Processus électoral. Kabila met à l’épreuve les amis du Congo

  • Passée inaperçue dans les prestations des médias étrangers et internationaux – et pour cause ! – la phrase intégrale consacrée aux partenaires extérieurs est la suivante : «Aux vrais amis de mon pays, je demande de soutenir sincèrement le processus électoral en cours». Elle précède d’une ligne la phrase selon laquelle «Vu toutes ces avancées, j’affirme que le cap vers les élections crédibles, transparentes et apaisées est définitivement fixé et que notre marche dans cette direction est irréversible». Les faiseurs d’opinion se sont limités à surexploiter ce bout de phrase : «Le tout, sans ingérence extérieure ni diktat quelconque»…

 

Il est établi pourtant jusqu’à ce jour qu’en dehors de la logistique offerte par la Monusco pour transporter quelques équipements électoraux, la communauté dite  internationale ne se presse nullement de procurer à la Ceni ce dont elle a intensément et urgemment besoin pour mener à bien sa mission. Or, dans l’Accord du 31 décembre 2016, les parties prenantes encouragent cette communauté «à accompagner et à assister la CENI par les moyens logistiques, financiers et techniques pour une bonne réalisation des opérations électorales». Evidemment, les partenaires visés conditionnent leur apport par la publication du calendrier électoral soumis quant à lui à une procédure laborieuse…

 

On peut d’emblée le constater : la frange de l’Opposition qui a voix au chapitre  en Occident grâce au coaching de Didier Reynders, en l’occurrence «Rassop/Katumbi» (appelé aussi «Rassop/Limete» ou «Rassop/Lumbi-Fatshi», n’a jamais enjoint les partenaires dont question d’accélérer le processus du financement électoral congolais. Et encore qu’il est important de préciser à l’attention du Congolais lambda que ce financement ne se traduit pas en termes d’espèces sonnantes et trébuchantes mises à la disposition de la Centrale électorale.

En effet, depuis 2005 avec le référendum constitutionnel, l’argent liquide est versé directement et uniquement aux ONGDH congolaises dans le cadre de la mission d’observation électorale. Tandis qu’à la Centrale électorale n’est remis que du matériel fourni par les firmes étrangères, du reste sélectionnées par les bailleurs de fonds eux-mêmes : kits électoraux (ordinateurs, imprimantes, générateurs d’électricité etc.), moyens de transport (autos, motos, vélos et autres hors-bord), imprimés (bulletins de vote, procès-verbaux etc.). C’est du business, rien que du business.

Au contraire, «Rassop» est dans le schéma ostentatoirement anticonstitutionnel prônant tantôt le «régime spécial», tantôt une «Transition Sans Kabila», si bien que raisonnablement parlant, on ne voit pas comment les partenaires extérieurs traditionnels (lisez Occidentaux) vont financer un processus électoral pour lequel leur cheval de bataille s’affiche en véritable SDF (Sans Direction Fixe ou encore Sans Décision Fixe).

Pendules (…) remises à l’heure

Aussi, en demandant le 23 septembre 2017, du haut de la tribune des Nations Unies, aux véritables amis du Congo «de soutenir sincèrement le processus électoral en cours», Joseph Kabila a mis ces derniers devant leurs responsabilités.

La fuite en avant s’observe pour l’instant en informel plutôt qu’en formel.

En informel, d’abord via les médias français et belges dont les «congologues» agissent avec mépris à l’égard de l’opinion congolaise. Ils savent, tous, qu’en RDCongo, le pouvoir organisateur des élections n’est ni le Gouvernement, ni le Président de la République. C’est la Céni, et la Céni seule.

Or, les journalistes occidentaux se permettent l’énormité de déplorer le silence du Chef de l’Etat par rapport à la date de la tenue du scrutin !

En informel, ensuite via les propos notamment d’Herman Cohen. Dans une interview accordée à «Libre Afrique» publiée le 25 septembre 2017 sous le titre «Herman Cohen : ‘Kabila se voit glisser très longtemps’», la réponse de l’intéressé à la question de savoir s’il a quand même parlé politique lors de l’audience du 22 septembre est tout ce qu’il y a d’édifiant : «Oui, bien sûr. Il m’a dit que le calendrier électoral serait publié bientôt, mais que c’était un processus long et difficile. Il m’a parlé des électeurs qu’il faut encore enrôler au Kasaï et du fait qu’il y avait au moins 12 scrutins différents à préparer et que cela allait prendre du temps…», dit-il.

