EDITORIAL. «Gazage» des églises : effet Timisoara ?

Curieux tout de même : on en parle, mais aucune photo ni vidéo ne le prouve.

Il s’agit, on s’en doute, de la lancée des bombes lacrymogènes dans les salles des messes dans les paroisses catholiques le 31 décembre 2017, jour prévu par le Comité laïc catholique (Clc) pour la 2ème Marche des Chrétiens en l’espace de 25 ans, cela sous l’autorité du cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa.

L’émotion soulevée à travers le monde au sujet de cette manifestation est plus liée au  «gazage» en pleine messe qu’aux tirs dits à balles réelles et à bout portant sur les manifestants car, au nom de la vérité, un tel exercice aurait produit un véritable carnage dans la ville.

Or, le dernier document émanant de la Nonciature apostolique n’annonce que six morts, et encore sans préciser si c’est le résultat des tirs des militaires et des policiers gouvernementaux ou non. Des morts de trop, des morts pour rien en réalité.

C’est, du reste, la raison pour laquelle, révèle le Gouvernement, les corps se trouvant à la morgue sont interdits de levée par les familles, le temps pour les instances judiciaires compétentes de finaliser leurs enquêtes.

«Les magistrats travaillent normalement, déposent leurs rapports devant qui de droit… On n’a pas mis le parquet congolais à la disposition du Bureau conjoint aux droits de l’homme ! Le bureau conjoint peut enquêter mais il ne peut pas interférer sur une enquête qui est en cours au risque de corrompre le théâtre d’un crime», a déclaré à Rfi le 6 janvier 2017 Lambert Mende, ministre de la Communication et Médias, porte-parole du Gouvernement.

***

Allons alors sur google.com pour chercher à visionner les images relatives au gaz lacrymogène lâché dans les paroisses catholiques en pleine messe par les «prétendus vaillants hommes en uniforme».

Grosse surprise : il n’y en a aucune !

Pourtant, dans chacune des paroisses, on pouvait compter au moins deux cents participants à la messe matinale du 31 décembre 2017. Dont plus de la moitié disposait des téléphones avec caméra photo et caméra vidéo intégrées.

Pour avoir prévenu les fidèles des risques de «gazage», les organisateurs de la Marche devaient prendre toutes les dispositions pour en réunir la preuve.

Sept jours après, toutes sortes d’images circulent sur les réseaux sociaux. Certaines présentent des morts et des blessés passés pour morts sans cependant l’être, d’autres des blessés et des morts réels,  parfois avec des éléments d’archives n’ayant rien à voir avec la Marche de la Saint Sylvestre.

Curieusement : jusque-là, pas une photo, pas une vidéo sur une messe envahie par le gaz lacrymogène…

Même les médias étrangers ou internationaux et étrangers se contentent d’images d’archives.

Peut-on un seul instant imaginer Félix Antoine Tshilombo, Martin Fayulu ou Vital Kamerhe, témoins d’un tel acte respectivement à Notre Dame du Congo (Gombe), à Saint Joseph (Kalamu) ou à Saint Michel (Bandalungwa) rater de telles images constituant la preuve éloquente de l’intrusion des militaires et des policiers dans les paroisses ?

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De grâce, au nom de la vérité et en mémoire des victimes, cette affaire de gazage doit être clarifiée. Vite et bien. En véritable «copier-coller» de Timișoara, la fameuse «Opération Lititi Mboka» avait  commencé ainsi. Comme par coïncidence, c’est un abbé, un certain Victor Digekisa Piluka exilé depuis 1990 en Belgique, qui avait lancé le scoop sur l’assassinat des étudiants perpétré sur le campus de Lubumbashi en mai 1990.

Dans une chronique publiée le mardi 25 novembre 2014 sous l’avant-titre «L’un avait piégé Mobutu, l’autre Mzee L-D. Kabila, et la série continue» et le titre «Digekisa et Ngefa avaient-ils une ‘mission secrète’», allusion est faite au témoignage de Henri-Paul Vunbgo au web-média «www.congoindependant.com» à l’occasion du 17ème anniversaire du «massacre». « …Il n’y a jamais eu de massacre d’étudiants à l’université de Lubumbashi. J’invite Madame Braeckman et tous ceux qui parlent de ’Lubumbashi’ de contacter les ’vrais étudiants’ présents sur le lieu. Outre moi-même, il y a Mupupa, l’ancien dirigeant de la JMPR au moment des faits. Il y a également Victor Digekisa qui était le ’moteur’ de ce qui s’est passé dans ce campus universitaire du 9 au 11 mai 1990».

L’histoire est en train de se répéter sous nos yeux avec toutefois un avantage inexistant au moment des faits à l’époque : les réseaux sociaux et le téléphone cellulaire.

Aussi, au moment où elles lancent un appel à témoin, les instances judiciaires méritent d’être soutenues au lieu d’être distraites par des ONGDH et des acteurs politiques en mal de (re)positionnement.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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