Processus électoral. Les Américains amnésiques eux aussi ?

 

  • En 2016, John Kirby était d’avis que les élections en RDCongo doivent avoir lieu « dès que techniquement possible » et «dès que techniquement réalisable», propos tenus respectivement le 16 et le 19 septembre 

 

  • Et voilà qu’en juillet 2017, Washington menace la RDC « de sanctions si les élections ne se déroulaient pas comme prévu cette année« , même s’il s’avère que c’est encore techniquement impossible…

 

La préoccupation majeure, au regard de cette double prise de position contraire de l’Administration américaine, est de savoir ce qui a raisonnablement motivé le changement de position des Etats-Unis, puissance mondiale censée disposer de sources d’informations les plus fiables qui soient au monde. Serait-ce l’assassinat de l’expert Michaël Sharp ou l’inefficacité révélée des sanctions ayant frappé certains officiels congolais ? Serait-ce la solidarité des Etats africains opposés aux sanctions occidentales ou l’échec de l’initiative de l’Ue d’une enquête indépendante internationale sur les événements du Grand Kasaï ? Serait-ce les incertitudes, de plus en plus croissantes, sur les chances du candidat à la présidentielle Moïse Katumbi d’accéder à la magistrature suprême ou plutôt la décision américaine de réduire sa contribution à la Monusco ? Il y a là un faisceau d’éléments à ne pas négliger… 

 

Elle s’appelle Michele Sison. Elle est ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu. Ses prises de positions à l’égard de Kinshasa ne sont de plus en plus agaçantes.  « Les retards sur les élections ne peuvent pas continuer (…) La communauté internationale doit prendre les devants et intensifier la pression non seulement sur le président Kabila et son gouvernement, mais aussi sur la commission électorale nationale indépendante« , déclare-t-elle, rapporte l’Afp dans sa dépêche du 12 juillet 2017 intitulée «ONU: Washington veut sanctionner la RDC pour le retard des élections».

Exigeant de la Ceni la publication du calendrier électoral «immédiatement», elle brandit à nouveau les menaces. « Nous sommes prêts à prendre des mesures supplémentaires pour sanctionner ceux qui tentent d’entraver la première transition démocratique en RDC« , dit-elle, avant de demander au Conseil de sécurité de l’Onu d’envisager «des sanctions ciblées pour réduire la violence en RDC et aider à faire pression sur toutes les parties pour qu’elles jouent un rôle plus constructif dans l’avancée du pays».

La France et le Royaume Unis réclament aussi l’annonce d’une date pour la présidentielle. L’Onu n’est pas en reste.

Ainsi, dans sa dépêche du 12 juillet 2017 intitulée «RDC: les propos du président de la Céni sur les élections préoccupent les diplomates », Rfi relève que «Le week-end dernier à plusieurs reprises, Corneille Nangaa, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), a expliqué que les élections ne pourraient être techniquement organisées avant la date-butoir du 31 décembre 2017, comme le prévoit un accord politique signé en décembre 2016. Cette annonce qui ne dit pas son nom a suscité une levée de bouclier de l’opposition congolaise mais aussi de la communauté internationale».

Dans l’intertitre «‘Motif de préoccupation’ de l’ONU», elle précise que «Face à cette situation, la communauté internationale tente de redonner un coup de pression. Mais sa marge de manœuvre semble plus que limitée pour obliger Kinshasa à accélérer le processus» et reprend les propos de Jean-Pierre Lacroix, chef du Département des opérations de maintien de la paix, selon lesquels «Il convient également de s’inquiéter du retard de la Céni à publier le calendrier des élections, de même que de l’incertitude qui continue de planer sur le financement de ces scrutins en dépit des efforts du gouvernement en vue de décaisser le budget convenu au cours des derniers mois».

En réaction aux propos tenus par Corneille Nangaa, Lacroix estime que «…les récentes déclarations du président de la Céni relatives à l’impossibilité de tenir les élections d’ici la fin de l’année constituent un motif supplémentaire de préoccupation». Aussi, à mi-parcours de la période transitoire convenue dans l’Accord, considère-t-il qu’«il est plus que jamais nécessaire que les acteurs politiques nationaux et les partenaires internationaux, y compris les membres de ce conseil, se remobilisent pour remettre l’accord politique du 31 décembre 2016 sur les rails».

