Interview suicidaire. Katumbi hypothèque encore ses chances d’être élu !

 

  • Avec toutes les accusations portées contre le Président Kabila notamment sur des tueries perpétrées sur plus de 3 millions de Congolais et des troubles organisés au Kasaï et au Katanga, l’ex-gouverneur du Katanga devient un renseignant privilégié et un témoin précieux pour ne pas dire le suspect n°1 pour toute instance judiciaire crédible. Or, élu Président, il ne saura répondre facilement à la convocation ou à l’invitation d’une cour déterminée à l’entendre. Conséquence : il se met hors course…

 

En séjour aux Etats-Unis pour le mariage de son fils, et dans l’attente de la 72ème session de l’Assemblée générale de l’Onu qui se tient à New York,  Moïse Katumbi a accordé le 6 septembre dernier une interview à Nicholas Kristof pour le compte du «New York Times». D’entrée de jeu, c’est l’intervieweur qui conditionne moralement l’interviewé par l’introduction ci-après : «Si vous nous suivez d’ici aux États-Unis, j’espère que vous avez passé un bon week-end. J’espère également que vous avez la chance de voir mon article sur l’ouragan Harvey et le changement climatique. Mais je veux parler aujourd’hui de quelque chose qui est vraiment important mais qui ne fait pas partie de notre conversation. J’aimerais parler du Congo, l’un des pays les plus importants d’Afrique, l’un des plus riches. Mais il a été hanté par une tragédie depuis vingt ans. Le Comité international de Secours a déclaré que c’était l’un des conflits les plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale à cause des combats internes et je n’ai pas été en mesure de faire un reportage à ce sujet parce que le président Kabila me refuse le visa et il le refuse pour la  plupart des journalistes. Mais la prochaine meilleure chose, j’ai invité ici le gouverneur Katumbi. Il était un gouverneur très populaire au Congo et il est candidat à la présidence. Le problème est que le président Kabila ne veut pas partir et ne veut pas organiser des élections. Et alors, le gouverneur Katumbi est en exil en ce moment». Au remerciement de Nicholas Kristof, Moïse Katumbi répond : «Merci, merci beaucoup». Et Nicholas invite les téléspectateurs à poser des questions au gouverneur (sic) sur le Congo…

 

Cependant, il poursuit le conditionnement de son interlocuteur en ces termes : «Le président Kabila continue à se cramponner alors qu’il devrait avoir quitté le pouvoir. Les élections ne se concrétisent pas. Oui, je crains que nous allions voir plus de violence dans un pays qui a trop vu déjà ? Il y aura de protestation dans les rues par vos partisans et ils seront fauchés par de tir à l’arme à feu…».

C’est alors que l’interviewé répond : «Oui, ce qui se passe au Congo, c’est qu’il y a une grande crise totale avec le Président Kabila. Parce qu’aujourd’hui tout est orchestré  par le président Kabila pour qu’il n’y ait pas d’élections. C’est pourquoi nous avons décidé, le peuple du Congo, les églises, tout le monde, nous avons décidé que Kabila doit quitter le pouvoir, et laisser quelqu’un d’autres organiser la transition parce qu’il ne peut se convenir à rien et, il ne respecte pas sa parole». Et il ajoute en s’inspirant du décor de la table : «J’ai vu une pomme dans votre bureau, qui est rouge pour le président Kabila, cette pomme est verte (…) Il ne pense qu’à un Congo en trouble (…) où il peut rester et piller le pays».

Nicholas Kristof continue son conditionnement avec cette double question : «Et, n’est-ce pas un véritable danger avec beaucoup de violence ? Avant qu’il y avait eu une protestation contre Kabila, il les a massacrés [pointa le doigt menaçant] et allons-nous vers beaucoup de cela ?».

Réponse de Katumbi : «Le massacre pour lui n’est vraiment rien. Ce qui se passe au Kasaï est organisé par le gouvernement, le président Kabila. Ce qu’il y a aujourd’hui à Pueto, c’est lui. Il crée également une instabilité avec nos voisins, neuf pays avoisinant le Congo. C’est pourquoi nous n’avons pas besoin d’un président comme lui. Il doit quitter ! Il aurait dû respecter la constitution !».  Il rebondit en déclarant : «Je sais qu’il va venir à l’ONU et prononcer son discours. Il va venir à mentir. Dès le début, il avait dit qu’il allait respecter la constitution, mais il ne l’a jamais respectée. Il avait dit que nous devrions lui donner un an. Nous avions donné un an au président Kabila. Cette fois ci, c’est la fin. Pas de négociation, Kabila doit partir. Kabila peut rester dans le pays et voir ce que nous ferons pour relancer un meilleur Congo, dont nous aurons besoin demain».

