Sanctions américaines : Boshab et Kalev plutôt victimes que coupables !

  • A Boshab, il est reproché le fait d’être «l’un des acteurs clés dans la stratégie de maintien au pouvoir du président Kabila au-delà de la date du 19 décembre 2016», allusion faite à son ouvrage «Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la nation». Pourtant, tout le monde a fini par reconnaître la nécessité de la re-visitation de la Constitution. Après élections, évidemment…

 

  • A Kalev, il est reproché le fait notamment de «museler l’opposition et de retarder les progrès politiques dans le pays, en recourant parfois à la violence». Curieusement, on ne lui reconnaît pas le mérite d’avoir amorcé, à l’initiative du Président Joseph Kabila, les premiers contacts à l’origine du Dialogue de la Cité de l’Union africaine et même des négociations sous les auspices de la Cenco. Washington a encouragé les deux assises…

 

Léopold S. Senghor doit bien se demander, en terre normande de France où il a fini son pèlerinage sur le plancher des vaches, si finalement la raison ne devient pas nègre et le sentiment hellène. Normal : on comprend de moins en moins la propension de l’Occident cartésien à réfléchir plus par le cœur que par la tête.

Comment, du reste, s’en étonner lorsque des faits authentiques démontrent amplement qu’en RDC, les Occidentaux font de l’illogique une logique, et vice-versa ?

Les sanctions de l’Union européenne du 12 décembre 2016 en sont la preuve. Elles ont coïncidé avec celles des Etats-Unis d’Amérique à l’encontre des personnalités congolaises présentées comme proches du Président Joseph Kabila.

Les institutions européennes ont pris ces sanctions en se basant sur des rapports d’enquêtes n’émanant pas de leurs services. Elles ont ciblé d’office Kalev, Numbi, Ilunga, Amisi et Kanyama. Et voilà que sans présenter les éléments de sa propre enquête, elle les a étendues à Kimbelisa, Kahimbi et Ilunga.

Concomitamment, Washington – qui venait d’en faire autant avec Kanyama, Numbi et Amisi – a décidé d’élargir sa liste cette fois avec Boshab et Kalev. Selon certains médias «bien branchés», la liste comprendrait 28 proches du Raïs.

Boshab, professeur d’université et VPM chargé de l’Intérieur

Chose étonnante : les Etats-Unis, réputés patrie symbole des libertés fondamentales, dénient à un scientifique le droit de réfléchir à haute voix sur la Constitution de son pays. Pr d’université, Evariste Boshab a suscité un débat démocratique auquel l’opinion a réagi tout aussi démocratiquement, les uns étant POUR, les autres CONTRE.

L’important, au moins, est qu’au stade actuel, la Constitution n’a été ni révisée, ni changée. D’ailleurs, la classe politique congolaise  a pris conscience des faiblesses qu’elle comporte. Elle a opté pour sa révision.

En quoi alors Boshab est-il fautif ou coupable ?

A supposer que les sanctions soient liées aux événements du 19 et du 20 septembre 2016, force est de constater que les manifestations concernées n’ont eu aucun fondement du moment que la Céni ne pouvait pas convoquer le corps électoral. Elle procédait à ce moment précis à la confection du nouveau fichier avec les opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs démarrées le 31 juillet. Le corps électoral «convocable» n’avait que 200 ou 300.000 premiers enrôlés du Nord Ubangi seulement.

Ce qui est sûr, c’est que Martin Fayulu a déclaré le même 19 septembre 2016 que les manifs s’inspiraient du soulèvement populaire burkinabé.

En quoi alors elles étaient également démocratiques ?

Dans plusieurs «actes d’accusation», référence est souvent faite aussi aux manifestations de janvier 2015. Il est de notoriété publique qu’elles avaient été organisées pour amener la population kinoise à envahir les installations (zone inviolable) du Parlement, question d’empêcher les députés d’adopter le projet de loi électorale. Les parents avaient été instruits de ne pas envoyer leurs enfants à l’école ; les personnes du 3ème âge dissuadés de sortir de leurs maisons et les opérateurs économiques d’ouvrir leurs commerces. Les ambassades, la Monusco et les ONGDH avaient reçu la déclaration de Dynamique datée du 15 janvier 2015.

Qu’avaient-elles encore de démocratiques, ces manifestations-là ?

Kalev Mutond, administrateur général de l’Anr

Cas pour le moins choquant : celui de Kalev Mutond. Que ce soit pour le Dialogue recommandé dans les résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu soutenu par l’Union africaine, l’Union européenne et les Etats-Unis (dont la fameuse 2277), que ce soit pour les négociations sous auspices de la Cenco, il est connu de tout le monde que l’homme-clé à avoir reçu du Président Joseph Kabila mission d’approcher Etienne Tshisekedi est bel et bien le patron de l’Anr.

