«Epuration ethnique». Lettre ouverte à mon confrère kasaïo-katangais !

 

  • Après l’ex-Shaba, serait-ce le tour du Grand Kasaï ?

 

Cher Confrère,

Depuis le 4 août 2017, c’est le buzz sur les réseaux sociaux ! A la base, tu t’en doutes, la publication du rapport d’une équipe du HCDH (Haut-commissariat des Droits de l’homme) conduite en Angola par Scott Kampbell aux camps des réfugiés congolais ayant fui l’insécurité dans l’espace kasaïen, insécurité consécutive au phénomène dit «Kamwina Nsapu».

Sur www.congo30juin.com, une chronique est consacrée à ce rapport sous le titre «Scott Kampbell veut déstabiliser le Grand Kasai…».

L’info principale, livrée par cet activiste des droits de l’homme déclaré persona non grata par les autorités congolaises voici quelques années alors qu’il dirigeait le BCNUDH, est la mise en exergue d’une épuration ethnique perpétré dans cette partie du pays.

«L’équipe du HCDH a pu confirmer qu’au cours des premiers mois de l’année 2017, des individus appartenant aux groupes ethniques Tchokwe, Pende et Tetela ont créé une milice, la Bana Mura, qui a commis de nombreux et graves abus envers les populations Luba et Lulua», lit-on dans ce rapport.

Comme pour renchérir, Scott Kampbell révèle que «Les informations recueillies par l’équipe du HCDH ont indiqué que les attaques des Bana Mura semblaient préméditées, et impliquaient la participation active de responsables locaux identifiés, à savoir des membres des forces de sécurité et de défense ainsi que des dirigeants traditionnels». Dans ce contexte, «Des barrages auraient été érigés sur les routes par les Bana Mura pour éviter que les Luba et Lulua qui avaient survécu aux massacres ne s’échappent. Un certain nombre de témoins Luba et Lulua ont déclaré que lors de certaines attaques de villages, des membres Tchokwe des Bana Mura criaient ‘Katchokwe’ – vous les Tchokwe – et si la personne ne savait pas répondre correctement ‘Laula’ (réveillez-vous! en langue Tchokwe), elle était tuée. Les personnes interviewées par le HCDH ont affirmé que ceci constituait un signe clair prouvant un plan orchestré pour éliminer un groupe spécifique. Les réfugiés Luba ont affirmé que des militaires des FARDC avaient également commencé des tueries sur la base de considérations ethniques au cours de la période examinée par ce rapport». C’est au point 20.

Pour schématiser, il y a ainsi, d’un côté, des bourreaux appelés Tchokwe, Pende et Tetela, de l’autre, des victimes nommées Luba et Lulua.

Qui sont-ils, les informateurs ? La réponse se devine. Scott Kampbell la donne au point 10 : «Les entretiens ont été effectués dans des endroits isolés afin de garantir la confidentialité de l’identité des sources».

On ne pourrait peut-être jamais les connaître.

Cher Confrère,

Tu te souviens certainement que lorsque l’insécurité s’est accrue entre mars et mai 2017, certaines sources ont commencé à signaler la présence de la milice katangaise de Gédéon Kyungu dans l’espace kasaïen, info vite «retirée» de la circulation de peur de recréer le conflit katango-kasaïen sur le modèle de ceux des années 1960 et années 1990.

Justement, pour celui des années 1990, tu as encore souvenance de la thèse de l’épuration ethnique accréditée à l’époque où un certain Gabriel Kyungu wa Kumwanza était gouverneur de la région du Shaba, redevenue province du Katanga à l’arrivée de l’Afdl.

En juin 2016, en marge du conclave de Bruxelles-Genval au cours duquel a été montée la plateforme «Rassemblement» placée sous la présidence d’Etienne Tshisekedi, bien des compatriotes kasaïens, principalement ceux de la Diaspora, ont été choqués de voir leur «bourreau» et le lider maximo se congratuler. D’ailleurs, un collectif s’est vite constitué pour intenter à Bruxelles un procès à charge de l’ancien gouverneur du Shaba (sous Mobutu), devenu afdlien sous L-D. Kabila, avant de se transformer en défenseur acharné de Joseph Kabila et finir par rouler pour Moïse Katumbi.

On laisse entendre que c’est à la demande personnelle d’Etienne Tshisekedi que le collectif s’est rétracté, question de ne pas mettre à mal le bon fonctionnement de «Rassemblement».

