Médias occidentaux et RDCongo. Lettre ouverte à mon confrère ouestaf’ : pourquoi !

Cher Confrère,

 

D’emblée, je ne cherche pas à savoir si tu es Burkinabé, Sénégalais, Malien ou Ivoirien. Moins encore Guinéen, Togolais ou Nigérien. Pour des raisons évidentes, je ne cite pas les autres.   Sens-toi concerné si tu as conscience de servir de relais aux puissants médias français ayant mon pays dans le collimateur. Car, pour ces médias, une dépêche sans la RDC est tout, sauf une info !

 

Ainsi, au Congo-Kinshasa, autrefois Zaïre, il y a toujours un EVENEMENT à exploiter avec sensation. Un scoop, disons-nous dans le jargon ! Et, généralement, on le traite en privilégiant la diabolisation quand ce n’est pas la dérision.  Voir un pont en bois s’écrouler dans une localité du Congo profond est une info pour le reporter qui, pourtant, aura circulé à l’aise sur une distance de 500 km de route bitumée.

 

Ou autre image : l’assassinat par décapitation des chefs coutumiers par les «miliciens» se réclamant du Kamwina Nsapu. Ce dernier les qualifie lui-même de bandits, de terroristes. Pareil crime est, hélas !, traité en fait divers s’il n’est pas carrément ignoré. Par contre, la neutralisation des mêmes miliciens par les forces gouvernementales, souvent après une bataille sanglante, occupe la manchette. On sort la terminologie «réaction disproportionnée» ou «usage disproportionné d’armes létales». Mieux, on découvre des charniers impliquant l’armée ou la police comme si les «miliciens», eux, se volatilisent avec leurs cadavres dans la nature.

 

Bref, on cherche à justifier l’existence d’une milice et à cautionner ses motivations au motif de non tenue des élections, tout en demandant au Gouvernement de respecter la Constitution de la République, la même à disposer à son article 190 : «Nul ne peut, sous peine de haute trahison, organiser des formations militaires, paramilitaires ou des milices privées, ni entretenir une jeunesse armée».

 

Résultat : pour ces médias, les fameux  «Kamwina Nsapu» sont différents des Boko Haram qui mettent à feu et à sang plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Ils leur sont utiles.

 

Pourtant, dans un pays comme la RDCongo, où les Nations Unies disposent de la force de paix la plus importante du monde en termes d’effectifs, de logistique et de coût pour des résultats toutefois mitigés du point de vue sécuritaire, un pays-continent où le gros du travail est effectué par l’Appareil sécuritaire gouvernemental, l’apparition des milices se livrant à des pratiques magico-religieuses est un défi face aux besoins de pacification, de démocratisation et de développement.

 

Cher Confrère,

 

Tu as, au moins toi, une chance formidable de t’informer sur ce défi. A défaut de te référer aux médias occidentaux, et peut-être aux médias congolais, tu as à ta portée la communauté ouest-africaine vivant au Congo depuis des décennies, en plus des fonctionnaires du système onusien.

 

Des seconds, apprends  que de la Banque mondiale à l’Omc en passant par le Fmi, l’Unicef, l’Oit, le Fao, l’Unesco, l’Oaci, l’Upu, l’Oms, l’Aiea, le Hcr,  l’Omi, l’Omm, l’Ompi, l’Onudi, l’Uit et autres le Pnud, les fonctions les plus importantes sont exercées par des Ouest-africains. J’ajoute et souligne expressément la Monusco.  De la première, apprends que les Ouestaf’ constituent la plus grande communauté régionale étrangère en terre congolaise. Des quartiers entiers dans des communes voisines du centre-ville de Kinshasa sont habités par des Sénégalais, des Maliens, des Nigérians, des  Guinéens etc. Des pans entiers du commerce alimentaire (boucherie), vestimentaire (habillement et chaussures de luxe) et automobile (pièces de rechange) sont entre leurs mains.  Je témoigne même : les meilleures grillades de Gemena, au Sud Ubangi, à plus d’un millier de kilomètres et demi de Kinshasa, sont celles d’un Ivoirien !

 

Fait curieux : pendant que les médias français «terrorisent» les Congolais avec des infos entretenant la panique et leur font quitter leurs propres pays, les tiens y débarquent par cargaisons. Tu devines pourquoi : les Ouest-africains vivent bien, très bien chez moi.

 

Cher Confrère,

 

                Pourquoi alors t’acharnes-tu à faire tiennes les préoccupations parisiennes sur la RDC sans en connaître ni en maîtriser les contours ?

 

                57 ans après son accession à l’indépendance, le Congo a toujours un problème avec son passé colonial ! Seul, il fait face à trois Etats occidentaux qui ne lui veulent pas que du bien : la Belgique, la France et les Etats-Unis. La première pour l’avoir hérité en 1908 de Léopold II, son roi, propriétaire de l’Etat Indépendant du Congo (EIC). La deuxième pour avoir obtenu le droit de préemption exerçable dès la fin du mandat de la Belgique. Et les troisièmes pour n’avoir jamais reconnu le partage de l’Afrique entre les puissances dites coloniales.

