Une « première » insolite : aucun Opposant ne réclame ses morts ni ses blessés !

Une semaine après les incidents du 19 et du 20 décembre 2016, aucun leader, aucun parti ou groupement politique membre de «Rassemblement», aucune ONGDH de la société civile alliée n’a encore alerté l’opinion «aussi bien nationale qu’internationale» (c’est la terminologie consacrée) sur un seul «combattant» abattu «à bout portant» par les agents de l’ordre, voire blessé ou disparu. Autre insolite : prompts à appeler Tshisekedi (Etienne ou Félix), Olenghankoy ou Fayulu pour s’informer du bilan des victimes, les médias extérieurs préfèrent cette fois-ci ne pas leur donner l’occasion de les tourner en dérision avec de faux chiffres comme par le passé. Assurément, les Opposants et leurs alliés de la Société civile – mus par la survie via la médiation Cenco – refusent de voir leur propre leadership remis en cause, conscients de l’effet boomerang si l’on venait à réaliser que leur appel au calme n’a été entendu, ni compris de leur base. Après avoir «instrumentalisé» les morts et les blessés des manifestations de janvier 2015 et de septembre 2016 au point de justifier les sanctions prises par les Américains et les Européens à l’encontre d’une dizaine d’officiels congolais, ils craignent d’être eux-mêmes désavoués par les «sponsors». Cependant, la question de fond demeure : qui sont-ils, ces morts et ces blessés lâchés pour ne pas dire trahis par leurs «leaders» ?

 

Jusqu’au moment de la publication de cette chronique, aucun des médias congolais et des médias étrangers très intéressés aux événements du 19 au 20 décembre 2016 n’a encore reçu une information émanant d’une formation politique de l’Opposition ou d’une ONGDH acquise à cette famille politique dans le sens de réclamer l’appartenance à sa base de tel manifestant mort ou de tel autre manifestant blessé.

Pourtant, elles sont bien-là, les victimes, en chair et en os.

Le Bureau conjoint des Nations Unies pour les Droits de l’homme (BCNUDH) dit avoir «documenté au moins 40 meurtres de civils à Kinshasa, Lubumbashi, Boma et Matadi, principalement des personnes protestant contre le refus du président Joseph Kabila de démissionner à la fin de son mandat officiel le 19 décembre », en plus de 107 personnes blessées ou ayant subi de mauvais traitements et au moins 460 arrestations, a renchéri Liz Throssell, porte-parole du Haut-Commissariat de l’Onu aux droits de l’homme.

Ouvrons une parenthèse pour stigmatiser l’insinuation attribuant ces incidents au refus du chef de l’Etat de démissionner à la fin de son mandat. Les Nations Unies savent qu’elles ont amené les Congolais au Dialogue sur base de plusieurs résolutions dont la fameuse 2277. Ce Dialogue a produit le 18 octobre 2016 – soit deux mois avant l’échéance du 19 décembre dernier – un Accord politique qu’elles ont du reste salué, et dont l’un des acquis est le maintien en fonction des Institutions à mandat électif, conformément à la Constitution. Ce que la médiation Cenco est en train d’entériner.

Il est donc indécent de la part de l’Onu de parler de refus du Président Kabila de démissionner. Parenthèse fermée.

Où sont passés les autres morts ?

Devenus par la force des choses l’une des sources fiables d’infos sur la RDCongo, les agences de presse, les chaînes de télévision et de radio, les sites Internet, les journaux papier américains et européens et le BCNUDH (Monusco) parlent certes des victimes, mais sans donner la parole aux politiciens congolais pour permettre à chacun de revendiquer ses morts et ses blessés, comme cela a été le cas en janvier 2015 et en septembre 2016.

Petit exemple édifiant : le 19 septembre 2016, Joseph Olenghankoy avait accusé le Pouvoir d’être à la base des 25 morts pendant que pour le gouvernement, le bilan provisoire était de 17 morts. Entre-temps, «Rassemblement» avait déploré pour sa part «plus de 50 morts victimes des balles (…) de la police et de la garde républicaine». Jean-Marc Kabund, secrétaire général de l’Udps, avait dressé son bilan des événements du 19 et du 20 septembre 2016 : «soit 100 morts, 1000 blessés et 2.500 disparus !». Le 20 septembre, sur Rtbf, Etienne Tshisekedi venait de faire la déclaration suivante : «Le régime de monsieur Kabila s’est illustré par une extrême barbarie en tuant en 2 jours plus de 100 personnes de nos compatriotes».

