BALISES. Goma, cet enjeu à maîtriser absolument !

L’une des belles villes côtières du pays vue de la terre ou des eaux du lac Kivu, Goma accueille les 18 et 19 décembre 2017 la 6ème conférence des Gouverneurs des provinces de la RDC Congo initialement prévue en septembre dernier.

Il y est question certes de gestion politique, économique et sociale des entités provinciales, mais aussi de la situation sécuritaire.

Pour le Nord Kivu particulièrement, une session spéciale est certainement réservée à l’insécurité entretenue par des groupes armés nationaux et étrangers – dont les fameux Adf-Nalu-Lra, surtout après les derniers événements malheureux survenus à Semuliki avec l’assassinat des 14 Casques Bleus du contingent tanzanien de la Monusco.

La veille de cette conférence, le Chef de l’Etat a accueilli à Kinshasa le 17 décembre Jean-Pierre Lacroix, chef du département des opérations de maintien de la paix à l’ONU, en séjour sur le sol congolais à la suite de ces événements.

Au sortir de l’audience, l’hôte du Président Joseph Kabila a déclaré à ce propos  qu’en compagnie du RSSG, Maman Sidikou, ils ont «parlé bien entendu de l’incident très grave qui a eu lieu à Semuliki et qui a coûté la vie à 14 soldats de la paix des Nations unies. Le président de la République a réitéré ses condoléances aux Nations unies (…) ». Très sensibles, ils ont présenté aussi celles de l’Onu à la suite du décès d’un élément Fardc.

Et de poursuivre : «Nous sommes prêts, nous sommes en soutien comme le veut notre mandat et disposés à agir en pleine concertation».

Insistant sur l’impératif du travail collectif entre les protagonistes, en l’occurrence les forces gouvernementales et la Mission onusienne, il a souligné «la dimension régionale du phénomène des groupes armés particulièrement ceux qui sont actifs dans le Nord-Kivu, particulièrement les ADF», précisant au passage que «La concertation, le travail collectif avec les pays de la région sont également des éléments très importants».

Pour ceux qui ne le savent pas ou ne s’en souviennent plus, la Brigade spéciale avait été montée en vue de contrer l’activisme militariste du M23, et cela après le constat amer de l’incapacité des éléments de la Monusco de neutraliser cette engeance.

Au sommet de la Cirgl à Kampala en 2013, le Président Joseph Kabila, appuyé par quelques-uns de ses pairs, voulait d’une brigade autonome qui puisse évoluer dans le cadre de la Sadc. C’était plus rassurant, fort de l’expérience de la coalition Angola-Zimbabwe-Namibie pendant la guerre du 2 août 1998.

Hélas !, d’autres chefs d’Etat, soutenus par les «décideurs», voulaient plutôt d’une brigade intégrée.

Au fait, les Anti-Brigade autonome ne voulaient pas assister à une démonstration de force susceptible de discréditer la Mission onusienne si jamais la Brigade autonome venait à se montrer performante. La Monusco n’aurait plus jamais justifié son utilité.

Les observateurs avertis l’auront simplement noté après la neutralisation du M23 en octobre 2013 : la Monusco s’est réinstallée dans sa torpeur. Et cela pendant que les groupes armés étrangers et congolais reprennent du poil de la bête.

La réalité est que la question de neutralisation des groupes armés étrangers remonte à la signature de l’Accord de Lusaka en juillet 1999.

Plus d’une fois, dans cette chronique, rappel est fait de l’axe central dudit accord, à savoir son chapitre 8 consacré à la force de maintien de la paix. Au point 8.2.2. relatif au rétablissement de la paix, cette force est chargée en priorité de «traquer et de désarmer les groupes armés», groupes du reste clairement cités : ex-Far, Adf, Lra, Unrf II, milices Interahamwe, Funa, Fdd, Wnbf, Nalu et Unita.

Cela fait près de vingt ans que la force onusienne (hier Monuc, aujourd’hui Monusco) ne s’assume pas pleinement dans sa charge première.

Bien plus, lorsque la partie congolaise sollicite la réduction de ses effectifs, c’est la levée des boucliers en Occident. Pas plus tard que le 23 septembre 2017, dans son discours à la 72ème assemblée générale ordinaire de l’Onu à New York, le Président Joseph Kabila y est revenu en faisant observer qu’«II est clair que près de vingt ans après son déploiement, la force onusienne ne peut nourrir l’ambition de rester indéfiniment dans mon pays, ni d’y exercer son mandat avec le même format et sans tirer les leçons des faiblesses constatées». Il a même plaidé pour le «redimensionnement de la force de la MONUSCO au regard de missions devenues dynamiques et la réorientation des moyens ainsi dégagés vers la satisfaction de nos besoins de développement».

Résultat : statu quo. Ou plutôt assassinat lâche des Casques Bleus.

Le plus dur est qu’au même moment, c’est le Nord Kivu qui voit sa jeunesse récupérée dans un enjeu politique et diplomatique dont elle ne saisit nullement la dimension réelle, et avec elle une Opposition plutôt revancharde. Les deux combattent le Gouvernement qui combat les groupes armés manifestement «protégé» par la Monusco.

Dans une chronique précédente, la question soulevée était celle de l’intérêt que représente cette partie du pays : jamais un responsable onusien ou simplement occidental en séjour au Congo, même pour une petite heure, ne s’arrête à Goma ou à Kitsanga.

C’est que le Nord Kivu – c’est juste une supposition – est un gros enjeu pour la nouvelle carte congolaise. Un enjeu plus important – c’est encore une supposition – que le Katanga cuprifère, le Kasaï diamantifère ou le Kongo central maritime.

Le Nord Kivu, par Goma son chef-lieu, est donc un enjeu à maîtriser absolument avant qu’il ne soit trop tard.

 

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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