Constat au moins intéressant pour l’heure : Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi ne semble pas pressé de s’afficher aux côtés du shabien bourreau des Baluba et des Balulua.

Retenons seulement à ce stade que malgré la création des nouvelles provinces, le Grand Kasaï est un même espace social et culturel, de même que le Grand Katanga.

Cher Confrère,

Or, avec la thèse de l’épuration ethnique, le conflit n’est plus kasaïo-katangais. Il devient kasaïo-kasaïen. Ce sont des communautés kasaïennes qui se rentrent dedans avec tout ce que cela a comme impact sur la cohabitation inter-ethnique et intertribale.

Un acteur politique peut vouloir en tirer profit pour des visées électoralistes. Ce qui n’est pas le cas de l’acteur civil, entendez un activiste des Droits humains, un religieux, un syndicaliste ou un professionnel des médias. Sauf s’il développe des instincts ethniques et tribaux discriminatoires.

Dans le contexte actuel, des initiatives comme celles de Scott Kampbell – bien que placées sous la couverture du Haut-commissariat aux droits de l’homme – ne sont nullement à encourager. Surtout quand elles sont entreprises pour des raisons bassement politiciennes.

Tu connais, en tant que journaliste, la procédure de publication des Rapports engageant les ONG. Cette procédure prévoit l’intégration des avis et considérations de la partie gouvernementale, et cela avant de les rendre officiellement publics.

Scott Kampbell s’en est passé et le Gouvernement le lui a fait observer par son communiqué du 4 août 2017. Les autorités congolaises reconnaissent avoir reçu le 27 juillet le Rapport du Hcdh «pour commentaires préalables à sa publication» et ont jugé «prématuré et inopportun à ce stade de publier un quelconque rapport sur des témoignages peu crédibles, non vérifiés, recueillis unilatéralement par le Haut-commissariat des Droits de l’homme des Nations Unies ayant à l’étranger fui la crise dans le Kasaï».

Le Gouvernement a rappelé qu’«A la suite des violences liées au phénomène Kamwina Nsapu, les autorités congolaises (…) avaient sollicité et obtenu de la 35ème Session du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies à Genève une assistance technique en vue de leur permettre d’identifier au moyen des enquêtes conjointes les auteurs présumés des violences et abus commis sur tout l’espace du Kasaï» et a précisé qu’«Il s’agit de la Résolution 33/35 prescrivant au Haut Conseil des Droits de l’Homme de dépêcher une équipe d’experts internationaux pour accomplir, conjointement avec les experts congolais et de l’Union Africaine, la compilation des faits et des circonstances afin de les communiquer aux autorités judiciaires de la RDC dans le but de voir les auteurs de ces crimes déférés devant les juridictions compétentes de la RDC».

Le Gouvernement a fait constater qu’«En exécution de cette Résolution, le Haut-Commissariat a désigné le 19 juillet 2017 3 experts en chef et 19 autres experts pour le compte du Secrétariat Technique attendus en RDC pour le 3 septembre prochain tandis que le Gouvernement lui a communiqué le 27 juillet les termes de référence devant régir la collaboration entre les deux équipes», cela avant de considérer que «pareille démarche renforce les suspicions quant à la neutralité du Haut-Commissariat des Droits de l’Homme et la volonté de certaines puissances étrangères hostiles à vouloir instrumentaliser ce dernier pour déstabiliser les Institutions Congolaises».

En conclusion, il a décidé de s’en tenir «aux dispositions pertinentes pré-rappelées de la Résolution 33/35 du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU».

Cher Confrère,

Si tu le veux, tu peux seulement le constater : près d’une semaine après la protestation du Gouvernement, ni le Haut-commissaire Zeid Ra’ad Zeid Al-Hussein, ni Scott Kampbell n’ont jugé utile de réagir.

De deux choses alors l’une : soit ils ont choisi d’ignorer superbement cette protestation, soit ils ont réalisé avoir eu tort d’avoir violé les usages établis et redoutent, évidemment, un désaveu.

Dans les deux cas, la vérité est que ni Al Hussein, ni Kampbell ne sauront préserver via l’unité kasaïenne l’unité congolaise.

Nous tous nous le savons, nous de la Presse : le Kasaï est aujourd’hui le ventre mou du pays, ce après l’ex-Shaba autrefois en proie à une épuration ethnique assumée.

Il nous revient donc de nous ressaisir si nous voulons sauver le Congo…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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