Nicholas Kristof, tout fier de savoir qu’il est en train de mener du bout du nez son invité, s’adresse cette fois-ci au Chef de l’Etat congolais : «Président Kabila, si vous nous suivez, lorsque vous arriverez en septembre, je vous invite à venir ici et à vous donner le même temps. Je souhaite obtenir mon visa pour visiter la RDC. D’accord, président Kabila ?». Agissant plus en comique qu’en journaliste, il poursuit : «Dans votre situation, si vous deviez revenir, vous risquez d’être emprisonné ou fusillé ?».

Il laisse alors Katumbi glisser : «Vous voyez, le président Kabila a peur de moi. [La preuve] est tous les rapports avec toutes les fausses accusations qu’il me charge … toutes ces accusations sont fausses. Parce que, même les évêques (de la CENCO), même l’ambassadeur des États-Unis au Congo a déclaré que toutes ces accusations avaient été fabriquées. Pour le président Kabila, il voudrait me voir mourir ou en prison. Et, il ne peut pas faire cela, je reviens, je dois sauver mon pays» !

Le caméraman Zerwi entre lui aussi dans la danse avec une question de Charlie Vambi qui dit s’inquiéter des Congolais de l’Est. «Il y a tellement de pauvreté et de violence qui affectent ceux qui essaient de survivre là-bas. Comment le président gère la grande diversité du pays ?».

Katumbi répond : «Vous voyez si ces choses continuent aujourd’hui, c’est à cause d’un seul homme. J’étais le gouverneur du Katanga. Tous ces problèmes, nous pouvions les terminer en trois mois. Tout terminé. La première chose que je ferai, si je suis président, c’est ramener la paix dans le pays. Ce qui importe, c’est d’avoir la paix. Les gens ont beaucoup souffert. Depuis que Kabila est au pouvoir, plus de trois millions de personnes ont été tuées et nous ne pouvons pas continuer avec lui … c’est comme si un [Boeing] 747 était sans pilote. Il va tuer tout le monde. Aujourd’hui au Congo, il n’y a pas de pilote. L’espoir est que Kabila dégage pour qu’il y ait  au moins la paix au Congo».

Nicholas Kristof reprend l’interview avec la question de savoir si son invité est sûr d’être «le pilote de ce [Boeing] 747 dans un an à partir de maintenant, ou dans 18 mois ?»

Réponse de Katumbi : «Oui, je vais me présenter. Vous savez qu’en démocratie il y a beaucoup de surprises. Si je gagne les élections, je pense que je serai un bon capitaine [de la même  façon] que j’étais dans la province du Katanga. Une province qui se mourait et elle est devenue la meilleure province. Et j’ai attiré beaucoup d’investisseurs. Plus de 30 milliards de dollars ont été investis. Je vais donc essayer d’appeler tous ces investisseurs à ramener la communauté internationale. Ne pas diriger le pays comme Joseph Kabila fonctionne comme si c’était sa propre boutique avec sa famille. Parce que vous pouvez voir dans tous les rapports que vous lisez dans les journaux. C’est triste ; c’est une honte pour un pays. Je veux faire un meilleur Congo pour que tous viennent voir le changement. C’est pourquoi je veux que le président Kabila reste et voit comment je vais être le capitaine de ce pays et voir les changements».

Nicholas Kristof évoque alors la corruption parmi l’un des grands problèmes pour le Congo et des pays de la région, voir une grande partie du monde. Il relève que «les pays occidentaux qui sont actifs dans la région font partie des problèmes. Ils alimentent cette corruption. Je vois le pétrole et le gaz au sud de votre pays en Angola». A la question de savoir quelle est la responsabilité de l’Occident dans la lutte contre la corruption et que faire pour «essayer de la limiter afin que la richesse de ces pays profitent à la population et non au président», l’interviewé répond : «Le problème est l’impunité, comprenez-vous ? Il y a beaucoup d’impunité. A l’époque où j’étais gouverneur, (…) j’avais trouvé un budget de seulement 150 millions de dollars de contribution par an. J’ai fait en un an plus de deux milliards de dollars. Je luttais contre la corruption. Aujourd’hui, il y a de l’inflation au Congo et de l’instabilité. Je regarde quand j’ai démissionné en tant que gouverneur, [c’est alors] que toutes ces instabilités ont commencé parce que je luttais contre la corruption. Que le monde puisse nous aider à juguler l’impunité. Si l’impunité continue, le Congo n’ira nulle part ».

