27 ans après. Toujours «Bruxelles exige», «Paris réclame», «Washington décide» !

Secret de polichinelle : «une élection, c’est d’abord le fichier électoral», quel que soit le domaine. Dans l’Accord du 31 décembre 2016 élevé au rang d’instrument international par la volonté de «Rassemblement» et de la Cenco, les parties prenantes ont convenu de la refonte totale du fichier électoral en cours de confection. Le point IV.1. du chapitre IV relatif au Processus électoral dispose : «Les parties prenantes s’accordent pour une refonte totale du fichier électoral et l’évaluation une fois tous les deux mois de l’Opération d’enrôlement des électeurs en cours». En réaction à l’annonce du lancement des opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs par la Céni, le G7 – qui fait office de tête pensante et de tiroir-caisse de la plateforme créée à Bruxelles-Genval – avait stigmatisé ce processus. «La CENI nous ramène ainsi sournoisement au préalable du recensement général rejeté catégoriquement par le peuple congolais lors des manifestations du 19 et 20 janvier 2015 réprimées dans le sang par le pouvoir», avait-il soutenu. On sait qu’après les tristes événements de septembre 2016 à la base des sanctions occidentales à l’endroit des officiels politiques, militaires et policiers, «Rassemblement» a fait évoluer sa position. D’abord au conclave du 4 octobre 2016 au cours duquel il a exigé  l’accélération et l’encadrement de l’enrôlement démarré le 31 juillet de la même année, ensuite lors des négociations sous auspices de la Cenco au cours desquelles il a adhéré à la thèse de la refonte totale du fichier électoral. Tous les partenaires extérieurs bilatéraux et multilatéraux le savent. A commencer par le Groupe International de Contact (GIC) comprenant la Belgique, la Suède, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Allemagne, les Etats-Unis, l’Angola, l’Afrique du Sud, l’Onu et l’Union européenne réuni à Paris le 7 juillet dernier…

 

«La réunion de Paris a eu pour objectif de faire le point sur les principales recommandations formulées dans le rapport de la mission d’évaluation électorale de l’OIF déployée en RDC du 30 avril au 14 mai 2017», relève-t-on de la déclaration finale dans laquelle il est précisé que cette séance de travail avait «évalué à mi-parcours les opérations d’enrôlement des électeurs et l’avancement des activités pré-électorales» et que cette «rencontre exceptionnelle visait également à poursuivre les échanges avec la communauté internationale sur le processus électoral, en y associant les autorités congolaises, qui ont une responsabilité majeure pour la tenue d‘élections libres, fiables, inclusives et transparentes, dans le respect des clauses de l’Accord de la Saint-Sylvestre».

Y ont pris part, côté RDCongo, la délégation conduite par le VPM Léonard She Okitundu, en charge des Affaires étrangères, et comprenant également le président de la Céni, Corneille Naanga.

La déclaration signale que «Les échanges ont permis d’examiner l’état de la situation politique en RDC, notamment, les questions prioritaires relatives aux élections, auxquelles il faudrait accorder la plus grande attention dans l’intérêt de l’apaisement de la vie politique et de la conduite du processus électoral dans des conditions de transparence et d’inclusivité, garantes de sa crédibilité ». De même que «cette réunion a permis à la Francophonie de réaffirmer son rôle aux côtés d’autres partenaires, dans la recherche de solutions à la crise politique qui secoue la RDC ainsi que son engagement à poursuivre son appui au processus électoral en cours dans cet Etat membre».

C’est à l’issue de cette concertation que le président de la Céni a fait état de la difficulté de tenir les élections fin décembre 2017, soulevant de ce fait la tempête ayant permis à plusieurs forces politiques et sociales internes en panne de vitalité de rebondir.

