A l’issue de son atelier, l’AR hypothèque les chances de Moïse Katumbi

  • «Alternance pour la République» semble ne pas faire la différence entre les critères «posséder la nationalité congolaise d’origine» réservé au candidat Président de la République et «être de nationalité congolaise» réservé au candidat Député national…

 

 La plateforme «AR» coordonnée par Delly Sessanga a organisé les 4 et 5 juillet 2017 l’atelier pour lequel elle a eu la présence d’esprit d’approcher la veille le Bureau de la Céni en vue de s’enquérir des préparatifs des élections à venir. Au terme de ses assises, elle a levé trois options principales : l’organisation des élections au plus tard en décembre 2017 conformément à l’Accord du 31 décembre 2016, le démarrage des opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs dans le Grand Kasaï et le maintien de la candidature de Moïse Katumbi à la présidentielle…

 

Du premier point, l’AR – qui déplore la lenteur constaté dans les opérations d’enrôlement consécutive, à l’en croire, aux manœuvres dilatoires entretenues autant par le Gouvernement pour le financement que par la Céni pour l’encadrement technique – annonce qu’«Au 31 décembre s’il n’y a pas élections », elle n’acceptera aucune excuse.

«Nous n’accepterons aucun jour de plus en ce qui concerne la finalisation du fichier électoral», déclare-t-elle avec promesse de demander au peuple de s’associer avec elle «pour exiger une alternance démocratique au pays». Naturellement, de la communauté internationale, elle escompte l’accompagnement des Congolais dans ce processus.

Du deuxième point, l’AR réclame de la Céni le démarrage sans délai de «l’enrôlement au Kasaï afin de finaliser les opérations d’enrôlement»

C’est au troisième point, elle est carrément «prolixe». Du dernier gouverneur du Katanga, elle dit ceci : «Moïse Katumbi reste et demeure le candidat de l’Alternance pour la République à la prochaine présidentielle. Et aucune raison de droit ou de fait ne fait obstacle à cette candidature…». Déplorant ce qu’il qualifie d’acharnement du pouvoir à l’égard de son candidat, elle est convaincue qu’«Après l’affaire de mercenaires» et «l’affaire Stoupis», la Mp a une nouvelle trouvaille : «la double nationalité imputée à notre candidat pour l’empêcher d’être candidat à la prochaine élection présidentielle…». Et de marteler : «Moïse Katumbi est Congolais et n’a rien à démontrer en ce qui concerne sa nationalité congolaise d’origine. Il a été élu avec les plus grands suffrages aux élections législatives de 2006, le député le mieux élu de la République, et qui a présidé à la destinée de la province du Katanga pendant près de 7 ans…».

Mettant en garde «les pêcheurs en eau trouble qui se hasardent dans les zones dangereuses…», elle prévient : «Ceux qui aujourd’hui agitent la boue sont en train de remuer cette question. Sont-ils désormais prêts, après avoir sollicité depuis plusieurs années, un moratoire à la suite de la motion de José Makila de passer maintenant au crible la nationalité de tous les officiers supérieurs et généraux des FARDC et de la PNC, des sous-officiers ainsi que des cadres dans l’administration publique, et dans les institutions publiques pour établir la nationalité des uns et des autres ?».

Aussi, menace-t-elle de procéder à la publication de la liste des membres de la Mp détenteur de la double nationalité si jamais la plateforme présidentielle persiste dans cette voie.

Dans la foulée du troisième point, elle plaide pour la libération «sans conditions » des détenus et prisonniers politiques «sont Franck Diongo ainsi que le bâtonnier Jean-Claude Muyambo», rapporte un média de Kinshasa.

Naturellement, il s’agit de Delly Sessanga.

Posséder la nationalité congolaise d’origine

Première observation en remontant à reculons : lorsque Sessanga cite nommément Franck Diongo et Jean-Claude Muyambo, il fait une omission grave : il ne reprend Eugène Diomi Ndongala.

A ce propos, on n’a d’ailleurs toujours jamais compris pourquoi de tous les prisonniers emblématiques, seul Moïse Katumbi a bénéficié d’une «mission d’enquête indépendante» de la part de la Cenco alors que cette faveur aurait dû être étendue à d’autres compatriotes en état de détention ! Ceci de un.

De deux, Delly Sessanga – qui est un esprit brillant – se livre à un chantage qui ne l’honore pas lorsqu’il brandit la menace de publier la liste des membres de la Majorité présidentielle détenteurs de la double nationalité. Il se livre à un marchandage de bas niveau du genre «taisez-vous, ou je déballe». Car, lorsqu’il étend sa menace aux officiers supérieurs et généraux ainsi qu’aux sous-officiers de l’armée et de la police, de même qu’aux cadres de l’Administration publique et des Institutions publiques, il ne conforte nullement pas la position de Moïse Katumbi ! Loin s’en faut.