Depuis, son parti – qui a enterré six de ses combattants – ne dit toujours pas où sont passés les plus de 94 autres morts. Ses alliés sont, eux aussi, aphones !

Entre-temps, Onu, Union européenne, Etats-Unis, Canada, Grande Bretagne, France, Belgique etc. ont exercé une si forte pression sur les autorités congolaises au point de faire sanctionner certains officiels.

La besogne laissée aux autorités provinciales

Ne s’explique alors pas aujourd’hui le silence des membres de «Rassemblement» par rapport aux victimes du 19 et du 20 décembre 2016. Ou plutôt si : cette plateforme ne veut pas se retrouver avec sur les bras des morts dont la prise en charge des funérailles se justifiera difficilement au plan politique et au plan diplomatique.

En effet, elle s’est servie du congolais lambda pour faire ce en quoi la classe politique congolais excelle depuis des décennies : la cogestion, appelée aussi «cohabitation» ou «partage équilibré et équitable du pouvoir» entre les familles politiques en présence.

Dans son document du 24 novembre 2016 envoyé à la Cenco, «Rassemblement» a réclamé clairement la primature. Au point 2.4. relatif au Gouvernement de la République, il est dit : «Dans le cadre de la cohabitation et de la participation de deux familles politiques au leadership national pendant la période de transition, le Gouvernement de la République sera dirigé par un Premier Ministre, Chef du Gouvernement, désigné par le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement et, le cas échéant, déchu à son initiative».

Déjà, la fumée blanche escomptée du centre interdiocésain pourrait être celle du maintien en fonction du Président de la République (article 70), des députés nationaux et provinciaux (articles 103 et 110) et des sénateurs (article 105) et également  l’ouverture du Gouvernement central et des Gouvernements provinciaux aux non-participants au Dialogue de la Cité de l’Union africaine.

Ainsi, au final, il a fallu des morts, des blessés et des pillages en janvier 2015 pour faire adopter la loi électorale aujourd’hui en vigueur. Il a fallu des morts, des blessés et des pillages en septembre 2016 pour un corps électoral que la Céni ne pouvait nullement convoquer étant donné que la confection du fichier électoral est en cours. Et, cette fois-ci, il faut encore des morts, des blessés et des pillages pour obtenir la cogestion de la transition, avec toutefois cette particularité que personne, dans les rangs de l’Opposition radicale (lisez Rassemblement), ne veut réclamer son «quota» de morts pour les enterrer dignement et son «quota» de blessés pour les faire soigner convenablement. Une fois de plus, la besogne est laissée aux autorités provinciales.

Sur papier, rien ne peut prouver un appel dans ce sens…

Aussi, ceux des Congolais morts ou blessés pour avoir manifesté pour la fin du second mandat du Président de la République sont juste des victimes «collatérales» d’un combat politique qui les dépasse et les surpasse.

Ils ont été préparés au seul message du départ du Raïs le 19 décembre 2016 au plus tard à la 59ème minute, mais en réalité, ils n’auront servi que de marchepied à la reconquête du Pouvoir, principalement par les éléments du G7, et encore essentiellement pour le Gouvernement puisque, comme relevé ci-dessus, les articles 103 et 105 permet à leurs parlementaires de garder leurs mandats jusqu’à l’installation de la nouvelle Assemblée nationale et du nouveau Sénat.

La volonté de rester aux affaires s’exprime et se constate par le fait qu’une semaine après l’échéance du 19 décembre 2016 – date fixée aussi pour la dissolution de l’Assemblée nationale et le Sénat qui, à l’instar du Président de la République, sont des Institutions à mandat électif – aucun député national ou provincial, aucun sénateur de l’Opposition radicale (G7 en particulier) ne s’est déclaré démissionnaire ! Au contraire – s’agissant des députés – ils ont participé à la cérémonie d’investiture du Gouvernement Badibanga le 22 décembre 2016.

Moralité : les combattants morts ou blessés l’ont été par leur propre faute. Aucun leader de l’Opposition radicale ne les a instruits pour descendre dans la rue.

Sur papier, rien ne peut prouver un appel dans ce sens…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

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