Préalables incontournables

Rappel des faits. Le 7 juillet 2017, il s’est tenu au siège de l’OIF, à Paris, la réunion des envoyés spéciaux sur le processus électoraux en RDC. Constituant le Groupe international de contact (GIC) sur la région des Grands-Lacs, les partenaires extérieurs cités sont la Belgique, la Suède, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Allemagne, les Etats-Unis, l’Angola, l’Afrique du Sud, l’Onu et l’Ue. Ils ont eu pour interlocuteurs côté RDCongo le VPM en charge des Affaires étrangères et Intégration régionale, Leonard She Okitundu, et le président de la Céni, Corneille Nangaa.

Du communiqué publié à cette occasion, il ressort que «La réunion de Paris a eu pour objectif de faire le point sur les principales recommandations formulées dans le rapport de la mission d’évaluation électorale de l’OIF déployée en RDC du 30 avril au 14 mai 2017».

Dans ce rapport justement, la délégation de l’OIF reconnaît que «…la modification de la loi électorale et l’adoption de la loi de finances sont des préalables incontournables pour permettre à la CENI de finaliser son budget et, de facto, sa programmation et le calendrier associé». La délégation note même qu’«…un risque de retard est à craindre, si les opérations tardaient à démarrer dans les provinces du Kasaï, du Kasaï central et de certains territoires de Lomami».

Sur un schéma différent

Quoi de plus surprenant alors que de voir ou d’entendre les protagonistes externes se livrer les uns à l’amnésie, les autres au rétropédalage, conscients qu’ils sont de la facilité de retourner l’opinion congolaise sous prétexte de crise socio-économique catastrophique devenue l’arme ultime de lutte politique pour Rassop/Limete.

Les exemples les plus éloquents sont donc la prise de position de Washington en septembre 2016 lorsque le sous-secrétaire d’Etat John Kirby en a appelé à la tenue des élections «dès que techniquement possible» ou «dès que techniquement réalisable», comme relevé ci-dessus et le rapport de l’OIF reconnaissant comme préalables incontournables à la publication du calendrier électoral la révision de la loi électorale et l’adoption de la loi de finances.

A ce jour, si la loi de finances été promulguée, la loi électorale révisée n’est même pas même encore soumise à l’examen de l’Assemblée nationale. Bien plus, le Cnsa n’est toujours pas opérationnel à cause des divisions au sein de « Rassemblement ».

Pour avoir placé ses antennes humaines et matérielles partout en RDCongo, Washington a toutes les informations pour savoir que la Céni est victime des enjeux politiques qui la dépassent plutôt que responsable des griefs portés à sa charge.

C’est probablement pour cela que John Kirby a lié la tenue des élections aux considérations techniques.

Michele Sison, de loin son inférieure, soutient le contraire pendant que son propre pays est engagé dans le Groupe international de contact ayant pourtant constaté dans le Rapport de l’OIF de mai dernier que «…l’organisation et la tenue concomitantes de trois scrutins, telles qu’inscrites dans l’accord de la Saint Sylvestre, nécessitent un plan logistique et opérationnel de grande ampleur, qui pèsera lourdement sur la cartographie des bureaux de vote, qu’il faudra dès lors adapter, tout comme le traitement des candidatures et du contentieux».

Une façon claire et nette de reconnaître que les parties prenantes ont délibérément rendu complexe le mécanisme électoral visant l’alternance politique. C’est exactement ce que relève Corneille Nangaa dans son interview du 11 juillet 2017 au journal électronique «Le Point Afrique» lorsqu’il fait observer que «…les signataires savaient que l’option retenue d’organiser plusieurs scrutins le même jour était inconséquente, en termes de délais».

Or, par comparaison, l’Accord politique du 18 octobre 2016 issu du Dialogue de la Cité de l’Ua a allégé ce mécanisme.

On en vient tout naturellement à se demander si l’Accord du 31 décembre 2016, même consacré instrument international, visait réellement l’alternance politique dans les conditions y afférentes. La réponse est carrément NON !

Ce qui devient dès lors inquiétant, c’est qu’en pratiquant de façon aussi ostentatoire l’amnésie et le rétropédalage (l’autre dirait « fait du prince »), les Américains soient, eux aussi, sur un schéma différent des valeurs démocratiques qu’ils prônent.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

PROCHAINEMENT

Moise Katumbi a perd l’Afrique !

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