BALISES. Quoi ? Kinshasa ramper devant Bruxelles ?

 

Quel que soit l’état des relations que deux Etats ou deux Gouvernements peuvent entretenir, il est une règle à laquelle on ne déroge pas en matière de diplomatie : celle d’utiliser des canaux de communication classiques.

Or, Bruxelles a fait le choix libre d’annoncer par voie de presse la suspension de son programme bilatéral de coopération avec Kinshasa, et encore sur une décision assumée par Didier Reynders et Alexandre De Croo, vice-Premiers ministres respectivement des Affaires étrangères et de la Coopération au développement.

Reprenant le 11 janvier le communiqué de presse publié par la partie belge, le site www.radiookapi.net signale que «Cette décision a été prise mercredi 10 janvier lors de leur intervention à huis-clos devant la commission des Relations extérieures de la Chambre pour exposer la politique belge à l’égard de la République démocratique du Congo (RDC)». Et le communiqué poursuit : «En revanche, l’aide humanitaire à la RDC sera augmentée à 25 millions d’euros» et «En parallèle, la Belgique cherchera davantage de coopération avec des organisations non-gouvernementales», entendez des ONG.

Le communiqué du ministère belge des Affaires étrangères ajoute : «Les besoins humanitaires croissants et le changement de la situation politique imposent une révision fondamentale de notre coopération. Concrètement, il a été décidé de mettre fin à une série d’interventions qui devaient être mises en œuvre directement par les autorités congolaises. Cela concerne des interventions pour un montant total de 25 millions d’euros qui n’ont pas encore été signées ou qui ont déjà été temporairement suspendues».

Annonçant son souhait de «renforcer sa solidarité à l’égard de la population congolaise» et d’affecter «pour cette raison, les moyens libérés au profit de l’aide humanitaire et d’autres initiatives répondant aux besoins les plus pressants de la population», Bruxelles signifie que «L’aide humanitaire à la RDC se trouvera de cette manière augmentée à 25 millions d’euros. En parallèle, davantage de coopération avec des organisations non-gouvernementales sera recherchée. Enabel, la nouvelle agence belge de développement, recevra également la mission de soutenir des organisations de la société civile congolaise sur le plan des droits de l’homme et des libertés politiques».

Mais, l’aspect le plus important de la décision belge est dans le paragraphe selon lequel «Un nouveau programme bilatéral de coopération avec les autorités congolaises ne pourra être conclu qu’après l’organisation d’élections crédibles, sur base des principes de bonne gouvernance», que «Les ministres sont convaincus que seules des élections crédibles offrent une issue, sachant que cela fait déjà plus d’un an qu’ont expiré les mandats constitutionnels au Congo» et que «Les mesures prévues dans l’accord de la Saint-Sylvestre de 2016 pour réduire les tensions et ouvrir l’espace démocratique doivent de toute urgence être mises en œuvre».

Le 24 janvier 2018, Kinshasa a réagi officiellement en transmettant son message à Bruxelles.

Il en ressort que les autorités congolaises ont décidé de la cessation des activités de la nouvelle agence de développement belge (Enabel) et de la fermeture, dans un délai à déterminer, de la Maison Schengen en charge de délivrance des visas pour les pays de l’Espace Schengen. «Le ministère des Affaires étrangères et de l’Intégration régionale affirme que la coopération au développement belge n’est ni indispensable aux autorités congolaises ni vitale pour la vaillante et mature population de la RDC et du  reste, n’a pas été demandée par les autorités congolaises. Certains partenaires mieux disant peuvent par contre aligner à vue d’œil des réalisations que tant la population et les autorités congolaises utilisent avec satisfaction», relève-t-on du communiqué du ministère congolais des Affaires étrangères et intégration régionale qui souligne que «Pour la RDC, le besoin est celui d’une coopération basée sur le renforcement des structures de base pour accompagner le décollage économique du pays au potentiel énorme alors que pour la Belgique, une coopération réduite aux interventions humanitaires ponctuelles» et non «la volonté de détermination unilatérale par la partie belge des domaines d’affectation de son apport à la coopération».

Fait important, Kinshasa révèle que «près de 50% de l’enveloppe globale de cette aide sert à la rémunération du personnel expatrié du pays donateur (assistants techniques internationaux)». En termes clairs, sur les 25 millions d’euros que la Belgique préfère orienter vers les ONG congolaises, la moitié profite aux assistants techniques internationaux belges ou agréés par la Belgique tandis que la moitié restante est affectée aux besoins humanitaires.

Dans ce bras de fer, quoi de plus normal que de voir une partie de l’opinion congolaise condamner Kinshasa de sa bravade et déduire, comme le fait un confrère, que «Cette escalade entre l’ex-métropole et son ex-colonie est clairement au désavantage de la RDC» et que «C’est la RDC qui bénéficie plus de la Belgique en termes d’aides diverses et non le contraire».

