EDITORIAL. 1992 et 2017 : même défi, même erreur pour même bain de sang !

«Errare humanum est, perseverare diabolicum».

Attribuée à Sénèque, cette locution latine signifie littéralement «L’erreur est humaine, l’entêtement [dans son erreur] est diabolique».

Les événements tristes du 31 décembre 2017 rappellent ceux du 16 février 1992.

La revendication première de la Marche des Chrétiens en 1992 était la levée de la décision de suspension de la Conférence nationale souveraine prise par le Premier ministre Jean de Dieu Nguz a Karl I Bond, en rupture de confiance avec un acteur politique (Etienne Tshisekedi) et un acteur religieux (Mgr Laurent Monsengwo). A la base : la transformation de ces assises en tribunal «populaire».

Les faits authentiques rapportent que le cardinal Frédéric Etsou, alors archevêque de Kinshasa, avait dissuadé le Groupe Amos (proche de Laurent Monsengwo) de maintenir cette manifestation dès lors qu’il venait d’obtenir du maréchal Mobutu, en séjour à Iyonda (dans une mission catholique située dans la périphérie de Mbandaka), l’engagement de faire rouvrir la Cns.

La presse dite alors rouge, pro-Udps, avait fait état de l’infiltration des «éléments parlant portugais» dans les rangs des Faz et de la Garde civile pour réprimer la marche.

On connaît la suite : le groupe Amos décidera de relever le défi, et l’erreur se matérialisera en bain de sang. Depuis, les organisateurs ne sont jamais parvenus à identifier et à quantifier les victimes. Ils n’ont d’ailleurs jamais songé à ériger un mémorial. Comme pour ne pas en pérenniser le souvenir.

On sait seulement qu’à l’occasion de la célébration du premier anniversaire de la Marche des Chrétiens le 16 février 1993, Mgr Laurent Monsengwo lancera le cri «Plus jamais de 16 février dans ce pays»…

***

Vingt-cinq ans après, le «16 février» vient pourtant de se reproduire au travers de la Marche des Chrétiens le 31 décembre 2017.

Cette fois-ci, la revendication première est l’application intégrale de l’Accord de la Saint Sylvestre.

L’initiative est assumée par le Comité laïc de coordination avec, à la manœuvre, encore Laurent Monsengwo, devenu cardinal et archevêque de Kinshasa, normalement en âge de retraite depuis trois ans. L’autre dirait «en glissement».

Le prélat s’est offert un deuxième 16 février avec le même défi, la même erreur pour le même bain de sang.

En effet, comme en 1992, les informations faisant état d’infiltration ont été diffusées à temps. Et encore, cette fois-ci, avec une menace brandie par les forces politiques et sociales acquises au schéma «Transition Sans Kabila».

Quand on prend le temps d’auditionner après coup les déclarations de Félix Antoine Tshilombo et Jean-Marc Kabund pour l’Udps, de Martin Fayulu pour l’Ecidé et Dynamique, voire de Vital Kamerhe pour l’Unc, tout indique que «Rassop/Limete et Alliés» était dans la logique du coup d’Etat, alias printemps arabe pour certains, soulèvement à la burkinabé pour d’autres.

D’ailleurs, entendre Vital Kamerhe déclarer le 1er janvier 2018 sur Radio Okapi «Il y a eu des morts. Mais on ne peut pas libérer le peuple, libérer son avenir sans effusion de sang», c’est comme s’il  avouait, sans le savoir ou le vouloir, que le bain de sang a été bel et bien planifié.

Petite curiosité : les trois paroisses où il y a eu de fortes échauffourées sont celles où les pros  «Transition Sans Kabila» ont assisté à la messe : Notre Dame du Congo pour Fatshi, Saint Michel pour Kamerhe et Saint Joseph pour Fayulu.

Autre curiosité : le cardinal Monsengwo, Félix Antoine Tshilombo et Kamerhe venaient de participer au «sommet de Bruxelles» le 15 décembre 2017, deux jours avant l’annonce, par le Clc, de la Marche du 31 décembre 2017 en raison, soutient ce dernier, du fait que le Président de la République n’a pas obtempéré à son ultimatum de ne pas se déclarer non candidat à sa succession au plus tard le même 15 décembre, ultimatum lancé le 2 décembre dernier.

En voyant les forces politiques et sociales acquises au schéma «Transition Sans Kabila» adhérer massivement et totalement à son initiative, le Clc – sous l’autorité du prélat – se devait de les remercier en rejetant l’offre à cause du potentiel de danger qu’elle portait.

Mais non : le Clc s’en est plutôt réjoui, et avec lui assurément l’archevêque de Kinshasa.

Constat insolite : Fatshi, Kamerhe et Fayulu ont, comme qui dirait, pris le temps de s’abriter comme s’ils savaient ce qui devait se produire.

Maintenant que les dés sont jetés, et que le cardinal Laurent Monsengwo, profitant de la célébration du 58ème anniversaire de la Journée des Martyrs du 4 février 1959, a préféré persister et signer en déclarant «Nous parlerons à temps et à contretemps advienne que pourra, mais nous parlerons», c’est qu’un bras de fer s’engage. Les empoignades s’annoncent terribles, voire horribles.

Dieu seul reconnaîtra les siens.

Mais, en attendant, l’histoire retiendra et enseignera qu’en 1992 tout comme en 2017, il y eut au Congo un prélat ayant fait le choix délibéré de mettre dans la rue des Chrétiens à cause du même défi, de la même erreur avec pour finalité le même bain de sang.

A ce prélat-là, Sénèque dira : «Errare humanum est, perseverare diabolicum».

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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