EDITORIAL. Encore des pressions américaines ?

Qu’ils soient 7 ou 6 sénateurs américains à avoir interpellé par leur lettre du 3 octobre 2017 leur président pour «tout faire pour mettre fin aux inquiétantes crises politiques, sécuritaires et humanitaires en RDC” n’a rien d’événementiel. Non du fait de ne même pas représenter un dixième des 100 membres qui composent leur institution, mais du fait pour ces sénateurs d’en rajouter. Jusqu’à fatiguer, dirait l’artiste.

Les relais congolais ont évidemment salué cette initiative tombée pratiquement au  moment le plus mauvais pour l’administration Donald Trump : le drame survenu à Las Vegas la nuit du 3 au 4 octobre avec ce snipper qui a abattu de sang-froid 59 civils et faisant des centaines de blessés, de même que la nuit du 4 au 5 avec la mort, au Mali, de trois militaires américains.

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L’événement pour la RDC, c’est cette déclaration étonnante d’une certaine Cécile Kyenge, eurodéputée italienne d’origine congolaise et lobbyiste principale de Moïse Katumbi au premier niveau, de «Rassemblement» au second.

Le 1er octobre dernier, redoutant les fissures observées dans son lobbying au sein de l’Union européenne, elle a lancé à la cantonade que la RDC est un pays souverain ! «Je crois qu’on doit commencer par responsabiliser et accompagner le peuple congolais. On ne peut se substituer au peuple congolais. Le Congo est un Etat souverain. On doit respecter l’accord de Cotonou…», a-t-elle exactement dit !

Pourtant, depuis deux ans qu’elle s’est investie dans la «mondialisation» du dossier Congo avec tout ce que cela a donné comme résultat (sanctions ciblées américaines et européennes contre des officiels congolais, transformation de l’Accord du 31 décembre 2016 comme instrument international alors que toutes les dernières résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu insistent sur le principe de non-ingérence dans les affaires de notre pays), elle a agi comme si la RDC était le No Etat décrit dans le document prêté à la Cia et publié en 1996 pour prôner le démembrement du Zaïre.

Pour rappel, ce document préconisait le rattachement, à l’Ouganda, au Rwanda, au Burundi et à la Tanzanie de plusieurs provinces congolaises de la partie orientale.

Pour rappel aussi, en 1997, alors ambassadeur des Etats-Unis à New York, Bill Richardson avait dit du Congo qu’il constitue «un élément essentiel des intérêts américains en Afrique. Ce pays renferme des opportunités économiques énormes ». Il en avait fait la démonstration en ces termes : «Treize pour cent du potentiel hydro-électrique mondial, vingt-huit pour cent des réserves mondiales de cobalt, dix-huit pour cent des diamants industriels, six pour cent des réserves de cuivre, de riches terres agricoles, une talentueuse et industrieuse force de travail, la moitié de la forêt équatoriale africaine. Le moteur de croissance du centre de l’Afrique est le Congo. Il est un pont entre les économies en voie de développement dans le sud et l’est de l’Afrique, et les nations pauvres de l’Afrique centrale». Et il concluait : «La stabilité du Congo signifie la stabilité pour la plus grande partie de l’Afrique».

Pour rappel également, les dernières résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu présentent la RDC en «menace permanente contre la sécurité internationale dans la région des Grands Lacs».

Lorsqu’alors, par voie du lobbying, on veut convaincre les Occidentaux – Américains en tête – de la thèse partagée par des thinks tanks, des fondations, des universités et des médias occidentaux d’un Congo trop grand pour être bien gouverné – qu’espère-t-on obtenir en définitive ?

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Serait-on si naïf au point de croire que des pressions exercées sur Joseph Kabila et sa famille politique se limiteraient à une alternance politique pour laquelle, d’ailleurs, ni le tandem Katumbi-Fatshi, ni le trio Katumbi-Fatshi-Sindinka ne donnent le moindre signe probant en termes de préparatifs par rapport à l’échéance du 31 décembre 2017 ?

Qu’est-ce qui ne dit pas qu’au-delà de ces pressions ou sous ces pressions, il n’y a l’actionnement du fameux Berlin II ? Car, la réaction normale d’un décideur sollicité jour et nuit d’agir sur un pays d’abord fragile, mais en plus mettant à mal la stabilité de la région ou de la sous-région, serait bien celle de l’effacement du tableau…

Les Américains, ne le perdons pas de vue, n’ont pas un seul hésité de séparer l’Ethiopie de l’Erythrée, de même que le Soudan du Sud du Soudan, toujours sur base de l’argument de non gouvernabilité.

Avec le modèle de développement qu’ils encouragent au Rwanda à destination essentiellement des provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu, ils franchiraient bien le Rubicon s’agissant d’une RDCongo, pays qui refuse de sortir du maternage parce qu’abonné depuis 1960 au nanisme intellectuel et au crétinisme politique.

Dois-je continuer ? Oui : juste pour relever qu’au travers des sanctions qu’il prend à la demande en définitive des Congolais eux-mêmes (les députés européens et les sénateurs américains servant simplement de faire valoir), l’Occident investit dans des confrontations à venir. Un ex-Katangais se souviendra qu’il a été sanctionné à Londres à l’initiative d’un ex-Equatorien. Un ex-Kasaïen se souviendra qu’il a été sanctionné à Amsterdam à l’initiative d’un ex-Bandundois. Un ex-Kivutien se souviendra qu’il a été sanctionné à  Ottawa à l’initiative d’un ex-Oriental. Un Maniemien se souviendra qu’il a été sanctionné à Washington  à l’initiative d’un Ne Kongo ! Ou vice-versa. Mais surtout, un ex-Katangais se souviendra qu’il a été sanctionné à Berlin à l’initiative d’un ex-Katangais, et ainsi de suite…

Dois-je continuer ? Non !

Continue plutôt à applaudir aux sanctions occidentales, et on se retrouvera le moment venu réfugié à Brazzaville ou exilé à Brasilia, car on ne sera pas déplacé interne !

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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