Fourniture des kits électoraux : Bgfi, victime de l’«affrontement» Gemalco-Zetes !

Tradition respectée : lorsque des médias embarqués dans le traitement d’un scoop s’en éloignent précipitamment, c’est qu’ils réalisent vite qu’il s’agit d’un bide. C’est justement ce qui arrive avec le fameux dossier Bgfi dont la partie la plus «alléchante» pour l’opinion est la gestion des comptes détenus par la Céni dans cette banque. Si, pour un budget électoral global se chiffrant à plus d’un milliard de dollars américains, le  versement des premiers 55 millions destinés en grande partie à l’achat des kits électoraux et aux frais connexes suscite une volée aussi spectaculaire de bois vert, comment s’étonner d’expéditions punitives cycliques dont le Congo est victime à chaque tentative d’émancipation ? En attendant, force est de constater que le panel des journalistes et des médias qui s’est constitué autour des «Dossiers Jean-Jacques Lumumba» a eu tort d’aller vite en besogne. Notamment en ne prenant pas soin de dresser le profil de l’intéressé au moment du contact physique. Car, à en croire le site www.congovirtuel.net, «il fait partie d’un groupe de jeunes cadres de la BGFi Bank de Kinshasa qui avaient été limogés voici quelques mois soit pour incompétence, soit pour malversations financières avec les clients». S’il avait pris soin de s’informer au préalable, ce panel aurait eu la présence d’esprit de demander à l’intéressé pourquoi n’a-t-il pas entrepris plus tôt la médiatisation des documents en sa possession ! De deux choses l’une : soit il aurait tenté de négocier son silence (et qu’il se serait vu envoyer paître dans l’hypothèse plausible d’un chantage), soit il aurait fréquenté les «lobbies anti-Kabila» bruxellois qu’ils l’auraient conduit vers Colette Braeckman, spécialiste belge des questions congolaises. Dans les deux cas, c’est sa carrière de banquier qu’il fout en l’air…

 

En RDCongo, Zetes (retenez bien cette raison sociale) est dans la filière électorale ce qu’est la Société générale dans la filière minière. Des sociétés d’origine belge qui se sont certes internationalisées, mais demeurées convaincues que rien ne peut se faire dans ce pays sans leur caution.

Pour Zetes, un petit tour sur Internet permet une moisson non seulement abondante, mais surtout édifiante. Retenons seulement qu’elle a fourni du matériel électoral à la Céi pour le référendum constitutionnel de 2005 et le premier cycle électoral de 2006. Elle l’a refait pour le compte de la Céni pour le deuxième cycle électoral de 2011. La Diaspora congolaise de Belgique – par l’entremise de l’Aprodec politiquement proche de l’Udps – a toujours contesté la qualité de ses équipements.

Pour le cycle électoral en cours, le choix a été porté sur son concurrent, Gemalto, au terme d’un appel d’offres couvert par le Bceco.

Aussi, derrière l’affaire Bgfi, il y a probablement sa main noire.

Les premiers signaux de l’affrontement Zetes-Gemalto remontent au mois de septembre 2016. «Inscrits totalement dans la logique du glissement du calendrier électoral, les animateurs de la Céni ont ‘volontairement’ omis d’inscrire dans l’appel d’offres que les données de base de ZETES pouvaient être prises en compte. Une économie substantielle de temps aurait été enregistrée par cette simple opération », lit-on dans un plaidoyer contre la firme française, donc pour la firme belge. Et de rappeler que «c’est en se servant de la base des données fournies par ZETES entre 2006 et 2011 que les experts de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) ont donc jugé réalisable les élections en 2016 ». Ou encore «Pour rendre le plus élastique possible les opérations d’enrôlement des électeurs, la Céni a ignoré – en toute connaissance de cause, les données de ZETES – en vue de garantir sur le plan technique le glissement du calendrier électoral en faveur de la MP».

On est là de plain-pied dans un conflit d’intérêts avéré, si bien que le plaidoyer débouche sur une suggestion insolite : l’obligation faite à l’Union européenne «de rappeler à l’ordre Gemalto qui s’est investie totalement dans une entreprise qui ne tient pas compte de principes défendus par sa politique étrangère» (sic) !

«Des titres pompeux au contenu sablonneux»

Bgfi, comme qui dirait, est victime de cet affrontement suscité par son ex-cadre avec pour matière principale et, surtout, sensible la gestion des fonds électoraux.

