Processus électoral. Halte à la manip’ : C. Nangaa n’a rien décidé !

 

  • A Mgr F. Ambongo de la Cenco, le président de la Céni dit : «Je ne suis pas un politicien, mais un technicien chargé d’organiser les élections. Il m’appartient de dire la vérité aux Congolais, d’autant plus que, même lors de la conclusion de l’accord, les signataires savaient que l’option retenue d’organiser plusieurs scrutins le même jour était inconséquente, en termes de délais»…

 

 

Sous le titre «Report des élections 2017. Nangaa : vérité ou stratégie ?», le journal électronique «Le Point Afrique» a publié le 11 juillet 2017 une interview du président de la Céni réalisée pendant son séjour en Europe, interview dans laquelle sont abordés tous les sujets importants relatifs au processus électoral en cours. Le tintamarre suscité par sa déclaration à Paris le 7 juillet à l’issue de la séance de travail organisée au siège de l’OIF et rapportée par l’Afp tout comme l’interview sur TV5 le surlendemain a tellement été fort que d’autres prestations du genre, faites à d’autres médias, sont passées inaperçues ou presque. Pourtant, les évidences sont implacables…

 

Ainsi, à la question clé de savoir pourquoi envisager un nouveau report pour des élections attendues en décembre 2017, l’interviewé répond : «Ce report est dû entre autres aux activités préparatoires des élections, la plus importante d’entre elles étant l’inscription des Congolais sur les listes électorales. L’accord de la Saint-Sylvestre  recommande un processus électoral inclusif. Il n’est pas possible d’aller aux élections en laissant de côté une partie du territoire national, le Kasaï en l’occurrence. La situation sécuritaire dans cette région ne nous a pas permis d’y lancer l’opération d’enrôlement au même moment que dans les autres provinces. Cette situation a perturbé nos plans. L’inscription des électeurs dans le Kasaï risque d’avoir un impact sur les délais de tenue des scrutins, d’autant que, dans cette partie du territoire, nous allons identifier et enrôler les électeurs en observant le même principe d’équité que dans d’autres provinces du pays.

A la question logique de savoir à  quand le coup d’envoi de ces opérations dans le Kasaï, Corneille Nangaa déclare : «D’après nos prévisions, avant la fin de ce mois de juillet, nous serons à pied d’œuvre en termes préparatoires dans le Kasaï, de sorte que, dans la deuxième quinzaine d’août au plus tard, nous ayons déjà commencé à délivrer les cartes d’électeur. Mais cette opération sera menée progressivement, là où la sécurité le permet. Cela pourrait avoir un effet de contagion qui nous permettrait de l’étendre à l’ensemble du Grand Kasaï ». Et de poursuivre : «J’ai une bonne nouvelle : la situation sécuritaire s’est améliorée là-bas. C’est nettement mieux qu’il y a un mois. Cette stabilisation nous permet de prévoir le lancement de l’enrôlement dans cette partie du territoire».

Mettant en exergue la probabilité d’atteindre la barre de 40 millions d’électeurs en ce mois de juillet 2017 (au moment où il accorde cette interview, la Céni a déjà enregistré plus de 33 millions d’électeurs), le président de la Centrale électorale réagit cependant par rapport aux lenteurs observées dans les opérations d’identification et d’enrôlement. «Il n’y a pas de lenteurs… Lenteurs ? Oui, mais l’objectif de l’enrôlement n’est pas que la délivrance des cartes d’électeur. Sa finalité est la constitution des listes électorales. C’est une opération qui obéit à une procédure établie conformément à la loi. En suivant cette procédure, tout doit être fait pour que nous ayons des listes fiables. Il ne nous reste que le Kasaï. Après cette phase, nous clôturerons l’opération».

A l’observation de l’OIF selon laquelle les élections peuvent être organisées en 2017 sous certaines conditions, Corneille Nangaa déclare : «J’ai lu le rapport de l’OIF ; elle n’affirme pas tout à fait ce que vous avancez. Ce qui est sûr, c’est que nous n’aurons pas d’élections tant que nous n’aurons pas fini l’enrôlement. Et après cette opération, nous demanderons au Parlement de passer la loi sur la répartition des sièges, qui nous permettra de convoquer l’électorat. Une fois l’électorat convoqué, nous aurons la liste définitive des candidatures après le règlement d’éventuels contentieux. Nous commanderons ensuite les bulletins de vote et tout le matériel nécessaire. Nous recruterons les agents qui travailleront dans les bureaux de vote. Le personnel doit être formé et le matériel déployé pour que nous alliions aux scrutins que nous attendons tous».

