REVUE DE PRESSE THEMATIQUE. Thème : 20° anniversaire du décès de Mobutu Sese Seko

Au Maroc, la dépouille de Mobutu attend toujours son retour au pays

Afp (AFP 06/09/17)

La dépouille de Mobutu Sese Seko, le tout puissant maréchal-président qui régna 32 ans sans partage sur l’ex-Congo belge – aujourd’hui République démocratique du Congo (RDC) – est enterrée au cimetière européen de Rabat.

Pas de nom, ni photo ou épitaphe. Juste trois initiales -MSS- entrelacées sur la grille de fer d’un caveau familial: ici repose Mobutu Sese Seko, « roi du Zaïre » et dictateur déchu, mort il y a vingt ans jour pour jour en exil au Maroc.

La dépouille du tout puissant maréchal-président, qui régna 32 ans sans partage sur l’ex-Congo belge -aujourd’hui République démocratique du Congo (RDC)-, est enterrée au cimetière européen de Rabat, dans une relative sobriété vu le personnage.

« Il y a beaucoup de gens qui viennent visiter la tombe. Chaque jour, il en passe au moins une dizaine, presque tous Congolais (et) africains« , raconte Abu Fida, gardien des lieux. « Mobutu, c’est la vedette du cimetière!« , sourit-il.

Cachée derrière de hauts murs blancs, cette improbable nécropole est un mélange de sépultures à demi-abandonnées et d’alignements de tombes militaires, vestige du Maroc colonial.

Dans un silence presque religieux, une allée centrale et déserte cernée de palmiers monte vers une imposante obélisque célébrant les « glorieux défenseurs » de la France.

Quelques pas plus loin, deux gros palmiers joufflus montent la garde devant le caveau des Mobutu, temple de marbre blanc et noir, surmonté d’une simple croix.

Ce jour-là, un duo de religieuses congolaises vient se recueillir, et murmure un discret « notre Père« . « C’était notre président tout de même« , confie l’une d’elles.

– ‘Mama’ –

 » Ils sont trois à être enterrés dans le caveau, Mobutu et deux de ses fils. Au total, il y a six places« , explique le gardien Abu Fida. Au fil des ans, d’autres membres de la famille ont aussi été inhumés dans de discrètes tombes autour du mausolée.

Briquée tous les jours par les employés du cimetière, la tombe du patriarche est impeccable. L’intérieur de la chapelle, fermée à double tour, où « il y a des petits mots, des choses personnelles…, c’est Mama qui s’en occupe« , indique Abu Fida.

« Mama« ? Sa femme, qui « vient généralement deux fois par semaine, elle est très gentille« .

Bobi Ladawa fut l’épouse légitime de Mobutu qui -originalité méconnue- prit parallèlement Kosia, sœur jumelle de Bobi, comme concubine officielle.

Les deux sœurs furent les dernières compagnes du dictateur. Elles le suivirent dans son exil marocain, et vivraient aujourd’hui, à la tête du clan Mobutu, entre Rabat, Paris, Bruxelles et le Portugal, alimentant les rumeurs sur la fortune dissimulée par l’ex-président.

« Mama vient désormais en taxi » visiter la tombe de son défunt mari. Fini les chauffeurs et voitures de luxe. « Elle aime bien parler avec les gens« , explique encore Abu Fida. « Mais elle fuit les solliciteurs comme la peste. Ils sont souvent nombreux derrière elle, qui viennent jusque sur la tombe pour quémander un billet« .

– Promesse –

Le maréchal à la célèbre toque léopard et à la canne de bois sculptée a été chassé du pouvoir en mai 1997 par la rébellion de Laurent-Désiré Kabila, venue de l’Est swahiliphone de la RDC, avec le soutien du Rwanda et de l’Ouganda.

Lâché par ses alliés, trahi par ses généraux et haï par la population, Mobutu s’enfuit comme un paria. Accueilli d’abord au Togo, il trouva finalement refuge au Maroc, chez son vieil ami Hassan II, avant d’être rapidement hospitalisé pour un cancer avancé de la prostate.

Vingt ans après sa mort, le 7 septembre 1997 à 66 ans, sa dépouille repose toujours à Rabat, dans l’intimité familiale mais loin de la terre de ses ancêtres. Son rapatriement était pourtant l’un des engagements pris en 2013 par l’actuel président Joseph Kabila (fils de Laurent-Désiré).

