Réfléchissons calmement ! Kabila n’est pas le problème !

* Joseph Kasa-Vubu et Patrice-Emery Lumumba étaient mauvais. Mobutu mauvais. L-D. Kabila mauvais. Et Joseph Kabila est mauvais. Conséquence, le successeur du Raïs est par avance mauvais…

* En revoyant la Belgique et l’Église coaliser comme elles le font la veille de chaque tournant décisif au Congo, on est obligé de le reconnaître : le problème n’est pas le leadership congolais. Il est ailleurs…

 

Encore cinq mois et deux semaines, le Congo a 58 ans d’existence en tant qu’Etat Indépendant le 30 juin 2018. Croisons les doigts pour que le prochain Dialogue – auquel les circonstances nous contraignent au travers d’une Transition avec ou sans Kabila», des élections avec ou sans le calendrier de la Céni publié le 5 novembre 2017 ou du maintien ou non de la Constitution actuelle – puisse au moins préserver le pays dans son unité et son intégralité. Car l’enjeu pour ce forum sera de (nous) dire des vérités sur les causes réelles de l’évolution en dents de scie avec des éclaircies de développement vite obscurcies par des cirses réduisant à néant les efforts fournis. C’est à croire, comme relevé dans le dernier éditorial, que «Nous avions mal acquis l’Indépendance»…

 

Lorsque le cardinal Laurent Monsengwo qualifie alors de «médiocres» un corps important de la gouvernance institutionnelle, et encore un corps comprenant globalement les autorités politiques de la 1ère République entre 1960 et 1965, de la 2ème République entre 1965 et 1990 et de la 3ème République depuis 2006 à ce jour tout comme celles de toutes les 4 étapes de la Transition (1990-1997, 1997-2001, 2001-2003 et 2003-2006), il n’a peut-être pas pris la mesure de la gravité de ses propos.

En effet, pour justifier son coup d’Etat de 1960 puis de 1965, Joseph Mobutu s’était servi de la médiocrité des gouvernants de la 1ère République. En pleine 2ème République, une fronde s’était produite au sein du Mpr Parti-Etat, les 13 Parlementaires ayant adressé au maréchal une longue lettre constatant la médiocrité de son régime. Dans son discours du 24 avril 1990, Mobutu avait fait une évaluation médiocre du même régime. De 1990 à 1997, l’Opposition radicale qualifiait de médiocre la gestion  de la Transition, donnant à l’Afdl une raison solide d’en finir avec le système. A peine aux affaires, les vaincus d’hier, sous l’instigation des déçus de la Révolution, vont livrer contre Mzee Laurent-Désiré Kabila une guerre armée ouverte avec comme prétexte sa médiocrité. Le Dialogue intercongolais ramènera aux affaires les médiocres de 1960, de 1965, de 1990 et de 1997. Et, depuis, à la faveur des premières élections réellement libres qu’ait connues le pays respectivement en 2006 et en 2011, des Congolais autrefois qualifiés de médiocres pour avoir exercé des fonctions d’Etat entre 1960 et 2006 sont entrées dans les institutions de la République, et le cardinal les déclare médiocres.

Bref, le cardinal a disqualifié l’ensemble de la classe politique en sachant pertinemment bien que depuis le 30 juin 1960, le laïcat politique est à majorité d’obédience catholique. Et que si, d’aventure, un procès de mal gouvernance devait être fait, ce serait principalement celui de l’Eglise elle-même. Puisse Dieu nous en préserver !

Le fonds de l’abîme

Il est connu de tout le monde que Bruxelles n’était pas prête à accorder à son unique colonie (Congo-Belge) l’indépendance. Elle avait cédé aux pressions américaines.

En analysant chacune de ses positions aux premiers signaux d’une alternance politique au Congo par voie d’élections, de coup d’Etat ou de soulèvement armé ou populaire, la métropole se sert toujours de l’Eglise pour jouer un rôle prépondérant.

Comme relevé plus haut, premier à bénir l’avènement de Kasa-Vubu/Lumumba en 1960, de Mobutu en 1965, de L-D. Kabila en 1997 et de J. Kabila en 2001, le tandem «Belgique-Eglise» est aussi premier à la manœuvre pour les diaboliser dès que les relations commencent à se gâter. Si les défunts pouvaient être ramenés à la vie pour témoigner, on ne serait pas surpris d’apprendre que leurs malheurs ont tous commencé de la même manière : dès l’implication d’autres partenaires dans la réalisation de grands projets d’infrastructures.

Pour être proche de l’actualité, les malheurs de Joseph Kabila sont liés au contrat dit chinois. On sait comment un Vice-Premier ministre et ministre belge, Karel de Gutch, s’était précipité à Beijing pour perturber l’application des engagements pris. Pas plus tard que le 16 janvier 2017, au cours du culte d’actions de grâce organisé en mémoire de Laurent-Désiré Kabila, Dr François David Ekofo de l’ECC a interpellé les partenaires étrangers, principalement occidentaux, dont les diplomates étaient présents dans la salle. Ils ont la technologie, le Congo a des potentialités, leur a-t-il dit. En aidant le Congo à développer ses infrastructures, les partenaires vont en tirer des dividendes conséquents.

