Realpolitik. La 2277 vidée de sa substance…

Jamais résolution de l’Onu n’a influé avec autant d’intensité sur la politique intérieure de la RDC que celle de la 7659e séance du 30 mars 2016 enregistrée sous le numéro 2277 (2016). Même la 1234 relative à la guerre du 2 août 1998 n’avait pas suscité tant de passion. Malgré ses 53 points étalés sur six chapitres, l’appréciation de cette Résolution est délibérément limitée à la «SITUATION POLITIQUE» avec l’évocation de la priorité réservée à la présidentielle et aux législatives «prévues, conformément à la Constitution, pour novembre 2016». D’où la forte pression interne et externe sur le respect de la Constitution et la tenue des échéances électorales dans les délais constitutionnels. En ce mois de septembre, les verrous ont sauté…  

 

En effet, ceux qui ont fait la Résolution 2277 ont vraisemblablement décidé de la défaire de leur propre gré. Manifestement, les Américains y ont joué le rôle central. D’abord avec Thomas Pierrello, ensuite avec John Kirby. Washington a donc précédé  dans cette voie Bruxelles, Paris, New York et le Groupe de soutien comprenant les envoyés spéciaux de l’Onu, de l’Ua, de l’Ue, de l’Oif, de la Sadc et de la Cirgl,  fortement impliqués dans l’accompagnement du Dialogue en cours à Kinshasa.

La planification du déverrouillage s’observe dans l’enchaînement des dates. Tenez :

-14 septembre 2016. Centre culturel américain. Thomas Pierrello échange avec des jeunes congolais membres du Programme «Mandela Washington Fellowship», présenté comme Programme-phare de l’Initiative du Président des Etats-Unis en faveur des jeunes leaders africains (YALI). Il déclare, s’agissant de l’inclusivité pour le Dialogue : «il est préférable que les gens se présentent, exposent leurs points de vue et observent ce qui se passera ensuite. Etre présent est la meilleure façon de contester le statu quo, d’acquérir de l’influence, et de trouver le meilleur accord ».

Il s’adresse évidemment à la plateforme «Rassemblement».

-16 septembre 2016, cinq jours exactement avant la manifestation initiée par cette plateforme au motif d’amener la Céni à procéder à la convocation du corps électoral et de rappeler au Président Joseph Kabila le fameux « préavis » de trois mois pour libérer le Palais de la Nation. Le Département d’Etat américain et le ministère belge des Affaires étrangères jettent un gros pavé dans la mare. «Les États-Unis soutiennent le dialogue inclusif dans la poursuite d’un consensus dans la poursuite d’un plan qui privilégie les élections présidentielles dès que techniquement possible pour assurer une transition pacifique du pouvoir politique», déclarent les premiers, encourageant au passage «toutes les parties prenantes à s’engager dans un processus de dialogue pacifique et constructif».

-16 septembre 2016. Bruxelles. S’adressant aux envoyés spéciaux dans les Grands Lacs, Didier Reynders publie le communiqué ainsi libellé : «Le Ministre a évoqué la situation politique en République Démocratique du Congo (RDC) et le dialogue qui est en cours, en insistant pour que cela aboutisse à un accord inclusif, fixant des échéances claires et selon des modalités permettant d’organiser les scrutins le plus rapidement possible. La communauté internationale doit continuer à rester unie en vue d’encourager toutes les parties dans ce sens et d’appeler les autorités à garantir l’ouverture de l’espace public».

Le choc pour «Rassemblement» ne peut qu’être dur. Car le 10 juin 2016, c’est au même homme d’Etat belge que la primeur de la remise des Actes du conclave de Bruxelles-Genval avait été réservée 10 juin 2016. Le communiqué publié à cette occasion était ainsi rédigé : «J’ai reçu ce midi des représentants de l’opposition en République Démocratique du Congo (RDC), qui se sont réunis ces derniers jours à Genval. La Belgique salue le travail de rassemblement effectué cette semaine afin de parvenir à des positions communes de l’opposition. J’espère que cela se traduira par un réel échange entre la majorité et l’opposition, dans un cadre propice, tel que souhaité par l’Union Africaine. Cela doit s’inscrire dans le cadre de la Résolution 2277 (2016) du Conseil de Sécurité des Nations-Unies en vue d’un démarrage du processus électoral».

Aussi, avec ces trois prises de position en l’espace de 48 heures seulement (14 et 16 septembre 2016), Washington et Bruxelles cessent de faire des délais constitutionnels une fixation, même si ces délais en sont le fondement.

Pour le calendrier électoral consensuel

Visiblement, «Rassemblement» n’apprécie pas le «rétropédalage». Le 19 septembre 2016 – date effective du délai constitutionnel pour la convocation du corps électoral – il organise sa marche et son meeting achevés, hélas !, dans un bain de sang.