« Pour les autorités congolaises, le corps du président Mobutu ne doit pas rester au Maroc. Il doit être rapatrié« , a répété à l’AFP le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende. « Mais il y a une dispute interne dans la famille. (…) Le gouvernement ne peut rien entreprendre sans la famille« , a-t-il justifié.

Impossible de confirmer à Rabat, où le clan Mobutu évite soigneusement les journalistes.

La question est très politique, alors que la dépouille de l’un des principaux opposants au président Kabila, Étienne Tshisekedi, mort le 1er février à Bruxelles, attend elle aussi toujours son retour au pays.

En 2012, pour le 15e anniversaire de la mort du maréchal, la famille avait organisé une discrète messe de requiem. De sources concordantes, une cérémonie, organisée par la famille, est prévue jeudi matin au cimetière de Rabat

 

Alain Dilangu : «La RDC, c’est un grand pays que Mobut a construit»

www.radiookapi.net (le 7 septembre 2017)

Le 7 septembre 1997, le deuxième président de la RDC (Zaïre à l’époque) le Maréchal Mobutu Sese Seko en exil au Maroc a succombé dans un hôpital militaire de Rabat. Vingt ans après son décès, le président du Mouvement populaire de la Révolution (MPR) Alain Dilangu dit garder de ce personnage politique congolais l’image d’un bâtisseur du Grand Congo.

«Je retiens de lui qu’il était un grand acteur de ce pays. C’est quelqu’un qui a  donné de sa personne pour construire ce pays. La RDC c’est un grand pays que Mobutu a construit», a-t-il soutenu au cours d’une interview accordée à Radio Okapi.

A ceux qui estiment que c’est l’ancien président qui a détruit le pays, M. Dilangu répond que ceux qui gèrent actuellement la RDC l’ont régressé par rapport au niveau où l’avait laissé l’ancien président Mobutu en 1997.

 

Mobutu, un héritage avec des ombres persistantes et un peu de nostalgie

Afp (AFP 06/09/17)

« Personnification du pouvoir » et « intérêts égoïstes » mais aussi unité nationale et fierté d’être Congolais : dans l’ex-Zaïre, le poids de l’héritage controversé du maréchal Mobutu pèse encore, embelli par une certaine nostalgie, vingt ans après la mort en exil du dictateur.

L’empreinte du maréchal Mobutu est à première vue invisible dans l’actuelle République démocratique du Congo, où une grande partie des habitants n’était même pas née quand Mobutu Sese Seko a succombé à un cancer le 7 septembre 1997, après quatre mois d’exil au Maroc.

Mercredi à Kinshasa, la seule commémoration annoncée est une messe célébrée à la demande de la famille. Et aucun lieu public ne porte le nom de Mobutu dans la capitale où le natif de Gbadolite (nord-ouest) a régné pendant 32 ans avant d’être chassé en mai 1997 par les troupes de Laurent-Désiré Kabila, le père de l’actuel président Joseph Kabila.

Le legs politique perdure pourtant, d’après des experts. « Il y a une chose qui reste : la fierté d’être Congolais« , assure à l’AFP l’écrivain David Van Reybrouck, auteur du best-seller multi-récompensé  » Congo: une histoire « .

L’auteur belge rappelle que Joseph-Désiré Mobutu avait lancé une campagne de « retour à l’authenticité » proscrivant les noms chrétiens, qui l’avait conduit à se rebaptiser Mobutu Sese Seko, et à remplacer sur la carte le Congo par le Zaïre (le nom que les premiers explorateurs portugais auraient donné à l’embouchure du fleuve Congo, en déformant eux-mêmes une expression d’une langue locale).

« Nous voulons pour le Zaïre une seule famille, un seul père, une seule mère, un seul territoire, un seul parti, un seul chef »: voilà ce que répétait Mobutu chaque soir en ouverture des « Actualités« .

Cette propagande a permis de maintenir jusqu’à aujourd’hui l’unité de ce territoire qui s’étend sur 2,3 millions de km2 et deux fuseaux horaires, bordé par neuf frontières, peuplé de plus de 400 tribus parlant quatre langues en plus du français (lingala, kikongo, tshiluba et swahili). « Mobutu a réalisé en dix ans ce que l’Union européenne n’a pas réussi à faire en 60 ans », résume David Van Reybrouck.