A celle de savoir s’il l’a interrogé sur son avenir, il affirme n’avoir pas reçu de réponse. Et d’ajouter : «Mais en me donnant les explications qu’il m’a données, il faisait clairement comprendre qu’il ne comptait pas partir demain».

Heureusement qu’en informel enfin, lors de la séance d’évaluation de l’Accord de la Saint Sylvestre tenue à New York le 19 septembre 2017, les pendules ont été remises à l’heure. Pour rappel, y ont pris par l’Union africaine, l’Union européenne, l’Onu, la Cééac, la Sadc, la Cirgl, l’Oif, le Royaume Uni, l’Irlande du Nord, la Russie, la Chine, le Pays-Bas (comme représentant du Groupe de contact international) et la RDCongo.

Il est bon de le relever pour éviter toute confusion : bien que présente à New York, la délégation de «Rassop/Katumbi» n’y a pas été admise.

Au terme de la rencontre, la note publiée aux correspondants comprenait 6 points. Le premier pour annoncer la tenue de la réunion sur les préparatifs des élections. Le deuxième pour se féliciter de «l’engagement exprimé par les autorités de la République démocratique du Congo de respecter la Constitution» (…), le troisième pour insister sur «la mise en œuvre rapide et complète de l’accord du 31 décembre 2016 (…) pour soutenir la légitimité des institutions de transition», le quatrième pour reconnaître «les progrès réalisés par la CENI dans l’enregistrement des électeurs, avec l’aide de la MONUSCO et le suivi de l’Organisation internationale de la Francophonie » en plus de «la nécessité d’une publication anticipée d’un calendrier électoral et d’un budget, selon l’accord du 31 décembre 2016», le quatrième pour prendre note «de l’engagement répété des autorités de la République démocratique du Congo à financer le prochain cycle électoral, malgré les difficultés budgétaires auxquelles le gouvernement fait face» et encourager «les donateurs à financer le fonds multipartenaire pour le Projet d’Appui au Cycle Electoral au Congo (PACEC) pour soutenir le processus électoral dès que ces éléments essentiels seront convenus et formalisés»…

Les deux derniers points sont consacrés à la situation sécuritaire et humanitaire.

L’heure du pragmatisme…

Le décor en implantation se constitue alors d’éléments ci-après :

  1. le Président Joseph Kabila attend l’installation effective de son successeur issu, comme lui, des urnes et non d’un coup de force ou d’un arrangement politique, cela conformément à l’alinéa 2 l’article 70 de la Constitution ;
  2. les partenaires extérieurs conditionnent le financement électoral par la publication du calendrier électoral par la Céni ;
  3. la Ceni – seule institution habilitée à cet effet – attend la fin des opérations pré-électorales dont, évidemment, l’enrôlement des électeurs dans les deux dernières aires opérationnelles (Kasaï et Diaspora), chacune prenant 90 jours soit 180 jours;
  4. la Ceni attend également la promulgation de la loi sur la répartition des sièges en raison de l’option levée dans l’Accord du 31 décembre 2016 d’une séquence unique pour la présidentielle, les législatives et les provinciales, et encore d’une session parlementaire consacrée traditionnellement à la loi de finances.

Bref, les élections ne pouvant se tenir d’ici à cette échéance pour des raisons plutôt techniques que politiques, peu sont les chances de voir les partenaires extérieurs de débloquer en urgence le financement électoral promis.

Or, le nerf des élections – à l’instar de ceux de la guerre – est l’argent.

Paradoxalement, pendant que le Gouvernement cherche des ressources financières provenant essentiellement des taxes et impôts pour financer les élections, «Rassop/Katumbi» lance la désobéissance civique consistant à faire boycotter par la population l’acquittement des unes et des autres !

Après les réactions informelles, place maintenant aux réactions formelles qui, elles, tardent à venir. Peut-être que les inquiétudes exprimées le 26 septembre 2017 par la délégation de la Cenco à l’étape de Bruxelles vont en donner le go.

Au moins confirment-elles, si besoin est, que l’heure du pragmatisme sonne pour tous les protagonistes (Editorial intitulé «Tiens !, les Evêques de la Cenco aussi ?»)…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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