Tandis qu’à l’observation du vice-président de la Cenco, Mgr Fridolin Ambongo, convaincu que son annonce aurait dû être faite en concertation avec les organes compétents, et ce au regard de l’Accord du 31 décembre 2016, il dit : «Nous attendons ces instances. Nous ne pouvions que faire cette annonce. Que fait-on tant que le Conseil national de suivi de l’accord  n’est pas encore installé ? Faut-il rester dans le flou et ne pas dire la vérité ? Je ne fais pas de politique. Je ne suis pas un politicien, mais un technicien chargé d’organiser les élections. Il m’appartient de dire la vérité aux Congolais, d’autant plus que, même lors de la conclusion de l’accord, les signataires savaient que l’option retenue d’organiser plusieurs scrutins le même jour était inconséquente, en termes de délais ».

Il ajoute même pour besoin de clarification : «La Ceni joue son rôle. La mission qui lui est assignée par l’article 211 de la Constitution est de conduire tout processus électoral et référendaire. La Ceni doit publier le calendrier. C’est sa mission exclusive ; mais, comme l’exige l’accord – et Mgr Fridolin Ambongo le sait –, nous évaluerons la situation avec le gouvernement et le CNSA, que nous appelons de tous nos vœux, pour que nous publiions ce calendrier. Mais nous insistons sur un point : la publication du calendrier sera faite par la Ceni, pas par un autre organe».

Justement de l’indépendance de la Céni qu’il fait valoir alors qu’il est sous pression des protagonistes internes et externes, il a sa perception. «Je suis indépendant. La Ceni a la particularité d’être une institution technique qui gère les passions politiques. Quoi de plus normal qu’il y ait des pressions. Peu importe ce que je déclare… L’opposition dira que ce n’est pas bon, le pouvoir aussi. De son côté, la communauté internationale ne manquera pas de donner son avis. Les évêques aussi. Malgré tout, ma position est celle-ci : nous gérons en toute responsabilité. Notre mission est d’amener le peuple congolais aux élections. Et en tant que président de la Commission électorale, je suis le garant de la bonne organisation de ces élections», dit-il.

Autre question-clé : sa démission au motif de rouler pour Joseph Kabila. Réponse claire et nette : «Ma démission n’est pas à l’ordre du jour. Je fais mon travail. Je suis en fonction conformément à la loi sur l’organisation et le fonctionnement de la CENI. Il serait intéressant que les uns et les autres s’imprègnent de cette loi pour savoir dans quelles conditions untel peut démissionner ou prendre ses fonctions».

C’est la partie finale de sa répartie qui est intéressante lorsqu’on lui fait observer qu’il n’y a pas que l’Opposition à lui reprocher ses «accointances». De nombreux Congolais sont du même avis. «Autant les gens me soupçonnent de faire le jeu du pouvoir et de retarder les choses, autant le pouvoir me soupçonne d’aller beaucoup plus vite (qu’il n’en faut). Je suis acculé de toutes parts. Cela signifie que je fais mon travail à l’allure que nous nous fixons nous-mêmes », dit-il.

Ça, c’est la démonstration de la dictature…

Cette interview mérite pourtant une forte médiatisation dans la mesure où elle a anticipé sur les réactions aussi bien des forces politiques et sociales internes que de la communauté internationale, entre autres les Nations Unies et l’Union européenne parmi les institutions, les Etats-Unis, la France, la Belgique etc. parmi les Etats membres.

Pour autant que l’on soit honnête avec soi, on a le devoir de l’admettre : Corneille Nangaa n’a rien décidé. Après tout, il n’a pas le pouvoir de décision que lui attribuent abusivement et malicieusement ses détracteurs. Il n’a que dit la vérité en soulignant le fait que les signataires de l’Accord de la Saint Sylvestre «savaient que l’option retenue d’organiser plusieurs scrutins le même jour était inconséquente, en termes de délais».

Le paradoxe est que ni «Rassop/Limete», ni la Cenco, ni les partenaires extérieurs n’ont, depuis une semaine, relevé le défi de la contradiction.

Aussi, c’est paradoxal que dans un pays où le verbe est à la réclamation du respect de la Constitution tandis que l’action à l’auto-proclamation du titre «chantre de l’Etat de droit» – concept fondé sur la reconnaissance des libertés fondamentales – on en vienne à interdire au président de la Ceni le droit de réponse pendant qu’on le met sous pression pour publier le calendrier électoral.

C’est comme si certains protagonistes voulaient le contraindre à se taire.

Ça, c’est la démonstration de la dictature…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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