Le reste de l’interview est consacrée à des sujets comme ceux du Kenya, du Burundi, du Rwanda, de l’Ouganda et de l’Angola. Là, Katumbi botte en touche. Il se limite à évoquer le leadership du Congo et revient sur Joseph Kabila qui, selon ses termes, « [brouille tout] dans le pays afin qu’on ne sache pas là où il amène le pays ».

Nicholas Kristof termine son interview par cette insolite en s’adressant non pas à son invité, mais au chef de l’Etat congolais : «…je pense que ce sera un moment dangereux au Congo dans les prochains mois, et je veux que vous sachiez, président Kabila que le monde regarde…».

« Et la bouche des insensés répand la folie »

Après une prestation comme celle-là, quelle image Moïse Katumbi croit donner  de sa personne et de son pays auprès des «décideurs» qui, assurément, sont une fois de plus édifiés sur l’homme ? Pas la bonne.

Prenons les extraits des réponses mis en gras en remontant l’interview. Il dit que pendant son mandat de gouverneur de 2007 à 2015 (il a glissé pendant trois ans sans s’en plaindre), il a fait passer le budget de 150 millions à 2 milliards USD. Bel exploit. Il soutient même que sous son mandat, il a réussi à faire investir plus de 30 milliards USD rien que dans sa province. Bel exploit également.

Par quoi peut-il alors expliquer la pauvreté ambiante qui règne dans la grande partie de cette province au point d’amener le Président Joseph Kabila d’interpeller les notables katangais début 2016 ? Cette province ne compte même pas de millionnaires en dollars ! Par contre, Moïse Katumbi s’est immensément enrichi. A preuve, il a payé «rubis sur l’ongle USD 100 millions au cabinet Akim Gump Strauss Hauer et Feld LLP dans un contrat de lobbying valant six mois aux Etats-Unis», selon une info Bbc et Dw en 2016.

Autre exemple : il soutient que depuis l’avènement de Joseph Kabila au pouvoir, plus de trois millions de personnes ont été tuées, c’est-à-dire assassinées ! Quand il ajoute «nous ne pouvons pas continuer avec lui…», c’est qu’il fait l’aveu d’un crime organisé dont il ne pouvait qu’avoir connaissance. Il en est donc complice.

Lorsqu’il affirme que pour le Chef de l’Etat, le massacre «n’est vraiment rien» et réaffirme que les événements du Kasaï et de Pweto sont le fait du gouvernement et du Président de la République, de même lorsqu’il dit de ce dernier qu’«Il crée également une instabilité avec nos voisins, neuf pays voisins du Congo», il prend la mesure de ce que cela signifie.

En effet, s’agissant de la dernière accusation, il confirme la thèse du Conseil de sécurité de l’Onu selon laquelle la RDC est «une menace permanente pour la sécurité internationale dans la région des Grands Lacs» pendant qu’il est de notoriété publique que c’est note pays qui est menacé par certains voisins, surtout à l’Est.

Moïse Katumbi apporte de l’eau au moulin des thinks tank occidentaux acquis à la thèse de la balkanisation sous prétexte d’un Congo trop grand pour être bien gouverné.

S’agissant des accusations sur des assassinats et des troubles, il se positionne, comme relevé plus haut, en renseignant privilégié sinon en témoin précieux, voire en suspect principal. Dans l’un des trois cas, il compromet son élection à la présidence de la République. Ses fonctions sont de nature à gêner toute enquête ou tout procès sur ces crimes au niveau de toute instance judiciaire congolaise, étrangère ou internationale…

Tous les Nicholas Kristof de son entourage qui lui font délier la langue et la bourse à tout propos ne lui seront d’aucun secours. Il se souviendra alors du verset 2 des Proverbes 15 : «La langue des sages rend la science aimable, Et la bouche des insensés répand la folie».

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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