L’autre raison du rejet du Dialogue. G7 : peur et gêne de cohabiter encore avec Kabila !

De tous les regroupements politiques membres de «Rassemblement», le G7 est le plus constant dans sa position par rapport au Dialogue. A dire vrai, il n’en a jamais voulu, quelle que soit la forme revêtue, du moment que la finalité est le maintien du Président Joseph Kabila aux affaires au-delà du 20 décembre 2016. Dès son auto-exclusion de la Majorité présidentielle en septembre 2015, il n’a voulu entendre ni du Dialogue convoqué par le Chef de l’Etat sur base de l’ordonnance n°15/084 du 28 novembre 2015, ni de celui évoqué dans la Résolution 2211 du 26 mars 2015 précédant la Résolution 2277. A preuve, après la publication du communiqué commun du 27 février 2016 cosigné Charles Mwando et Joseph Olenghankoy dans la foulée du séjour du secrétaire général de l’Onu venu participer à Kinshasa au premier forum économique des Etats membres de la Cepgl, les deux plateformes n’ont nullement fait évoluer leur position. Pourtant, il y est dit : «La Dynamique et le G7 qui souscrivent, par ailleurs, à la résolution 2211 adoptée par le Conseil de sécurité le 26 mars 2015, particulièrement en ses points 19, 20 et 21, rassurent le Secrétaire Général de l’ONU de tout leur soutien pour sa mise en œuvre». C’est plutôt avec la Résolution 2277 du 30 mars 2016 qu’ils ont commencé à réagir positivement à l’idée du Dialogue. Aujourd’hui, au regard de sa réticence qu’il ne cesse de développer, G7 en particulier confirme, si besoin est, qu’il n’en veut toujours pas et n’en voudra peut-être jamais. Reste à savoir pourquoi…   

 

La tentative de réponse est dans la finalité du Dialogue, peu importe le format adopté. Car, tout compte fait, tous les observateurs sont unanimes à propos de la non possibilité du respect les délais constitutionnels pour les cinq étapes décisives suivantes, même si l’on doit se limiter à la présidentielle :

– convocation du corps électoral

– campagne électorale pour l’élection présidentielle

– fixation du jour du scrutin

– proclamation des résultats provisoires et définitifs

– prestation de serment d’investiture.

S’agissant de la convocation du corps électoral, le premier délai constitutionnel est celui du 20 septembre 2016. Dans presque trois semaines, précisément cinq jours après l’ouverture de la session parlementaire ordinaire de septembre-décembre.

Or, démarrée le 31 juillet 2016 par le Nord Ubangi, la construction du fichier électoral (l’expression est de Jérôme Bonso de la Linelit) est en cours. Elle pourrait ne pas se terminer avant le 20 décembre prochain.

Le deuxième délai constitutionnel est le 27 octobre. Il concerne la campagne électorale d’un mois, avec pour échéance le 25 novembre 2016. A cette période-là, on pourrait toujours être dans l’opération d’identification et d’enrôlement des électeurs. Le troisième délai constitutionnel est le 27 novembre 2016, date du scrutin présidentiel. Rien ne serait totalement acquis.

Au stade actuel, en insistant sur le respect des délais constitutionnels, la Communauté internationale a conscience des enjeux. Elle est en train d’amener les forces politiques et sociales à convenir d’un temps de «glissement» raisonnable qui permette l’organisation de bonnes élections.

C’est, du reste, en prévision de ce schéma que dans son document de travail mentionné «strictement confidentiel» portant sur la «Position de la Belgique et du Royaume Uni sur la situation politique en République Démocratique du Congo», document portant les références MD n°030/16 du 19 avril 2016, le Conseil de l’Union Européenne fait état, au point 2.1., d’un « processus de facilitation internationale » devant «s’assurer qu’un report technique des élections soit aussi court que possible et géré de manière pacifique, tout en consolidant les avancées démocratiques des dix dernières années». Il est question, au troisième paragraphe, notamment de «L’examen des problèmes techniques (en particulier le calendrier électoral) devant conduire «simultanément à d’autres discussions sur des sujets politiques, comme par exemple, les arrangements pour la préparation de la tenue de ces élections pendant la ‘période de retard’ (entre Novembre 2016 et la date choisie pour les élections)… ».