Il se fait seulement qu’après la signature de l’Accord politique de la Cité de l’Ua félicité par les Américains et en prévision du compromis politique du centre interdiocésain encouragé par les mêmes Américains, l’administration américaine décide de prendre des sanctions contre lui, et encore au moment où les Congolais s’apprêtent à convenir du modus vivendi et du modus operandi pour l’Après 19 décembre 2016 !

Ainsi, à l’instar d’Evariste Boshab, Kalev Mutond est sanctionné pour avoir pris des mesures appropriées en vue de la réussite du Dialogue, menacé expressément par des forces politiques et sociales visiblement résolues à empêcher les Congolais de trouver une solution congolaise à une crise congolaise…

Depuis 1960…

Aussi, l’opinion avertie se demande avec raison comment l’Administration américaine, qui a exhorté dans sa déclaration du 21 novembre 2016 «la coalition du Rassemblement sous la direction d’Etienne Tshisekedi à faire des propositions constructives et pratiques et à s’abstenir de rhétorique incendiaire ou des actions incompatibles avec les normes démocratiques», pratique soudain l’amnésie. Car, au travers de cette déclaration, elle reconnaît de façon tacite la rhétorique incendiaire et les actions incompatibles avec les normes démocratiques auxquelles se livrent plusieurs Opposants.

Pour la petite histoire, il se trouve parmi ces acteurs ceux qui, depuis 1990, entretiennent leur carrière avec des actions de rue – présentées pour la consommation populaire et extérieure en manifestations comme non-violentes – alors qu’elles dégénèrent continuellement avec des morts, des blessés, des pillages etc. à la pelle.

En sanctionnant au cours de ces 26 ans et demi les autorités qui oeuvrent pour la préservation de la paix et en épargnant les planificateurs du désordre public à des périodes hypersensibles, les Américains (lisez Occidentaux), semblent agir dans le sens d’encourager les Congolais à vivre plutôt à couteaux tirés. Et cela remonte à l’indépendance.

En attendant d’en savoir plus, deux aveux devraient interpeler les Congolais. Le premier de la part d’Edem Kodjo. Dans l’édition édition n°2918 de «Jeune Afrique» diffusée pour la semaine du 11 au 17 décembre 2016, le facilitateur fait cette confession, parlant de Moïse Katumbi : «Son grand frère, Katebe Katoto, que j’ai rencontré à Bruxelles, était un ardent défenseur de la formule du panel et un critique acerbe de la facilitation que je menais, au point que j’ai dû lui dire, les yeux dans les yeux: ‘Moi, Monsieur, je ne suis pas achetable !’. Au cours de cette même rencontre, un membre du G7 s’est levé : ‘Vous, vous avez un mentor qui s’appelle la France, a-t-il commencé. Eh bien, sachez que la RDC, c’est le jardin privé des États-Unis !’. Mon sang n’a fait qu’un tour : ‘Je ne sais pas si vous êtes conscient de ce que vous venez de dire, ai-je rétorqué. À votre place, je ferais tout pour que ça ne sorte pas de cette salle. Sinon l’Afrique entière va se moquer de vous !».

Le second aveu est fait le 1er décembre 2016 par Federica Mogherini, Vice-Président et Haut Représentant de l’Ue. Elle dit exactement : «La République démocratique du Congo a sans doute un lien particulier avec l’Europe : c’est notre histoire, c’est notre intérêt pour la stabilité de toute la région des Grands Lacs, ce sont les relations quotidiennes entre nos peuples».

La raison, devenue nègre, doit absolument amener les Congolais à se demander pourquoi et comment, si leur pays est réellement le «jardin privé des Etats-Unis » et a une histoire commune de l’Ue, la paix y est fréquemment menacée par des voisins pro-Occidentaux !

La capacité de circonscrire cette évidence permet de comprendre que derrière des sanctions américaines et européennes sans fondement solide, il y a autre chose.

Notons qu’au cours de sa première plénière de la session extraordinaire démarrée le 16 décembre 2016, l’Assemblée nationale a vécu une scène pour le moins insolite. Le député «Rassemblement» Lumeya a exprimé son étonnement de voir ses collègues s’abstenir de saluer les sanctions européennes et américaines. Il a à peine été applaudi.

La vérité est que les siens réalisent à leurs dépens que ces mesures-là sont de nature à planifier des «conflits à venir» et, en plus, d’hypothéquer l’alternance politique…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

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