Deux ans après. La coalition «UDPS-G7» s’essouffle !

  • Les dernières réactions de Félix Antoine Tshilombo pour l’Udps et de Christophe Lutundula pour le G7 à propos de la manifestation-clé du 19 décembre passé confirment la navigation à vue à laquelle cette coalition conduit depuis de 2015 l’Opposition au point de lui faire perdre sa vitalité. A preuve : certains acteurs de Rassemblement/Limete commencent à en appeler à sa restructuration au plus tard le 31 décembre prochain…

 

Rassemblement/Limete voulait pour le 19 décembre 2017 une grande démonstration de forte pour rappeler à la communauté «tant nationale qu’internationale» la date du 19 décembre 2016 consacrant la fin du second et dernier mandat du Président de la République. Il a misé sur deux apports nouveaux et décisifs : le ralliement de l’Unc de Vital Kamerhe et du Mlc de Jean-Pierre Bemba, d’un côté, et le «soutien» de la Cenco et du Comité des Laïcs catholiques, de l’autre. Les évêques et leurs laïcs en sont d’ailleurs venus à donner au Président de la République un ultimatum pour se prononcer au plus tard le 15 décembre 2017 sur le fait de ne pas être candidat à l’élection prochaine et de ne pas modifier la Constitution. Le même 15 décembre, Bruxelles a servi de «coordination» aux organisateurs de la manif qui se révèle, hélas !, le plus grand flop de l’année…

 

C’est tellement évident que Fatshi, interviewé par Rfi le 19 décembre, a étalé ce qui ressemble manifestement à l’amateurisme. «J’ai essayé de sillonner les points de ralliement. Je n’ai pas vu les combattants tel que c’était prévu. Et dans ce cas-là, ça ne servait à rien de venir tout seul et de se faire cueillir en étant seul », a-t-il commencé par lâcher avant de révéler certainement, sans le savoir ni le vouloir, le «secret» de réussite des opérations dites «journée morte » ou «ville morte».

En effet, sur les antennes de Radio mondiale, il a révélé son embarras en ces termes : «Le problème, c’est que la pluie est tombée jusqu’à 8h00 du matin, je crois. Nos équipes de mobilisation ultime – ceux qui d’habitude sensibilisent le transport privé à partir de 5 h00 de ne pas sortir – n’ont pas pu faire le travail».

Comme jamais deux sans trois, il s’est enfoncé davantage dans l’irrationnel en déclarant : «Notre mobilisation aussi, peut-être, a souffert d’imperfections. Je suis arrivé il y a deux jours, mais j’ai trouvé qu’il y avait encore du travail…».

Fatshi a attribué en grande partie l’échec de la manif à l’Appareil sécurité qui a quadrillé notamment les grandes villes, dont Kinshasa.

Au fait, cette interview – que Rfi n’a pas voulu rediffuser le lendemain pour la remplacer plutôt par le dossier « Kamwina Nsapu » – affectera pour longtemps «Rassop/Limete» en ce que :

primo, un président national habitué, lui, à dresser le «peuple» contre les forces de l’ordre, et cela au nom des libertés démocratiques, affiche publiquement sa peur d’être pris par la police. C’est la troisième fois qu’il fait faux bond aux siens. La première fois, il avait préféré rejoindre Moïse Katumbi à Rabat la veille d’une manifestation. La deuxième, il s’est terré dans sa résidence pendant que le «peuple» marchait. Et cette fois, il prétend avoir sillonné les points de ralliement et dès qu’il est arrivé à celui de l’Echangeur de Limete, il a rebroussé chemin pour n’avoir trouvé personne. L’autre dirait carrément qu’il a pris la poudre d’escampette ;

secundo, sans que personne ne le lui ait demandé, Fatshi a éventré le boa. On sait maintenant que les opérations «journée ville morte» ne réussissent qu’au travers des pressions que des équipes de mobilisation ultimes exercent sur les propriétaires des taxis, taxis-bus, bus et mototaxis pour ne pas sortir leurs engins. Les médias» réalisent à leurs dépens l’ampleur de la manipulation dont ils sont l’objet ;

tertio, Fatshi a relevé un pan entier de dictature qui tapit en lui. En avouant avoir constaté 48 heures plus tôt le bâclage du travail confié à ses équipes pour la manifestation, il aurait dû l’ajourner sans nécessairement en donner les raisons. Après tout, entre le 19 et le 31 décembre 2017, il y avait encore 11 jours au cours desquels il pouvait choisir une nouvelle date. Que non ! Il a décidé du maintien de sa manif, quitte à ce qu’elle échoue. Peu importe le prix à payer par la population mobilisée.