-19 septembre effectivement. Pendant que Tshisekedistes et Néo-Tshisekedistes quadrillent les médias pour faire porter la responsabilité totale des dérapages au Gouvernement, les Américains persistent et signent. Par la voix de John Kirby – secrétaire d’Etat adjoint et porte-parole du Département d’Etat – ils notent dans un deuxième communiqué en l’espace de cinq jours : «Les événements d’aujourd’hui soulignent la nécessité d’un processus de dialogue véritablement inclusif visant à parvenir à un consensus sur la tenue d’élections présidentielles dès que techniquement réalisable et garantissant la première transition démocratique du pays au pouvoir».

-19 septembre également. Paris. Le Quai d’Orsay publie un communiqué dans lequel la France stigmatise certes les actes de violence enregistrés dans la ville, mais estime qu’«Il est nécessaire que le calendrier soit connu au plus vite et que le report de l’élection soit aussi court que possible».

-21 septembre. Auteur de la Résolution 2277, le Conseil de sécurité relève «l’importance cruciale de la tenue d’une élection présidentielle pacifique, crédible, transparente, dans les délais opportuns et dans le respect de la constitution».

24 septembre. Jusque-là silencieux, le Groupe de soutien décide de donner de la voix. Après avoir déploré et condamné les mêmes actes de violence, il soutient qu’«Un dialogue inclusif est la condition d’une stabilité durable et de la création des conditions requises en vue de l’organisation dans les délais les plus brefs possibles d’élections qui soient transparentes et crédibles, dans le cadre de la Constitution congolaise, de manière à consolider les réalisations qui ont été obtenues en RDC depuis plus d’une décennie maintenant».

Par ces diverses prises de positions consensuelles, Washington (à deux reprises), Bruxelles, Paris et New York (à deux reprises) reconnaissent au Dialogue se tenant à la Cité de l’Union africaine la compétence de doter la RDC du calendrier électoral consensuel d’ailleurs maintes fois réclamé par l’Opposition.

C’est clairement dit dans la feuille de route de l’Udps du 14 février 2015, dans toutes les déclarations au travers desquelles «Dynamique» réclamait une «tripartite Céni-Majorité-Opposition» et même dans celles du dernier venu dans les rangs de l’Opposition radicale, en l’occurrence le G7. Une unanimité s’est déjà dégagée à ce sujet.

Or, tout calendrier électoral requiert au préalable la disponibilisation du fichier électoral sans lequel, cela va soit, ne peuvent nullement se concevoir la constitution et la convocation d’un corps électoral.

Le fichier disponible est celui de 2011. Toutes les forces politiques et sociales ayant constitué le «Rassemblement» ont eu à le dénoncer à un moment ou à un autre, d’une manière ou d’une autre. Cas précis de l’Udps, à l’occasion du sit-in du 18 juillet devant le siège de la Céni. Ce parti avait déposé «son mémorandum sur les irrégularités constatées dans le déroulement des opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs le 04 juillet 2011». Cas aussi de Martin Fayulu. Rejetant l’audit dudit fichier effectué par l’Oif, il avait considéré en juin 2015 qu’il était «impérieux de procéder à une nouvelle opération d’enrôlement des électeurs pour avoir un fichier fiable incluant tous les congolais âgés de 18 ans et plus qui se trouvent présentement sur le territoire national».

Dès lors que les opérations de confection du fichier électoral ont commencé par le Nord Ubangi le 31 juillet 2016 et que jusque-là, elles n’ont jamais été dénoncées ni boycottées par «Rassemblement», rien ne pouvait ou ne peut justifier la pression exercée sur Corneille Naanga et son équipe. Notamment avec un sit-in, une marche ou un meeting, même si c’est au nom des libertés fondamentales reconnues dans la Constitution et les lois de la République !

Aux Congolais d’en tirer la leçon…

En d’autres mots, les actes de violence enregistrés le 19 septembre 2016 avec mort d’hommes et destructions massives sont tout ce qu’il y a de gratuit, de criminel.

Au regard alors des prises de position « anti-2277 » exprimées par les « décideurs », le message adressé en réalité au leadership congolais est celui de s’approprier les enjeux en présence. Il n’est plus question d’élection en novembre 2016. Il est désormais question d’élection «dès que techniquement possible», «le plus rapidement possible», «dès que techniquement réalisable», «le plus court possible», «délais opportuns», «délais les plus brefs possibles».

Ceux qui ont décidé de l’existence de cette résolution ont levé l’option de la modifier, même de façon informelle, mais dans l’intérêt commun. Les Etats-Unis et la Belgique l’ont fait la veille de la 71e assemblée ordinaire de l’Onu ouverte comme par coïncidence le 19 septembre 2016. La France et encore les Etats-Unis le jour d’ouverture de celle-ci et des troubles survenus à Kinshasa. Le Conseil de sécurité 48 heures après. Et le Groupe de soutien boucle la boucle la veille de la clôture des discours officiels.

Aux Congolais d’en tirer la leçon…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

http://www.congo30juin.com

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