Sans protection de la Constitution, la «Transition Sans Kabila» fragilise la RDC !

 

  • Le rapport des forces serait tel que le pouvoir pourrait être pris et même confisqué pour longtemps par toute personne physique ou morale capable de prendre ou reprendre les choses en main…

 

Sous le titre «Octobre, novembre, décembre : une poudrière appelée RD Congo, quelle issue ?», un journaliste congolais résidant en Belgique se pose la série de questions pertinentes de savoir «Que se passera-t-il politiquement en RD Congo en octobre, novembre et fin décembre 2017 ?» et «Le régime de Joseph Kabila réussira-t-il à se maintenir à la tête de la RD Congo comme en fin 2016 ou, le peuple congolais, excédé par la roublardise, le mensonge et l’aventurisme du clan Kabila, réussira-t-il à balayer le système ?». Dans sa chronique, il fait l’état des lieux du contexte, présente les forces en présence, pose la problématique, relève les détonateurs et tire la déduction suivante en se référant au «Rassemblement» : «Cette plate-forme avait promis une feuille de route reprenant des actions à organiser jusqu’au départ du pouvoir de Joseph Kabila. Le ‘Rassemblement’ est dans l’obligation d’affiner ses stratégies et de les mettre en application rapidement. Si le ‘Rassemblement’ et son jumeau que sont les mouvements citoyens manœuvrent bien, ils sont en mesure de mettre dans les rues de Kinshasa deux à cinq millions de personnes. Avec un tel nombre de personnes, le régime de Kabila ne peut pas résister. Est-ce possible ? Oui, tous les ingrédients sont réunis et en face, le fruit est tellement pourri qu’il suffit de bien secouer le cocotier pour que tout s’effondre», écrit-il…

 

Bien entendu, ce qui a tout d’un plan de déstabilisation se termine par l’intertitre «Issue». Le journaliste conclut : «Que l’on le veuille ou pas, entre le mois d’octobre et décembre 2017, la RD Congo sera une véritable poudrière, les lignes bougeront. Quelle sera l’amplitude de cette secousse ? Quels pourraient en être les dégâts ? Tous les signaux doivent désormais être attentivement scrutés, et aucun ne doit être négligé».

Fait intéressant : il n’évoque pas le schéma «Transition Sans Kabila», version revue et corrigée du fameux «régime spécial» préconisé pour décembre 2016.

On peut supposer qu’en le passant sous silence, il en réalise à son niveau les limites au plan juridique.

A Kinshasa, un quotidien proche à la fois de Moïse Katumbi et de Félix Antoine Tshilombo avec cependant un penchant plus prononcé pour le premier planche dans sa livraison du même jour sur la TSK. Sous l’intertitre «Décembre de tous les enjeux», il note : «Après la date du 31 septembre 2017, coïncidant avec la convocation du corps électoral en vue de la présidentielle de décembre 2017, le Rassemblement a promis de se déployer sur le terrain pour amener le peuple à prendre en mains son destin en s’appuyant notamment sur l’article 64 de la Constitution. Au-delà des frontières nationales, des forces acquises au changement s’organisent également dans ce sens. Pour l’instant, d’aucuns invitent le Rassemblement à résister à toute forte tentation à laquelle pourrait le soumettre la majorité au pouvoir ». Et de conclure : «Comme en 2016, la RDC vit de nouveau dans la psychose de décembre 2017. Déterminée à s’accrocher au pouvoir, la majorité se prépare en conséquence. Au même moment, le Rassemblement affûte ses armes pour un ultime assaut final ; celui par lequel le peuple pense récupérer la démocratie qu’on tente de lui confisquer par toutes les voies subtiles».

Face au décor flou

A dire vrai, toutes les analyses sont unanimes : la Constitution actuelle – dont «Rassemblement» se fait l’avocat principal lorsqu’il s’agit de brandir les alinéas 1 de des articles 64 et 70 sans toutefois faire allusion aux dispositions prorogatives qui absorbent le vide juridique – est inapplicable à toute Transition classique. Raison pour laquelle, d’ailleurs, les parties signataires de l’Accord du 31 décembre 2016 ont eu la lucidité d’adopter la terminologie «Période préélectorale et électorale» pour désigner, selon le point I.2. du chapitre I.2., «le temps qui va de la signature du présent compromis jusqu’à l’installation effective des institutions issues des élections».

Il est à relever d’emblée que ni dans l’Accord, ni dans l’Arrangement particulier n’existe un chronogramme fixant les dates de l’installation effective de l’institution «Président de la République», «Assemblée nationale», «Sénat» et «Assemblée provinciales», même si les parties ont convenu d’une séquence unique pour la présidentielle, les législatives nationales et les provinciales à tenir au plus tard le 31 décembre 2017. Les dates seront fixées dans le calendrier électoral par la Céni, et la Céni seule, quoiqu’après concertation avec le Gouvernement et le Cnsa.