On peut estimer que c’est dans la même perspective qu’au cours de la conférence sur la RDC organisée mi-août 2016 par l’Institut Brookings à Washington, l’ambassadeur congolais aux Etats-Unis, François Nkuna Balumuene a sollicité un «temps, après le 20 décembre, presque un an pour préparer les élections», tandis que Anthony Gambino, ancien directeur de l’Usaid à Kinshasa, a soutenu que «la présidentielle devait avoir lieu, si ce n’est en 2016, le plus tôt possible en 2017« . Seul le troisième intervenant, Thomas Pierrello, est d’un avis contraire.

Descente inéluctable aux enfers

Les lignes étant en train de bouger, la suite des événements se devine : le Dialogue prendra forcement acte des contraintes techniques, financières et législatives que la Céni va devoir évoquer. Pas plus tard que le 20 août 2016, Corneille Naanga a jeté un pavé dans la mare en faisant observer que son institution n’est pas encore en possession de la loi portant répartition des sièges !

Qu’on l’appelle alors transition ou pas transition, la «période de retard» dont tout le monde comprend le sens devra naturellement être gérée.

Le Dialogue, qui s’ouvre le 1er septembre 2016, a le choix entre une gestion laissée à la Majorité présidentielle ou une gestion partagée impliquant toutes les forces politiques et sociales qui en manifesteront le désir.

D’où la quadrature du cercle pour moins pour «Rassemblement» que pour le G7. Puisqu’à la différence de l’Udps (qui n’en a jamais fait l’expérience), de Dynamique (dont certains acteurs majeurs ont fait cette expérience), G7 se sentira très mal à l’aise dans une cohabitation sous Joseph Kabila, résultat soit de la gêne, soit de la peur, soit de deux, au motif simple d’avoir été trop loin dans la diabolisation du Chef de l’Etat, son Autorité morale pendant une dizaine d’années.

L’ennui est qu’en s’auto-excluant par avance cette gestion, il entend entraîner tout le monde dans sa descente inéluctable aux enfers, à commencer par l’Udps.

Stérilisation

Seulement voilà : si pour Kyungu, Mwando et Katumbi le repositionnement ne pose aucun problème (ils ont une bonne base dans l’ex-Katanga), il n’en est pas de même d’Endundo sans base dans l’ex-Equateur, de Lutundula sans base dans l’ex-Kasaï Oriental et de Kamitatu sans base non plus dans l’ex-Bandundu. Ceci pour le G7.

Pour AR, à l’exception Delly Sessanga et de Jean-Claude Vuemba qui ont réussi à se faire élire dans leurs provinces d’origine (ex-Kasaï Oriental et Kongo Central), Franck Diongo n’a pas de base dans son ex-Kasaï Occidental (autrement il aurait réussi à faire placer à l’Assemblée nationale deux ou trois députés de plus), tout comme Joseph Olenghankoy, incapable de se faire élire dans l’ex-Kasaï Oriental ni à Kinshasa.

Ainsi, dans «Rassemblement» – en dehors de l’Udps – le G7 ne peut nullement s’appuyer sur Dynamique ni sur AR dans l’objectif d’adhérer à la gouvernance institutionnelle issue du Dialogue, même de la perturber pendant la ‘période de retard’.

Mauvais signal : une année après sa création tambour battant, il n’a enregistré aucune nouvelle adhésion, fait constaté et dénoncé d’ailleurs par un de ses acteurs majeurs. Preuve, si besoin est, de sa stérilisation.

Au sens propre comme au sens figuré du terme.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

http://www.congo30juin.com

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