la Société civile ait 39 délégués et les personnalités invitées soient au nombre de 25. Soit 200 délégués au total.

Le Dialogue se tient à Kinshasa à un endroit déclaré inviolable parce qu’interdit au public.

Défier le bon sens…

La grande interrogation est cependant de savoir si ses résolutions sont opposables aux absents, comme l’a soulevée un quotidien. Cette question mérite une autre question : pourquoi les forces politiques qui avaient ouvertement boycotté le référendum en 2005 réclament-elles le respect de la Constitution qui en est issue ?

A ceux qui sont en train de comparer les Concertations nationales de 2013 au Dialogue qui s’ouvre en septembre 2016, il est indiqué de rappeler le premier forum avait été convoqué «afin de réfléchir, d’échanger et de débattre, en toute liberté et sans contrainte, de tous les voies et moyens susceptibles de consolider la cohésion nationale, de renforcer et étendre l’autorité de l’Etat sur tout le territoire national en vue de mettre fin aux cycles de violence à l’Est du pays, de conjurer toute tentative de déstabilisation des institutions et d’accélérer le développement du pays dans la paix et la concorde ». Tandis que le Dialogue est convoqué pour se focaliser «principalement sur l’organisation d’un processus électoral apaisé, complet, inclusif, crédible et conforme aux standards internationaux et sur toutes les questions connexes au processus électoral».

Ne serait-ce que sur ce point précis, ces deux assises n’ont rien en commun.

Partant, rejeter le Dialogue sous prétexte de devenir des Concertations nationales bis revient à défier le bon sens même.

En attendant, force est de le constater et de l’admettre : «Le train du dialogue est bel est bien sur les rails», dixit Néhémie Mwilanya.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

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