Libre opinion. Lettre de New York à Mon Président…

Monsieur le Président,

 

Des souvenirs qui me reviennent à l’esprit après votre adresse à l’Onu le 23 septembre dernier, celui adapté à la circonstance remonte à votre première sortie à l’étranger, au lendemain de votre accession à la magistrature suprême en janvier 2001.

 

Reçu en audience à la Maison-Blanche par George W. Bush Blanche, vous aviez fait la déclaration solennelle suivante : «Je viens remettre le Congo sur la table des décideurs».

 

C’est vrai que vous ne les aviez pas cités nommément, mais tout le monde savait de quels décideurs il s’agissait : les puissances occidentales.

 

Preuve, si besoin est, que notre pays ne comptait plus à leurs yeux depuis un temps difficile à déterminer.

 

Seize ans après, nous sommes bien en droit de nous demander si les Occidentaux vous avaient soutenu réellement pour la remise du Congo sur pied.

 

Au regard de la conjoncture actuelle, forte est l’envie de (nous) dire : NON !

 

Après tout, le Sage dit : «Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement».

 

Monsieur le Président,

 

S’il est en effet vrai que les Occidentaux – généralement désignés sous le vocable «partenaires traditionnels» – nous ont aidés en 2006 à avoir les premières élections qui soient effectivement démocratiques depuis 1960, cela en termes de programmation et d’universalité du scrutin avec la présidentielle, les législatives, les provinciales, les sénatoriales et de ce qu’il conviendrait peut-être un jour de désigner par le terme «gouvernorales» (élection des gouverneurs et vice-gouverneurs des provinces), il est tout aussi vrai que sur le terrain des investissements économiques et sociaux susceptibles de consolider la démocratie naissante, cela n’a pas été le cas. Ils vous ont rendu la tâche difficile…

 

En 2007, pour sauver les meubles – je veux dire la Démocratie chèrement acquise – il avait fallu recourir au contrat dit chinois en réponse, naturellement, à la non-tenue des promesses faites au peuple congolais par ces partenaires avant et pendant la campagne électorale.

 

Or, ces partenaires savaient le pays face à d’intenses besoins sociaux et économiques de nature à hypothéquer les chances de croissance de cet instrument par excellence de gouvernance institutionnelle.

 

On sait, par exemple, que ce contrat avait été soumis à de fortes pressions, les unes en rapport avec la dette extérieure contractée sous Mobutu, ignorée par Laurent-Désiré Kabila mais reconnue par vous au nom du principe sacré de continuité de l’Etat, les autres avec le «parrainage» obligatoire de Bruxelles sur toute initiative politique, diplomatique, sécuritaire, économique, financière, monétaire, sociale etc. touchant à la RDCongo.

 

Monsieur le Président,

 

On peut alors déduire que votre «crime», je dis bien «crime», est d’avoir introduit des partenaires émergents – au nombre desquels la Chine – dans le domaine réservé appelé Congo, surtout dans celui stratégique minier, je veux dire les mines du Katanga !

 

On a par moments eu l’impression que votre tort, en plus, est d’avoir accentué le sentiment national revitalisé par M’Zee Laurent-Désiré Kabila pendant que sous la 2ème République, plus exactement entre 1980 et 1990 et sous la Transition 1990-1997, l’intérêt commençait à s’émousser, à s’étioler.

 

Pour rappel, vers 1995-1996, un document séditieux intitulé «No Etat», prêté à la Cia, avait préconisé le découpage du Zaïre. Plusieurs territoires des provinces de l’Est devraient être rattachés à l’Ouganda, au Rwanda, au Burundi et à la Tanzanie pour, paraît-il, les rendre gouvernables et …rentables.

 

On parlait d’ailleurs de Berlin II.

 

Il avait fallu la guerre de l’Afdl en 1996 et la guerre du 2 août 1998, mais surtout l’assassinat du Président Laurent-Désiré Kabila en janvier 2001 et votre avènement à la magistrature pour assister à une galvanisation tous azimuts du sentiment national, le slogan de prédilection étant «Ne jamais trahir le Congo».

 

Monsieur le Président,

 

Apparemment, une quinzaine d’années après, le schéma de balkanisation  est comme relancé. D’ailleurs, ils sont, hélas !, de plus en plus nombreux, ceux des acteurs politiques et «apolitiques» à se replier sur des appuis à caractère ethno-tribal pour promouvoir leurs revendications.

 

A preuve, certains leaders affichent ouvertement leurs préférences ethno-tribalistes dans la composition de leurs cabinets. C’est bien l’indice de l’existence des parrainages dans ce sens.

 

Rien donc ne peut vous surprendre de voir des puissances étrangères «sponsoriser» qui un acteur politique, qui un activiste de la société civile prêt à imiter un certain Albert Kalonji sinon un certain Moïse Tshombe.

 

L’autre dirait : suivez mon regard !

 

Bien entendu, ces puissances profitent d’un contexte qui leur est favorable : l’alternance politique par voie électorale piégée toutefois par la crise économique et sociale.

 

A la période de parution du document «No Etat», le contexte était le même ou presque : les autorités zaïroises préparaient l’alternance politique sur fond d’une grosse crise économique et sociale.