De trois, dans tous les pays du monde, il est de ces fonctions réservées exclusivement aux détenteurs de la nationalité d’origine et aux détenteurs de la nationalité tout court. En RDCongo, pour être Président de la République, il faut «posséder la nationalité congolaise d’origine», tandis que pour être député national, il faut «être de nationalité congolaise».

Juriste de formation, avocat de profession et législateur, Delly Sessanga sait tout de même faire la distinction entre la nationalité congolaise d’origine et la nationalité congolaise.

Une coloration ethno-tribale

Deuxième observation : l’enrôlement dans les Kasaï doit absolument être effectué. Autrement, les élections ne seront pas nationales.

A trois semaines de l’échéance du 31 juillet 2017 (nous y revenons dans la troisième observation), personne de raisonnable ne peut croire la Céni capable d’achever ces opérations dans un laps de temps aussi court. A moins de vouloir contraindre la Centrale électorale à faire ce qu’elle n’a pu faire en septembre 2016 avec la fameuse revendication de la convocation du corps électoral pendant que la refonte du fichier venait de démarrer le 31 juillet de la même année. Les 19 et 20 septembre 2016, des Congolais sont morts, blessés et tués pour cette revendication insensée.

Par ailleurs, dans le cas précis de Delly Sessanga, la pression sur la Céni a une coloration ethno-tribale, et c’est bien dommage. On ne l’a pas entendu exercer la même pression lorsqu’il s’est agi d’autres provinces où les opérations pré-électorales ont rencontré de sérieuses difficultés avant d’être régulées.

En attendant, on aurait bien souhaité le voir, en tant député élu de Luiza dans le Kasaï Central grâce à l’alinéa 2 de l’article 103 de la Constitution (et non de l’Accord de la Saint Sylvestre), contribuer à la pacification des esprits dans l’espace kasaïen. C’est la seule façon de faciliter à la Céni le déploiement du personnel et des équipements. Malheureusement, en prévision de la 35ème session du Conseil des droits de l’homme tenue à Genève, Delly Sessanga avait jeté un gros pavé dans la mare dans le sens de démobiliser et de démotiver les forces de l’ordre, donc de laisser la situation sécuritaire se dégrader davantage.

Même la Résolution 2348 n’y fait pas allusion

Troisième observation : l’échéance du 31 juillet 2017. L’AR aura du mal à indiquer dans quel chapitre et dans quel point figure cette date lorsqu’on consulte l’Accord du 31 décembre 2016. Au chapitre IV.1., il est dit des parties prenantes qu’elles «s’accordent pour une refonte totale du fichier électoral et l’évaluation une fois tous les deux mois de l’Opération d’enrôlement des électeurs en cours». Au point IV.2, elles «conviennent sur l’organisation des élections en une seule séquence présidentielle, législatives nationales et provinciales au plus tard en décembre 2017». Au point IV.3, elles «s’accordent que la CENI tiendra dûment informés l’Assemblée Nationale et le Conseil National de Suivi de l’Accord ainsi que les autres parties prenantes au processus électoral du chronogramme qui prendra en compte les opérations pré-électorales et électorales», ces opérations étant au nombre de sept, à savoir :

– Fin de la constitution du fichier électoral consolidé;

– Adoption de la loi sur la répartition des sièges par circonscription électorale et la loi électorale ainsi que leur  promulgation par le Chef de l’Etat;

– Convocation des scrutins par la CENI;

– Election en une seule séquence des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales;

– Prestation de serment et installation du nouveau Président de la République élu

– Elections sénatoriales, des gouverneurs et vice-gouverneurs des  provinces.

– Les élections locales, municipales et urbaines seront organisées en 2018.

Même dans l’Arrangement particulier, aucun chronogramme n’y apparaît. L’ennui est que ceux qui le présentent comme étant différent du texte adopté à la Cenco sont incapables de le rendre public. On pensait qu’avec son atelier, l’AR allait le produire pour confondre le camp adverse.  Malheureusement, à l’instar du G7, de la Cenco et du Conseil des sages de «Rassop/Limete», la plateforme katumbiste tente de récupérer à son compte l’échéance du 31 juillet 2017 déterminée dans l’Accord du 18 octobre 2016.

Or, il est connu de tout le monde qu’au centre interdiocésain, ce document a été gommé, et même la Résolution 2348 n’y fait pas allusion.

Moralité : la Céni n’est pas obligée de s’en tenir à une échéance ayant cessé d’exister.

Il va donc falloir que tous les protagonistes en prennent acte.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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