En attendant, il reste à constater que l’opinion est manifestement préparée plus à une confrontation dans la rue qu’à un processus électoral. Pro-Katumbi, Cécile Kyenge, députée européenne d’origine congolaise (elle est de l’ex-Katanga), a déclaré à Bruxelles, lors de la semaine africaine organisée sur place du 25 au 28 septembre 2017 : «Ma position n’a pas changé. Dès le début, j’ai toujours milité pour une transition sans Kabila. Ça n’a pas été ainsi parce qu’il y a eu Accord. J’ai toujours dit que le mandat de Kabila a expiré dès décembre 2016. Il est là grâce à cet accord. Il a tout intérêt à respecter cet accord. Je dois respecter la position du peuple congolais, mais ma position, c’est une transition sans Kabila. Maintenant, que nous allons aux élections. Je crois que des élections crédibles ne peuvent avoir lieu qu’après une transition sans Kabila».

Sa collègue Marie Arena, membre du Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, en appelle carrément à un soulèvement populaire. «On a vu des régimes se renverser ici en Europe parce qu’il y a eu lieu des volontés politiques et des luttes qui se sont menées par des syndicats, les églises. Je pense qu’il n’y a pas de fatalité. La seule fatalité, c’est de baisser les bras. Dans l’intérêt des congolais, je pense qu’il faut lutter. C’est souvent facile à dire, mais quand on risque sa vie, c’est beaucoup plus difficile», dit-elle.

On tend donc vers une épreuve de force même si, pour Mgr Fridolin Ambongo reçu en audience par le 28 septembre 2017 par la délégation de la Commission de l’Union africaine conduite par Moussa Faki Mahamat, la solution à la crise est l’Accord du 31 décembre 2016. «Pas une autre voie de sortie de crise, il faut seulement appliquer l’Accord de la Saint-Sylvestre», sans dire ce qu’il faut de plus car, s’agissant notamment de la primature, Félix Antoine Tshilombo a fait diffuser par son cabinet le 28 septembre dernier un communiqué dans lequel il rappelle n’être «n’est ni demandeur, ni preneur du poste de Premier ministre».

Déjà, Mgr Marcel Utembi a exclu la possibilité d’un troisième dialogue. A Bruxelles (décidément) où il a conduit une délégation de la Cenco, il a déclaré au cours de la conférence de presse au siège d’EurAc (un autre think tank financé par Georges Soros) : «Nous sommes logiques et cohérents envers nous-mêmes. L’Accord du 31 décembre souffre de sa mise en œuvre à 90%. Nous ne pouvons pas piloter un 3e dialogue alors que le précédent n’est pas appliqué», avant d’ajouter : «A voir la délinquance de l’homme politique congolais, un autre dialogue irait dans le sens de saper l’accord du 31 décembre. C’est possible de sortir de la crise sans un autre Dialogue. Tout est encore possible».

Il y a lieu de rappeler que c’est à cette occasion qu’il a déploré les «fissures» qui apparaissent dans le bloc européen, fait corroboré par Cécile Kyenge lorsque, partageant «la crainte de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) qui soupçonne certains Etats européens de ne pas être clairs par rapport à leur position sur la crise congolaise » (selon Actualité.cd), l’euro-katangaise déclare : «La crainte est là. Nous faisons la pression».

Pour une fois, voyant son lobbying en faveur de Moïse Katumbi battre de l’aile, elle se tourne vers le peuple congolais pour dire : «Je crois qu’on doit commencer par responsabiliser et accompagner le peuple congolais. On ne peut se substituer au peuple congolais. Le Congo est un Etat souverain. On doit respecter l’accord de Cotonou. En ce moment, il y a une confusion terrible au Congo. C’est pour cela je peux donner raison à la CENCO. Le parlement européen va continuer à vigiler sur cela. On demande encore plus de sanctions. Il faut aller plus loin». Oui, elle proclame la souveraineté de la RDCongo et réclame des sanctions contre les dirigeants d’un Etat souverain…

Face au décor flou qui se plante par la volonté des «parrains européens» de la frange radicale dénommée Rassop/Limete, les indices portent à croire que personne dans ses rangs ne croit dans l’Accord du 31 décembre 2016, si seulement on y a cru depuis le début.

Le sage préfère au second le premier

Or, tout observateur conscient se doit de l’admettre : n’importe quel laps de temps non couvert par la Constitution et créé délibérément au moyen d’un soulèvement représente un danger réel pour l’avenir de la RDC. Le plus fort – c’est-à-dire n’importe qui – peut prendre le pouvoir d’Etat, proclamer la suspension ou l’abrogation de la Constitution et s’installer à la tête du pays pour longtemps…

Quand on est à 8 mille kms de Kinshasa comme Cheik Fita, Cécile Kyienge et Marie Arena, ou tout près du quartier kinois des Ambassades comme Martin Fayulu, il est aisé de miser sur ce schéma.

Mais quand on est sur le «champ de bataille» comme le Congolais lambda, on voit les choses autrement. Entre un «tiens» (Accord existant) et «deux tu l’auras» (TSK), le sage préfère au second le premier.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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