EDITORIAL. Le Clc et Cenco, désormais du pareil au même ?

«Willy a mal. Il n’arrive pas à parler. Il a reçu une balle à la jambe à environ 200 mètres de la paroisse Saint-François Xavier de Masina, où il tentait de manifester avec d’autres fidèles catholiques. A l’Hôpital Saint-Joseph de Limete où il a été acheminé, l’équipe médicale est inquiète. Willy risque de perdre sa jambe droite». Le reportage, réalisé le dimanche 25 février 2018, est de Patient Ligodi, correspondant de Rfi.

Pourquoi le rappel ?

Le confrère aurait dû traduire en français les propos de la victime tenus en lingala.  Willy se demandait pourquoi s’est-il rendu à la manifestation alors qu’il était paisiblement chez lui.

Ils sont au fait nombreux, les jeunes à participer plus par curiosité que par conviction à la Marche des Chrétiens. Ils sont, eux, différents de Rossy Tshimanga Mukendi, présenté par Georges Kapiamba comme très actif dans des revendications politiques. Membre du mouvement citoyen Collectif 2016, «L’homme était connu au Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme à Kinshasa, pour notamment avoir assuré le suivi des cas de ses camarades arrêtés précédemment», relève Patient Ligodi.

Rossy avait confiance dans le discours du Clc, de la Cenco et certainement de «Rassop/Limete». Notamment l’application intégrale de l’Accord de la Saint Sylvestre, la tenue des élections le 28 décembre 2018 et la déclaration du Président Joseph Kabila de ne pas se représenter à la prochaine présidentielle…

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Ces trois revendications – ayons le courage et l’honnêteté de l’admettre – n’appellent pas forcement à une manifestation publique.  Voici pourquoi :

-pour avoir assuré la médiation entre signataires et non signataires de l’Accord de la Cité de l’Union africaine, et encore à sa propre demande, la Cenco avait le devoir, au plus tard le 31 décembre 2017, de se prononcer sur l’Accord, cela après avoir cherché à consulter les parties prenantes, les institutions de la République et les institutions d’appui à la démocratie au nombre desquelles, cela va de soi, le Cnsa dont elle est d’ailleurs membre d’office.  A l’issue de cette évaluation, elle se serait fait une idée exacte des actes réalisés, des actes en réalisation et des actes non réalisés.

Or, nous savons tous qu’elle ne l’a pas fait. La Cenco s’est plutôt livrée du 22 au 24 novembre 2017 à une évaluation informelle, et le 2 décembre, une structure inconnue du public s’est emparée de ses deux recommandations principales : l’application stricte de l’Accord de la Saint Sylvestre et la déclaration du Chef de l’Etat de ne pas se succéder à lui-même. Il en a fait un prétexte à des manifestations publiques.

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Que signifie pourtant application stricte de l’Accord ? Dès l’instant où Rassop/Limete a déjà publiquement renoncé aux postes de Premier ministre pour le Gouvernement d’union nationale et de président du Cnsa, il reste d’autres actes à poser, notamment ceux relatifs à la décrispation politique.

A cette étape de lecture, on est en droit de se demander quelle est l’institution formellement désignée par les parties prenantes pour faire le suivi et assurer la mise en exécution de l’Accord. Il s’agit du Cnsa composé de 28 membres, «y compris la Cenco», relève l’Accord au point VI.2.1.

Question : cette revendication nécessite-t-elle vraiment une manifestation publique ? Non ! Ceci de un.

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De deux, la déclaration de la Cenco du 24 novembre contenait un élément décisif : l’acceptation du calendrier électoral publié le 5 novembre par la Céni. Du reste, cette déclaration porte le sous-titre «ALLONS AUX ELECTIONS !».

«Allons aux élections» justifie la dernière position de la Cenco par rapport au processus électoral. Elle a trait à la machine à voter. Dans sa déclaration du 17 février 2018, la Cenco préconise la certification de cet outil par des experts internationaux et nationaux. Président de la Ceni, Corneille Nangaa a répondu positivement !

Peut-on sincèrement croire que cette revendication nécessite une manifestation publique ? Non !

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De trois, «Allons aux élections» signifie concrètement reconnaître la période du 24 juillet au 8 août 2018 prévue dans le calendrier électoral pour le dépôt des candidatures pour la présidentielle, les législatives et les provinciales.

Tout esprit cartésien – l’élite catholique l’est – est censé réaliser que c’est à cette période précise que l’opinion saura si Joseph Kabila sera candidat ou non.

En attendant, le Président de la République le dit et le redit : il va respecter la Constitution (qui ne prévoit pas de troisième mandat) et l’Accord de la Saint Sylvestre (qui «suspend» le référendum). Au demeurant, le 26 janvier 2018, il l’a fait comprendre par un geste significatif aux confrères de Rfi et d’Afp. Il les a renvoyés à ces deux textes.

Peut-on sincèrement croire que cette autre revendication nécessite une manifestation publique ? Non !

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A partir de ces évidences, quoi de plus normal pour tout esprit rationnel que de douter des intentions «démocratiques» du tandem Clc-Cenco, attelage pour le moins étrange puisqu’on voit le laïcat assurer le leadership du clergé, la brebis conduire le berger ! A moins d’un stratagème permettant au clergé d’instrumentaliser le laïcat, le berger instrumentaliser la brebis.

Cela s’appelle chosification.

Ainsi, tous les Willy et tous les Rossy des Marches dites des Chrétiens catholiques ne sont ni plus ni moins que des victimes de la chosification…spirituelle !

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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