Comble d’ironie avec le G7…

Un malheur ne vient pas seul, dit-on. Pendant que «Rassop/Limete» s’étranglait encore des propos suicidaires de Félix Antoine Tshilombo, Christophe Lutundula Apala a, lui aussi, jeté un gros pavé dans la mare. Dans un tweet publié à 22h08 le même 19 décembre 2017, il insulte quasiment le «peuple» en ces termes : « Quelles que soient les qualités et la détermination d’une opposition, tant que le peuple n’a pas une conscience aiguë de sa condition misorable ni atteint le seuil critique de la révolte, la lutte de libération a très peu de chance de réussir. Défi à relever pour le Rassop». (ndlr : par misorable, lisons plutôt misérable).

L’homme qui tient ce langage est d’abord un député national. Il est ensuite un ex-sociétaire de la Majorité présidentielle. C’est à une année seulement de l’échéance du 19 décembre 2016 qu’il a basculé à l’Opposition. Or, il est censé répondre du bilan de la famille politique à laquelle il a appartenu. Se plaindre subtilement du peuple au motif d’être sans conscience de sa condition misérable n’est ni plus, ni moins qu’un manque de reconnaissance à l’égard des gens dont il saluait pourtant la maturité jusque-là.

Dans les deux cas – Félix pour l’Udps et Christophe pour le G7 – l’évidence est que ni l’un ni l’autre ne sont jusque-là livrés à une immersion véritable dans le Congolais lambda. Autrement, en reconnaissant aujourd’hui que les opérations « journée ville morte » ne sont que des dés pipés, ils ont pris conscience, eux, du fait de ne pas être en osmose avec le peuple. Car, être en osmose veut dire trouver aussi des solutions aux problèmes qui se posent à la société sans nécessairement être au gouvernement ! Ce n’est pas parce qu’on est de l’Opposition qu’on ne peut pas, au travers d’une fondation ou d’une ONG, aménager une fontaine publique à Kabeya Kamwanga sinon à Kitsanga !

Quand on sait que la femme congolaise sort de chez elle à 4h00 du matin pour s’en aller chercher du pain à vendre la journée pour donner le soir à sa famille de la nourriture, vivre en osmose ne veut pas dire lui infliger une journée «ville morte». Même si elle se rattrape à 10h00, elle n’aura plus sa clientèle du matin. Et elle perd toute la journée. Pendant qu’on se félicite sur Bbc ou sur Tv 5 de la réussite de la manif, cette femme pleure !

Malheureusement, depuis 1990 – année d’enclenchement du processus démocratique – l’Opposition radicale s’obstine à actionner le même modus operandi consistant à accentuer la paupérisation pour en espérer le soulèvement populaire.

Comble d’ironie : le G7 – dont la plupart des membres sont doublés d’hommes d’affaires – met ses gros moyens non pas à l’absorption même minimale des effets de cette paupérisation – mais plutôt pour en rajouter !

Débat en interne

Le 23 novembre 2017, dans la chronique intitulée « Décembre 2015-décembre 2017. Deux ans d’une Opposition SDF : ça suffit ! », il a été démontré combien le deal passé à Paris le 10 décembre 2015 entre Félix Antoine Tshilombo et Moïse Katumbi a fait du mal au pays et combien «le lobbying en international dont Moïse Katumbi – sur fond non pas d’idée mais d’argent – a sérieusement entamé la foi des Congolais en eux-mêmes » d’autant plus que «Ce lobbying a même fait pire : en amont, il a séparé l’Eglise congolaise tandis qu’en aval, il a corrompu une bonne frange de la jeunesse congolaise  via des ‘mouvements pro-démocratie’».

Cette chronique a inspiré, elle-même, une autre publiée le 10 décembre 2017  sous le titre «10 décembre 2015 : Le jour où Katumbi et Fatshi ont liquidé le Dialogue !». Démonstration est faite de la manière dont effectivement comment, «après avoir fait bloquer les pourparlers Mp-Udps », Félix Antoine Tshilombo et Moïse Katumbi «ont fait rater le Dialogue de la Cité de l’Union africaine et compliquer les Négociations de la Cenco…», et encore comment, «Au moment où l’Udps/Limete s’apprête à organiser son congrès de normalisation, la question prioritaire est de savoir ce que le parti d’Etienne Tshisekedi a réellement gagné du rapprochement avec le G7 de Katumbi étant donné que l’Udps a énormément perdu : mort de son président, scission au sein de la famille politique et de la famille biologique, dilution du leadership dans l’Opposition…».

Le bide de la manif du 19 décembre 2017 suscite un débat en interne. Car, l’échec de ce qui devrait être la plus grande démonstration de force de l’année a pour conséquence de liquider le schéma «Transition Sans Kabila»…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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