Au-delà du dossier «Coopération», il y a le dossier «Elections»

Cette histoire de coopération n’est pas sans rappeler l’épisode du «débat de clarification» entretenu sous Mobutu. La délégation congolaise avait démontré en décembre 1988 que chaque franc belge investi dans la coopération en rapportait quatre à la Belgique. D’où la question de Mobutu se savoir «Qui aide qui !». Ceci à l’époque du Mpr Parti-Etat, pendant la 2ème République.

Pendant la Transition 1990-1997, profitant du fameux massacre des étudiants survenus à Lubumbashi en mai 1990, Bruxelles entraîna l’Occident dans la suspension de la coopération structurelle avec comme conséquence l’arrêt net des programmes d’investissements au bénéfice des entreprises comme Gécamines, Onatra, Sncz, Office des routes, Rva, Rvf, Rvm, Regideso, Snel etc.

Elle décida, surtout, d’orienter vers les ONG les fonds prévus dans le cadre de la coopération belge en direction du Zaïre. On a toujours soupçonné ces ONG de tremper dans l’«Opération Retour».

Rien n’exclut dans la décision du 10 janvier 2018 la même pratique.

Il se raconte, en plus, que la Belgique avait réinvesti une bonne partie de ses fonds dans des programmes de formation en Afrique de l’Ouest. D’où la présence, sur le territoire congolais, des Ouest-africains dans le système des Nations Unies en RDCongo (Banque mondiale, Fmi, Pnud, Bit, Unesco, Unicef, Oms etc.), Monusco comprise.

Sous M’Zee Laurent-Désiré Kabila entre 1997 et 2001, la Belgique joua un rôle néfaste au point de faire échouer la Conférence des amis du Congo.

Sous Joseph Kabila, de 2001 à ce jour, la Belgique a commencé par jouer un rôle positif avant de rentrer dans le rôle négatif qui semble lui convenir.

Eviter la survenance de tout vide juridique

Mais, au-delà du dossier «Coopération», il y a le dossier «Elections». L’intérêt de la position de Bruxelles est celui d’annoncer «Un nouveau programme bilatéral de coopération avec les autorités congolaises» qui «ne pourra être conclu qu’après l’organisation d’élections crédibles, sur base des principes de bonne gouvernance».

Didier Reynders et Armand De Croo se disent convaincus que «seules des élections crédibles offrent une issue, sachant que cela fait déjà plus d’un an qu’ont expiré les mandats constitutionnels au Congo» et que «Les mesures prévues dans l’accord de la Saint-Sylvestre de 2016 pour réduire les tensions et ouvrir l’espace démocratique doivent de toute urgence être mises en œuvre».

A ce qu’on sache, les articles 70 pour le Président de la République, 103 pour le Député national, 105 pour le Sénat et 197 pour notamment le Député provincial ont été rédigés de façon à éviter la survenance de tout vide juridique, précisément en leurs alinéas 2 pour les trois premiers et en son alinéa 6 pour le dernier !

Il va sans dire qu’on ne peut pas parler d’expiration du mandat constitutionnel dès lors que la Constitution, elle-même, prévoit des dispositions prorogatives reconnues, du reste, dans l’Accord de la Saint Sylvestre.

Non pour une rencontre de plâtrage…

A dire vrai, le problème de Bruxelles est son refus de reconnaître le tort d’avoir fait parrainer par le gouvernement belge, en juin 2016, de la mise en place de «Rassemblement».

Membre du MR (Mouvement réformateur), Didier Reynders devrait laisser son parti conclure un partenariat avec cette plateforme. Or, le 10 juin 2016, il a officiellement réceptionné le Rapport du conclave de Bruxelles-Genval, créant délibérément une crise diplomatique inutile.

Au fond, lorsqu’on interroge l’Histoire postcoloniale, on réalise que la Belgique a adopté à l’égard du Congo ce modus operandi consistant à donner sa caution à l’avènement de tout changement de régime dans l’ex-colonie au détriment du régime encore en place. Avec comme conséquence, comme relevé dans la chronique du 17 janvier 2018 intitulée «Kabila n’est pas le problème» de présenter finalement Joseph Kasa-Vubu et Patrice-Emery Lumumba en mauvais, Mobutu en mauvais, L-D. Kabila en mauvais et maintenant Joseph Kabila en mauvais. On peut-même ajouter que des Premiers ministres Moïse Tshombe, Léon Kengo, Jean Nguz et autres Etienne Tshisekedi auront été également des mauvais dès qu’ils ont eu maille à partir avec la Belgique à un moment ou à un autre.

Le problème, le seul, est que Bruxelles ne veut pas se défaire de son vieux manteau.

Que faire alors ? C’est une bonne chose d’apprendre maintenant de Didier Reynders qu’une délégation importante belge s’apprête à venir à Kinshasa pour une solution négociée de la crise.

C’est une bonne chose si seulement c’est pour un vrai face-à-face Kinshasa-Bruxelles devant vider une fois pour toutes le contentieux belgo-congolais et non pour une rencontre de plâtrage.

Autrement, comme relevé dans cette chronique, «l’alternance escomptée de la Transition avec ou Sans Kabila, ou des élections ou non à la date prévue dans le calendrier de la Céni consistera à faire tomber la RDCongo de Charybde en Scylla».

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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