En réalité, le prédicateur protestant n’a rien fait d’autre que paraphraser Joseph Kabila lors de la présentation dudit contrat dans son discours sur l’état de la Nation en 2007. Après avoir décliné en cinq points la logique des accords conclus, notamment les difficultés à trouver des financements additionnels auprès des partenaires traditionnels, d’un côté, et la disponibilité des institutions financières chinoises, de l’autre, alors que la Chine a d’importants besoins «en ressources naturelles, notamment minières », Kinshasa avait estimé qu’«En échange de concessions minières, exploitées en partenariat avec des entreprises publiques congolaises (…) les banques chinoises acceptent de contribuer au financement de nos cinq chantiers».

Et le Raïs d’annoncer : «Pour  la  première  fois  dans  notre  histoire,  le  peuple congolais pourra enfin voir à quoi aura servi son cobalt, nickel ou cuivre !», non sans réaffirmer la disponibilité du Congo «à conclure des accords similaires avec d’autres partenaires».

On peut en être par avance sûr : sans l’intrusion de Bruxelles dans le contrat chinois en 2007, mieux si Bruxelles avait joué le rôle positif escompté de la réalisation des promesses des puissances occidentales faites en 2005 pour encourager les Congolais à s’investir dans le processus électoral, le Congo aurait réalisé de grandes performances en matière d’infrastructures. Surtout quand on sait qu’au lendemain de l’enclenchement du processus démocratique en 1990, la coopération structurelle était suspendue et que 17 ans durant, l’aide occidentale au développement s’est bornée à l’humanitaire.

Or, le 24 avril 1990, le maréchal Mobutu avait fait un état des lieux catastrophique du Zaïre : vétusté des formations médicales, carence en équipements et en médicaments, insuffisance du personnel médical, surpopulation dans les salles des cours ainsi que dans les résidences universitaires et les internats, modicité des rémunérations des agents de l’Administration publique, sous-emploi des cadres universitaires, certains abus qui se commettent par-ci par-là, dégradation des voies de communication : routes, voiries, télécommunication, poids de la fiscalité et de la parafiscalité, tracasseries administratives, invendus dans les collectivités rurales, détérioration des termes de l’échange du paysan, insuffisance de l’énergie électrique dans certaines régions du pays…

Et en plus, entre 1990 et 1997, le pays a touché le fonds de l’abîme : pillage du tissu économique et social, étranglement du système bancaire, thésaurisation de la monnaie, recours systématique à la planche à billets, contrefaçon monétaire, zones monétaires parallèles, grèves intempestives, journées «ville-morte», bref détérioration du climat des affaires.

De Charybde en Scylla…

Au regard de ce qui précède, on en vient à se demander quand est-ce que, de 1960 à 2017, le Congo a connu une période réelle de développement continu pendant que ce pays, pour paraphraser Bill Richardson (à l’époque ambassadeur des Etats-Unis à l’Onu intervenant devant le comité des Relations internationales de la chambre des Représentants de son pays) : «Le Congo est un élément essentiel des intérêts américains en Afrique. Ce pays renferme des opportunités économiques énormes. Treize pour cent du potentiel hydro-électrique mondial, vingt-huit pour cent des réserves mondiales de cobalt, dix-huit pour cent des diamants industriels, six pour cent des réserves de cuivre, de riches terres agricoles, une talentueuse et industrieuse force de travail, la moitié de la forêt équatoriale africaine. Le moteur de croissance du centre de l’Afrique est le Congo. Il est un pont entre les économies en voie de développement dans le sud et l’est de l’Afrique, et les nations pauvres de l’Afrique centrale. La stabilité du Congo signifie la stabilité pour la plus grande partie de l’Afrique».

Depuis, tout le monde se demande comment un pays aussi riche a-t-il une population si pauvre.

Pour autant qu’on joue franc jeu, le problème du Congo est plus ailleurs – précisément à Bruxelles – qu’à Kinshasa. On changera de Constitutions et de Républiques, on changera de Chefs d’Etat et de régimes politiques, mais tant qu’on n’aura pas joué carte sur table avec la vraie Belgique (celle détenant la puissance politique, économique et sociale tutélaire), on n’avancera jamais.

Dans cette logique, à l’instar de ses prédécesseurs L-D. Kabila, Mobutu et Kasa-Vubu, Joseph Kabila n’est pas le problème. De même que ses successeurs.

A moins que, profitant de l’opportunité de sa présence à la tête du pays, les Congolais ne se résolvent à garantir leur avenir en mettant Bruxelles devant ses responsabilités. Cette fois, on n’a nullement besoin d’un débat de clarification limité à une délégation congolaise face à une équipe de médias belges.

On a besoin d’un face-à-face Kinshasa/Bruxelles, et l’Eglise a sa chance de jouer le rôle prépondérant d’exercer sa mission prophétique. Autrement, l’alternance escomptée de la Transition avec ou Sans Kabila, ou des élections ou non à la date prévue dans le calendrier de la Céni consistera à faire tomber la RDCongo de Charybde en Scylla…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

Facebook : Omer Nsongo

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