Effectivement, s’agissant de la Céni, le journal «Le Soir» relève que «Des extraits de compte mentionnés par M. Lumumba illustrent ‘de multiples retraits douteux, allant parfois jusqu’à 1,5 million de dollars (…) »Des chèques non justifiés qui se succèdent à un rythme infernal ». D’où la conviction de «détournement de fonds publics ».

Lorsqu’elle reprend à son compte le scoop et le fait traiter par Esdras Ndikumana, son correspond au Burundi installé maintenant en France pour des raisons de sécurité dans son pays d’origine, Rfi annonce le 29 puis le 30 octobre 2016 : «Jean-Jacques Lumumba, un cadre dirigeant de la BGFI (première banque d’Afrique centrale), a claqué la porte de cette banque de Kinshasa, banque proche de la famille du président congolais, après avoir refusé de se rendre complice d’opérations douteuses. Il est allé ensuite livrer de nombreux et très compromettants dossiers au quotidien belge».

Dans sa dépêche parue sous le titre «RDC: des révélations gênantes pour la famille Kabila à la Une d’un journal belge», elle souligne : «Un des documents rendus publics par le quotidien belge Le Soir montre par exemple que l’un des comptes de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) du Congo, qui abritait de l’argent destiné à financer des élections en RDC, a été régulièrement ponctionné, et cela dans des conditions très louches».

Le citoyen lambda est comme incité à croire que cette enveloppe – estimée à plus d’un milliard de dollars US pour tout le cycle électoral – a déjà été consommée à des fins non électorales !

Dans cette même dépêche, il y a cependant ce bémol qui ne répare rien : «La journaliste assure que les montants en jeu ne sont pas colossaux. Ils sont de l’ordre de dizaines de millions de dollars, mais ils révèlent surtout combien l’entourage du président congolais Joseph Kabila serait corrompu. Et cela en toute impunité», relève Rfi !

Banalisée en raison de l’ampleur inutilement donnée au scoop, la précision de Colette Braeckman – et encore mise au conditionnel s’agissant de la corruptibilité de l’entourage du chef de l’Etat – signifie concrètement que les médias occidentaux ont fait exactement ce que disait un certain Vincent de Paul Lunda Bululu des médias zaïrois à l’avènement du processus démocratique en 1990 : «Des titres pompeux au contenu sablonneux», l’objectif étant de faire mal, mais alors faire simplement mal !

Les médias occidentaux se débarrassent du scoop politisé…

Car si la volonté était de clarifier la situation, Colette Braeckman se devait de demander à Jean-Jacques Lumumba s’il a eu la présence d’esprit, par exemple, de vérifier par lui-même ou de faire vérifier par des relations interposées la gestion par la Céni des fonds décaissés, avant de formuler l’accusation de corruption.

Conséquence : depuis les premières réactions de Corneille Naanga, président du Bureau de la Céni, enregistrées le 31 octobre et le 1er novembre 2016, les médias occidentaux – Le Soir en tête – ont vite fait de déplacer le centre d’intérêt ! Pour la RDC, l’intérêt est désormais focalisé sur les funérailles des combattants de l’Udps et, dans une moindre mesure, la reprise de bons offices de la Cenco auprès de « Rassemblement ».

Entre-temps, la haute direction de la Céni persiste et signe : les actes de gestion posés sur les comptes de l’institution d’appui à la démocratie sont légaux et traçables ! «La Céni dénonce les liens établis abusivement entre les transactions effectuées à BGFI Bank et la non-tenue des élections. C’est un discours malhonnête« , va même ajouter  Corneille Naanga, en réponse à une question de l’Afp.

Aussi, les prémisses se révélant fausses, les autres accusations contre la Bgfi proférées par son ex-cadre se disqualifient d’elles-mêmes. D’ailleurs, à «Jeune Afrique» qui l’a joint pour réagir à ces accusations, Albert Yuma, président du patronat congolais et président du Conseil d’administration de la Gécamines, déplore la légèreté du scoop. «Il faut ne rien comprendre au fonctionnement de l’économie pour écrire des choses pareilles. Ce monsieur Lumumba, je ne le connais pas. Il a sans doute été payé. La BGFI va publier un communiqué prochainement et je répondrai personnellement au Soir», dit-il. Auparavant, il a qualifié ces accusations «d’idioties».

Au final, les médias occidentaux commencent à se débarrasser du scoop politisé…

Et Lambert Mende aura trouvé le mot juste en réduisant cette affaire à «une légende d’un individu qui tente de profiter de la situation pour se faire une notoriété».

Qui dit mieux ?

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

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