– Reproduction d’un système –

« Il reste le souvenir d’une dictature mais qui avait donné sa dignité au pays« , ajoute le réalisateur belge Thierry Michel, auteur d’un long documentaire « Mobutu roi du Zaïre » qui doit être rediffusé sur TV5Monde jeudi soir. « Je n’ai pas une image positive de Mobutu car il a créé les conditions de l’effondrement du Congo« , ajoute Thierry Michel. « Mais il a toujours tué en ciblant, avec parcimonie, en tous cas il a empêché que le pays ne sombre dans la violence d’aujourd’hui. Il n’y a pas eu à l’époque de Mobutu ces massacres qui ravagent plusieurs provinces aujourd’hui, comme le Kasaï« .

Les violences qui impliquent miliciens, soldats et policiers au Kasaï (centre) depuis septembre 2016 ont causé la mort de plus de 3.000 personnes, d’après des chiffres rassemblés par l’Eglise catholique, et environ 1,4 million de gens ont fui leurs foyers dans cette région du centre du pays, selon l’ONU.

Dans leurs deux oeuvres magistrales, les deux Belges évoquent un certain âge d’or du Zaïre de Mobutu au tournant des années 1960-70, symbolisé par la victoire des « Léopards » en Coupe d’Afrique des Nations de football en 1974 et l’organisation la même année à Kinshasa du « combat du siècle » entre Mohamed Ali et George Foreman, à renfort de millions de dollars pour satisfaire les exigences des deux boxeurs américains.

Mais si cette époque peut être source de nostalgie aujourd’hui, où l’ex-Zaïre traverse une double crise économique et politique, certains y voient aussi les racines d’un modèle politique qui s’est perpétué.

« De Mobutu, il reste une chose essentielle : la personnification du pouvoir« , regrette Philemon Mwamba, professeur de sciences politiques à l’Université de Kinshasa. « Ceux qui l’ont remplacé et qui l’avaient combattu l’ont reproduit à merveille« .

La RDC est plongée dans une grave crise politique liée au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila dont le deuxième mandat a pris fin le 20 décembre 2016.

« Cet anniversaire nous rappelle l’échec du développement et de la gouvernance dans notre pays« , conclut amèrement un autre enseignant de sciences politiques, le professeur Jean-Pierre Buebwa Kalala de l’Université catholique du Congo. « Nous n’avons plus d’argent mais les idées sont les mêmes: ne pas regarder l’intérêt du pays mais les intérêts égoïstes« .

 

Non rapatriement du corps de Mobutu : L. Mende attribue cette situation aux divisions dans la famille

www.7sur7.cd (AFP 06/09/17)

7 septembre 2017, cela  fait exactement 20 ans que mourait au Maroc le 2è président de la République démocratique du Congo, Joseph Désiré Mobutu.

20 ans après, sa dépouille n’est toujours pas rapatriée au pays. Joint par la Rédaction de 7sur7.CD, le porte-parole du gouvernement attribue cette situation aux divisons dans la famille du maréchal.

«C’est la famille qui bloque, le président avait déjà débloqué cette situation lorsque l’option a été levée  pour faire un mausolée pour Kasavubu à Singini, il avait été décidé de faire la même chose pour Mobutu à Gbadolite mais les dissensions au sein de la famille n’ont pas permis cela », explique le porte-parole du gouvernement.

Et Mende de renchérir que face à la division de la famille, le gouvernement ne peut rien faire. Mais Mobutu n’est pas la seule haute personnalité de la RDC à n’avoir pas été enterrée dans sa terre natale, Étienne Tshisekedi est sur cette voie, une situation qui dérange pas seulement l’histoire mais également la culture affirme l’autorité morale de la Convention des Congolais Unis, CCU.

Au-delà de cet aspect purement sociologique, Le ministre de la Communication et des Médias dit n’est rien regretter de l’ère  Mobutu.

Lui qui a été victime des plusieurs abus de la part du régime de l’époque estime que 20 ans après, la  RDC a beaucoup évolué surtout sur le plan de la démocratie  et des libertés publiques.

Il en veut pour preuve, tout ce qui se dit et s’écrit actuellement, chose qui était pratiquement impossible du temps du maréchal Mobutu.

Mende ne voit donc pas des similitudes à faire  entre le régime actuel au pouvoir et celui de Mobutu à l’époque même s’il reconnaît qu’en Joseph Désiré Mobutu, il n’y avait  pas que du mal  et que le pays lui doit au moins son unité.

Élysée Odia

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s