EDITORIAL. Cenco, calendrier électoral et article 64 !

Le 24 novembre 2017 – date anniversaire de la prise du pouvoir par le futur maréchal Mobutu en 1965 – les Evêques membres de la Cenco ont publié à l’issue de leur assemblée plénière extraordinaire tenue 72 heures durant une déclaration en 17 points intitulée «Le peuple congolais crie sa souffrance ! Allons vite aux élections».

Déçus du fait de voir les Congolais se retrouver en 2017 «dans le même contexte de tension qu’à la fin de l’année 2017», ils prophétisent : «Le peuple ne tolérera pas que cela se répète en 2018».

Aussi, rappellent-ils au point 4 le compromis laborieusement trouvé pour une «sortie pacifique de la crise», en l’occurrence la «nomination du Premier ministre présenté par le Rassemblement», la «désignation des membres du Conseil national de suivi de l’Accord», la «redynamisation de la Céni», les «mesures de décrispation» et la «tenue au plus tard le 31 décembre 2017».

Ils stigmatisent au point 5 les graves entorses subies par l’Accord à ces points précis tout comme l’art d’embrouillement des choses dans son application.

Au point 7, ils font des recommandations à tous les Congolais : prendre conscience d’être le souverain primaire (sans lequel il n’y aura pas de changement), prendre connaissance du calendrier électoral, demeurer vigilants et assurer le suivi des garanties et des dates péremptoires du calendrier pour les faire respecter, participer activement au processus électoral et «En cas de besoin», soutiennent-ils, manifester la «désapprobation de manière pacifique, en rejetant tout recours à la violence, conformément à la Constitution».

Au point 8, les Evêques exhortent le Chef de l’Etat «à rassurer l’opinion par une déclaration publique» de ne pas être candidat à sa propre succession, convaincus qu’ils sont que «cela contribuerait à l’apaisement des tensions politiques».

***

Analysons cette partie de la déclaration en remontant les points.

La question à venir à l’esprit est de savoir qui attise les tensions politiques. Si celles-ci sont liées au respect de la Constitution, il y a lieu d’admettre que la responsabilité de l’Institution «Président de la République» y est malencontreusement engagée.

En effet, il y a de cela une année déjà, dans son avant-dernier discours sur l’état prononcé le 15 novembre 2016, Joseph Kabila avait solennellement déclaré : «A tous ceux qui semblent se préoccuper à la longueur de journées de mon avenir politique, je tiens à dire, tout en les remerciant, que la République Démocratie du Congo est une démocratie constitutionnelle. Toutes les questions pertinentes relatives au sort des Institutions et de leurs animateurs sont réglées de manière satisfaisante». C’est repris au point II.2. de l’Accord de la Saint Sylvestre négocié sous l’égide des Evêques de la Cenco !

Il a même ajouté, comme pour renchérir : «N’ayant jamais été violée, la Constitution sera toujours respectée, et ce, dans toutes ses dispositions».

Dans leur déclaration du 24 novembre 2017, les Evêques n’avaient qu’à rappeler cet extrait consigné dans l’Accord au lieu de réclamer un énième engagement public, et encore solennel.

Au fait, ils visent le discours sur l’état de la Nation traditionnellement prononcé à cette période de l’année.  Ils forcent en quelque sorte la main au Président de la République.

***

Qu’à cela ne tienne !

En remontant cette partie de la déclaration, on en vient à des recommandations.

Les plus importantes, on s’en doute, sont celles relatives aux élections.

Ainsi, les Evêques demandent au souverain primaire de prendre acte du calendrier électoral publié le 5 novembre 2017. Même si l’expression utilisée est «prendre connaissance», le fait d’exhorter les Congolais à la vigilance et au suivi «des garanties et des dates péremptoires du calendrier pour les faire respecter», à la participation active «au processus électoral» et à la désapprobation «de manière pacifique» à tout blocage signifie acceptation du calendrier de la Céni par les Evêques.

Aussi, devient-il difficile de comprendre leur silence lorsque le souverain primaire, dont ils ont la garde des âmes sur terre, est entraîné dans des actions de rue au motif d’application de l’article 64.

«Conflictogène», cette disposition reconnaît à tout Congolais «le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution» tout en spécifiant également que «Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’Etat», infraction du reste «punie conformément à la loi». Or, tant que les articles les maintenant en fonction sont en vigueur (70, 103, 105 et 197), les Institutions à mandat électif ne sont ni illégitimes, ni illégales.

C’est ce devoir de vérité auquel est soumise l’Eglise, tant qu’elle est au milieu du village…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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