 

                Les Etats-Unis ont d’ailleurs une opinion fixe du Congo. Voici en quels termes leur ambassadeur aux Nations Unies, Bill Richardson l’avait exprimée en 1997 : «Le Congo est un élément essentiel des intérêts américains en Afrique. Ce pays renferme des opportunités économiques énormes. Treize pour cent du potentiel hydro-électrique mondial, vingt-huit pour cent des réserves mondiales de cobalt, dix-huit pour cent des diamants industriels, six pour cent des réserves de cuivre, de riches terres agricoles, une talentueuse et industrieuse force de travail, la moitié de la forêt équatoriale africaine. Le moteur de croissance du centre de l’Afrique est le Congo. Il est un pont entre les économies en voie de développement dans le sud et l’est de l’Afrique, et les nations pauvres de l’Afrique centrale. La stabilité du Congo signifie la stabilité pour la plus grande partie de l’Afrique».

 

                Au lendemain des deux guerres du Shaba (1977 et 1978), Alexandre de Marenches, directeur général du Sdece de 1970 à 1981, avait affirmé pour la France que la puissance qui va dominer le Katanga va dominer le monde.

 

                Quant à la Belgique, elle sait que tout le poids qu’elle peut représenter au sein de l’Union européenne, de l’Otan et de l’Onu est lié à son «ascendance» sur le Congo. Peut-être que tu ne le sais pas même si tu entends parler de Patrice-Emery Lumumba : 11 jours seulement après avoir accepté l’Indépendance de sa colonie, la Belgique va se lancer dans son démembrement, et cela par le Katanga, symbole du Cuivre, suivi le 8 août de la même année par le Kasaï, symbole du Diamant. Depuis, elle n’a jamais fourni aux Congolais la moindre explication. Au contraire, nous constatons que depuis 1960, tous les Congolais ayant accédé à la magistrature suprême ont bénéficié de son soutien. Mais c’est par elle aussi que leur déstabilisation arrive. 

 

Cher Confrère,

 

                Au regard de ce qui précède, tu peux déjà te faire une idée de la tragédie congolaise, surtout lorsque la Chine fait, elle aussi, son entrée dans le «pré-carré» occidental !

 

En vérité, le problème du Congo n’est ni la démocratie, ni l’Etat de droit, ni les Droits de l’homme. Il est celui de sa survie comme Etat et comme Nation. Le problème du Congo est donc la volonté des puissances mondiales de redessiner l’Afrique par le fameux Berlin II.

 

C’est à l’image de David et de Goliath, avec cette différence que dans le camp de David, des forces centrifuges et centripètes s’entredéchirent sous prétexte d’alternance politique.

 

On parle alors de violation de la Constitution par le Président Joseph Kabila. Mais as-tu déjà analysé ou fait analyser ce texte, notamment ses dispositions prorogatives permettant au Président de la République (alinéa 2 de l’article 70), au Député national (alinéa 2 de l’article 103), au Sénateur (alinéa 2 de l’article 105) et au Député provincial (alinéa 6 de l’article 197) de rester en fonction jusqu’à l’installation du nouveau Président de la République ELU, de la nouvelle Assemblée nationale ELUE, du nouveau Sénat ELU et des nouvelles Assemblées provinciales ELUES ? On en viendrait d’ailleurs à dire que le problème, ce n’est le Raïs, mais bien la Constitution.

 

On parle de violation de l’Accord du 31 décembre 2016 par le Président Joseph Kabila. Mais as-tu déjà analysé ou fait analyser ce texte qu’on veut faire passer pour source de légitimité des Institutions à mandat électif pendant qu’il n’y est question nulle part ?

 

On parle de violations des Droits de l’homme par le Président Joseph Kabila avec pour épicentre le Kasaï. Mais t’es-tu demandé comment Américains et Européens ne réunissent que des «preuves de crimes» imputables aux forces gouvernementales, sans parvenir à identifier un seul des meneurs des «miliciens» ! C’est tout de même étrange que dix mois après l’apparition du «phénomène Kamwina Nsapu», aucun journal occidental, aucun enquêteur de l’Onu, aucun investigateur d’un des services des renseignements de l’Otan ne soit parvenu à le découvrir ! C’est à croire que l’objectif est de créditer la thèse d’un Appareil sécuritaire congolais brimant le «peuple».

 

Oui, pourquoi, pourquoi Cher Confrère Ouestaf’, «consommes-tu» sans modération tout ce que te disent les médias français, manifestement en mission «commandée» pour le Dossier Congo  alors que tu as toute la capacité de vérification ou de contre-vérification par des sources tierces ? Ne me laisse pas croire que c’est pour le simple plaisir de figurer dans la revue de presse !

 

Cher Confrère,

 

Tu seras peut-être surpris, en t’informant bien, de découvrir que la liberté d’expression dans mon pays est un cas d’école en Afrique, voire dans le monde. Journaux, chaînes de radio et de télévision, presse électronique en font usage sur tous les tons, offrant colonnes et plateaux à des acteurs politiques et sociaux qui, eux aussi, débordent d’éloquence et de critiques, surtout les Opposants. Ni Paris, ni Bruxelles ne peuvent prétendre arriver à la cheville de Kinshasa en cette matière. Les missions diplomatiques accréditées dans mon pays savent. C’est généralement lorsqu’on crève le seuil du tolérable que l’Etat réagit.

 

Tu veux t’en convaincre ? Va sur les sites Internet congolais, prends tout ton temps et, après, reviens à moi, si cela ne t’embarrasse pas.

 

En attendant, je te laisse face à ta conscience et te souhaite bonne chance dans tes choix.

 

Kinshasa, le 17 juin 2017

 

Ton confrère de la RDC,

 

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s