 

Se servant du prétexte des violations des droits de l’homme perpétrées sur le campus de l’université de Lubumbashi en mai 1990 (assassinat des étudiants), les partenaires traditionnels avaient suspendu la coopération structurelle et encouragé les forces politiques et sociales acquises au changement à provoquer par la rue l’alternance politique, exactement comme ils le font actuellement.

 

Le Zaïre était tombé bas. Trop bas.

 

Evidemment, les planificateurs avaient joué le rôle que vous connaissez.

 

Vingt ans après, ils rempilent avec, cette fois,  beaucoup plus de facilité : l’argent coule à flots pour corrompre (n’ayons pas peur du mot) les organisations politiques, les ONGDH et – c’est là la nouveauté – les mouvements pro-démocratie manipulés entre autres par les réseaux Soros.

 

Ces jeunes qui n’ont jamais rien su des profondeurs abyssales dans lesquelles le pays avait été plongé. Ils ne perçoivent pas les efforts déployés sous votre mandat pour entreprendre des investissements jamais réalisés en temps de guerre sous les régimes passés. Ils développent une culture de jouissance déconcertante : colloques tous frais payés ici, prestations médiatiques gratifiées là et gratifiantes ici et là.

 

Ils surfent sur ce que nous avons tous de sacré : le nationalisme.

 

Monsieur le Président,

 

Aussi, de New York où je vous adresse cette lettre, je me convaincs du fait que les «décideurs» ont un agenda devinable.

 

Vous êtes d’ailleurs le mieux placé pour le savoir.

 

Je rappelle qu’ici, dans la forêt des gratte-ciels, gravitent autour des Nations Unies Think tanks, fondations, ONG, panels – financés directement ou indirectement par des multinationales et par des officines comme celles de la Galaxie Soros – à considérer le Congo trop grand pour être bien gouverné.

 

Je rappelle d’ici que l’une de ces structures a eu le culot de préconiser la mise de la RDCongo sous la tutelle des Nations Unies présentes au pays sous le mandat de la Monusco, mégastructure dont le bilan, pourtant, est mitigé si on se réfère aux objectifs premiers de son déploiement sur le territoire congolais en 2000.

 

Je rappelle que l’Accord de Lusaka signé en 2000 avait confié à la Monuc (devenue Monusco) la charge de maintien de la paix, mais surtout de   rétablissement de la paix passant par l’obligation de «traquer et désarmer les groupes armés», d’«identifier les auteurs des massacres, les auteurs des crimes contre l’humanité et les autres criminels de guerre», de «traduire les génocidaires devant le Tribunal International Pénal», de procéder au «rapatriement» des forces rebelles ougandaises, rwandaises et burundaises et d’«élaborer toutes les mesures (persuasives ou coercitives) jugées appropriées pour atteindre les objectifs de désarmement de rassemblement, de rapatriement et de réintégration dans la société des membres des groupes armés», selon son chapitre 8.

 

Je rappelle que 17 ans après son déploiement, la Monusco n’a jamais réussi à traquer ou à désarmer un seul des groupes armés étrangers cités dans le chapitre 9 de cet accord, à savoir les ex-Far, les milices Interahamwe, l’Adf, le Lra, l’Unrf II, le Funa, le Fdd, le Wnbf, le Nalu et même l’Unita.

 

Cette « impuissance » est du reste à la base du phénomène « groupes armés congolais » qui pullulent principalement au Sud Kivu, au Nord-Kivu, en Ituri etc.

 

Par contre, la Monusco s’est découvert une nouvelle vocation : le monitoring des Droits de l’homme et la logistique électorale.

 

Monsieur le Président,

 

Vous l’aurez au demeurant remarqué : chaque fois qu’il est question de révision des effectifs de la Monusco à l’initiative du Gouvernement, le schéma classique est celui de la levée des boucliers. Les premiers à dégainer et à tirer sont curieusement les adversaires politiques et «apolitiques» congolais. Ils appuient consciemment ou inconsciemment l’option de la mise sous tutelle de l’Onu.

 

Ils agissent ainsi comme pour vous signifier que faute d’alternance politique à leur profit, autant que toutes les parties congolaises concernées perdent et que les puissances tutrices recouvrent un droit de préemption qu’elles n’ont d’ailleurs jamais cessé d’exercer véritablement !

 

Il va sans dire qu’ils ne peuvent que faire traîner les choses en longueur. D’où des initiatives irrationnelles comme «vide juridique», «Transition Sans Kabila», cas de figure nullement prévus dans la Constitution de la République.

 

Déjà, des organisations internationales qui sponsorisent ces adversaires sont elles-mêmes pour cette option.

 

Aussi, au moment où se tient la 72ème assemblée générale ordinaire des Nations Unies, les partenaires dits traditionnels méritent être interpellés par toutes les forces politiques et sociales ayant l’amour, la passion du Congo, pour reprendre votre expression.

 

Elles ont le droit de leur demander si la remise du Congo sur la table des décideurs en 2001 avait été comprise de la même manière que nous la comprenons, c’est-à-dire la reconnaissance internationale de notre souveraineté.

 

C’est à quoi nous allons nous atteler.

 

Monsieur le Président,

 

Merci.

 

New York, le 23 septembre 2017

 

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s