Pavé dans la mare ! Donald Yamamoto : «Une transition sans Kabila n’était pas constitutionnelle»

 

  • En écoutant cet homme d’Etat américain faire une telle déclaration, Fred Bauma de Lucha aurait dû réaliser qu’il n’est pas encore de la «Cour des Grands» et se montrer modeste. Hélas !

  

De Donald Yamamoto, voici exactement ce que dit «Jeune Afrique» dans sa livraison du 7 septembre 2017 sous le titre «États-Unis : qui est Donald Yamamoto, le « Monsieur Afrique » par intérim de Trump ?» : «Après neuf mois de tergiversation, l’administration de Donald Trump s’est résolue à nommer, le 5 septembre, Donald Yamamoto au poste de chef par intérim du Bureau des affaires africaines du Département d’État. Bon connaisseur de l’Afrique, il est très sensible aux questions de défense, qui devraient rester la préoccupation principale des États-Unis sur le continent. Fils d’un soldat de l’armée impériale japonaise, Donald Yukio Yamamoto est né à Seattle, dans l’extrême nord-ouest des États-Unis. Difficile de trouver plus éloigné de l’Afrique. Soixante-quatre ans et une très dense carrière de diplomate plus tard, il a pourtant été officiellement nommé, pour un an, à la tête du Bureau des affaires africaines du département d’État. Autrement dit, il est le nouveau ‘Monsieur Afrique’ de Donald Trump». Il est à espérer que cet homme d’Etat américain ne se fera pas qualifier à son tour d’irresponsable, maintenant que pour Moïse Katumbi, Félix Antoine Tshilombo, Martin Fayulu, Olivier Kamitatu et autres Dokolo Sindika est irresponsable toute personne opposée au schéma «Transition Sans Kabila»…

 

Donald Yamamoto l’a ainsi clairement signifié aux membres de la Commission des affaires étrangères du congrès américain le jeudi 9 novembre 2017 à Washington en déclarant : «Nous avons déjà signifié à l’Opposition qu’une transition sans Kabila n’était pas constitutionnelle», ajoutant au passage : «Nous allons tout faire pour que le calendrier électoral soit respecté».

Fred Bauma, autre intervenant, a émis un avis contraire. Plaidant pour ce qu’il qualifie de «transition citoyenne» – euphémisme pour désigner la «TSK» – il a soutenu la thèse selon laquelle «Continuer à faire confiance à Joseph Kabila, ce serait commettre une erreur». Comme pour toucher à la corde sensible de son auditoire, il dira : «Nous ne cherchons pas la pitié des États-Unis. Mais nous avons besoin de votre soutien pour éviter que notre pays ne retombe dans une nouvelle dictature».

Evidemment, Ida Sawyer – qui agit quasiment en manager des mouvements pro-démocratie congolais pour le compte de la Galaxie Soros – partage son opinion.

Sans couverture constitutionnelle

Mais, comme relevé dans plusieurs chroniques précédentes – et c’est là que la réaction de Donald Yamamoto est celle d’un homme d’Etat – aucun des anti-Kabila ne se prononce formellement sur la Constitution devant gérer cette transition.

Pourtant, une «TSK» veut concrètement dire disqualification de l’alinéa 2 de l’article 70 ainsi libellé : «A la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu».

Or, la disqualification de n’importe lequel alinéa d’un seul des 229 articles de la Constitution entraîne ipso facto l’abrogation de la Constitution elle-même. Et cette abrogation a pour effets collatéraux, d’un côté, l’invalidation du fameux l’article 64 dont son non moins fameux alinéa 1 et, de l’autre, tenez-bien, la mise à mort de l’Accord du 31 décembre 2016. Par ricochet, tenez encore bien, la disqualification de l’instrument international consacré dans la Résolution 2348.

Au fait : avec la «Transition Sans Kabila», le Congo risque de se retrouver du jour au lendemain sans couverture constitutionnelle.

Si Fred Bauma pour Lucha et Floribert Anzuluni pour Filimbi peuvent ne pas percevoir ces évidences certainement éloignées de leur capacité de circonscrire les enjeux politiques, il n’en est pas de même des «leaders» ayant pignon sur rue.

Et pour cause !

User du devoir d’ingratitude

Depuis l’Indépendance en juin 1960, les acteurs politiques comme Moïse Katumbi, Pierre Lumbi, Christophe Lutundula, José Endundo, Gabriel Kyungu et Vital Kamerhe savent que tout changement organisé de régime a été précédé de l’adoption d’un texte tenant lieu de Constitution.

Les deux fois où un changement radical est intervenu sans avoir au préalable une Constitution, le pays a basculé dans l’inconnu : 1965 avant le coup d’Etat de Mobutu et 1997 avec la Révolution de l’Afdl. A ces occasions, la Constitution en vigueur a été suspendue et c’est en plein exercice du nouveau mandat qu’on a commencé à préparer une Constitution.

La 1ère République entre 1960 et 1965 ainsi que la 3ème République de 2006 à ce jour ont cependant été préparées avec des Constitutions. Les phases de Transition sous Mobutu et sous Joseph Kabila de même.

En préconisant une «Transition Sans Kabila» sans convenir par avance d’une Constitution signifie simplement livrer le pays à un plus fort. Dans le contexte actuel, c’est l’aventure à ne pas tenter.

Aussi, entre, d’une part, l’engagement exprimé par Donald Yamamoto de faire respecter le calendrier électoral et, d’autre part, les craintes exprimées par Fred Bauma selon lesquelles «La CENI vient de publier le calendrier électoral, mais il n’y a aucune garantie que ces élections auront lieu» sous prétexte que «Kabila n’organisera jamais les élections qui vont provoquer son départ», il y a un grand écart de responsabilités que le premier perçoit et le second ne réalise même pas.

Bauma serait sorti grand non dans le sens de contester la tenue des élections (juste un procès d’intention), mais plutôt de réclamer l’accompagnement de la communauté internationale.

On sait, à ce sujet, qu’autant que l’administration américaine à laquelle appartiennent Donald Yamamoto et Nikki Haley (et non Herman Cohen ni Ida Sawyer), l’Union européenne (pour ne pas citer l’Union africaine) et la France ont exprimé leur disponibilité à cet accompagnement après avoir, d’ailleurs, salué la publication du calendrier électoral par la Céni. Elles l’ont fait avant la rencontre de la Commission des affaires étrangères du congrès.

En d’autres termes, s’il avait suffisamment la capacité de perception des enjeux, Fred Bauma aurait pu adapter son discours aux déclarations des «parrains». Après tout, il peut tout dire, mais il ne convaincra personne que sans la «pitié des États-Unis», Lucha – créée voici six ans – serait restée un illustre inconnu.

Il est vrai que dans la vie, user du devoir d’ingratitude est parfois permis.

Mais, il est tout de même prudent de faire preuve de pragmatisme.

Ce qui, hélas, n’est pas à sa portée, tant il est vrai que Fred Bauma agit comme la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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