Double langage

Depuis, c’est à une sorte de «concours de pressions» que l’on assiste côté partenaires extérieurs. A elle seule, la dépêche de l’Afp du 27 juillet 2017 intitulée «L’ONU exhorte la RDCongo à respecter l’accord électoral» en dit long au travers de ces quelques extraits portant sur le processus électoral. «En vertu de cet accord conclu le 31 décembre 2016, des élections doivent être organisées cette année dans ce pays riche en minerais dont ce serait la première transition démocratique», lit-on avant de poursuivre : «Mais les craintes que l’accord ne reste lettre morte se multiplient après l’annonce par le chef de la commission électorale plus tôt ce mois-ci que le scrutin n’aurait probablement pas lieu cette année».

La dépêche ajoute : «Dans une déclaration préparée par la France et adoptée à l’unanimité, le Conseil a prévenu ‘qu’à moins que les acteurs politiques ne fassent preuve d’une bonne foi renouvelée et d’une volonté politique de tenir les promesses faites à leur population la veille du jour de l’an en 2016, la RDC et la région au sens large s’exposent à un risque accru d’insécurité et d’instabilité. Dans sa déclaration, le Conseil a souligné ‘l’urgence d’une application rapide’ de façon à organiser ‘des élections pacifiques, totalement crédibles et dans les délais convenables, au plus tard en décembre 2017’ afin de réaliser un transfert pacifique du pouvoir».

La dépêche ajoute aussi : «Les quinze membres du Conseil se sont également dits prêts à ‘agir en conséquence contre tous les acteurs congolais dont les actions et les déclarations empêcheraient l’application de l’accord et l’organisation des élections » » avant de pré-conclure «Lors d’une précédente réunion du Conseil en juillet déjà, les Etats-Unis avaient demandé la publication immédiate par la commission électorale d’un calendrier pour les élections et, plus précisément, la fixation d’une date pour le scrutin présidentiel. Washington a brandi la menace de sanctions unilatérales et estimé que le Conseil de sécurité devrait envisager des mesures pour faire pression sur toutes les parties».

Cette prise de position du Conseil de sécurité de l’Onu et des Américains – on peut bien s’en rendre compte – vont à l’encontre des recommandations du Rapport de l’Oif dont celles reconnaissant que «…la modification de la loi électorale et l’adoption de la loi de finances sont des préalables incontournables pour permettre à la CENI de finaliser son budget et, de facto, sa programmation et le calendrier associé», de même qu’«un risque de retard est à craindre, si les opérations tardaient à démarrer dans les provinces du Kasaï, du Kasaï central et de certains territoires de Lomami».

Tout esprit cartésien a du mal à comprendre le double langage dans le chef de certains partenaires extérieurs.

Pour quel processus électoral s’empoigne-t-on !

Il s’agit, au fait, des mêmes partenaires qui s’étaient impliqués considérablement dans la gestion institutionnelle de la Transition dans ses trois phases décisives, en l’occurrence celles instaurées du 24 avril 1990 au 17 mai 1997, du 17 mai 1997 au 30 juin 2003 et du 30 juin 2003 au 6 décembre 2006 tout comme dans la gestion institutionnelle de cette dernière décennie.

Depuis avril 1990, tout n’a toujours été dans ce pays que «Bruxelles exige, Paris réclame, Washington décide…», quand ce n’est pas «L’Onu veut», «L’Union européenne recommande». Entre-temps, dans ses résolutions, le Conseil de sécurité (nous) fait le numéro de réaffirmer «son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo et de tous les États de la région » et de souligner que «les principes de non-ingérence, de bon voisinage et de coopération régionale doivent être pleinement respectés».

Ainsi, l’Angola ou le Rwanda – dont le même Conseil de sécurité reconnaît pourtant la souveraineté et l’indépendance en plus du respect des principes de non-ingérence dans ses affaires internes – peut rejeter l’implication étrangère dans l’organisation de ses élections sans que cela ne suscite des menaces envers des officiels angolais ou rwandais.

Par contre, quand il s’agit de la RDCongo, c’est la levée des boucliers, et des Congolais s’offrent à saluer et à relayer les pressions extérieures. D’où la question de savoir en quoi sommes-nous un pays. Mais surtout, pour quel processus électoral s’empoigne-t-on !

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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