EDITORIAL. «Nul ne peut être contraint à prendre part à une manifestation» !

C’est une disposition de la Constitution congolaise. 3ème alinéa de l’article 26 relatif à la liberté de manifestation.

Le libellé complet de cet article est : «La liberté de manifestation est garantie. Toute manifestation sur les voies publiques ou en plein air, impose aux organisateurs d’informer par écrit l’autorité administrative compétente. Nul ne peut être contraint à prendre part à une manifestation.  La loi en fixe les mesures d’application».

Le sujet de la chronique du jour étant justement la journée «ville morte» organisée avec le soutien du Clc le vendredi 9 mars 2018 en mémoire de Rossy Mukendi Tshimanga, activiste du mouvement citoyen «Collectif 2016», et d’Eric Bokolokolo, élève d’une école à Mbandaka – tous les deux ayant perdu la vie lors de la marche des Chrétiens du 25 février dernier – il est indiqué de rappeler cette disposition constitutionnelle certainement ignorée du grand public.

Concrètement, cela veut dire qu’aucune autorité ecclésiale n’a autorité de forcer un paroissien à participer à une manifestation publique !

Ce qui est valable pour le paroissien l’est pour le militant d’un parti ou le membre d’un syndicat. Aucun parti ou regroupement politique, aucun syndicat ne peut obliger son membre de participer à une marche, à un sit-in ou à un meeting…

***

Cela veut concrètement dire que pour la loi, c’est d’abord à ses risques et périls qu’un individu manifeste sur la place publique. D’où l’intérêt légitime pour tout manifestant de s’assurer de la capacité de l’organisateur de la manifestation de s’assumer devant la loi en cas, par exemple, de dérapage qui peut être le fait des forces de l’ordre, mais aussi des manifestants eux-mêmes.

En Suisse, par exemple, l’alinéa 4 de l’article 5 de la loi sur les manifestations sur le domaine public – LMDPu-F3 10 – du 26 juin 2008 entrée en vigueur le 1er novembre 2008 et imposant le principe d’AUTORISATION DE MANIFESTATION – dispose notamment que «Le département s’assure avant la manifestation de la capacité du requérant à remplir sa charge. Le service d’ordre est tenu de collaborer avec la police et de ses conformer à ses injonctions« .

Ainsi, l’organisateur attitré des Marches des Chrétiens, entendez le Clc, est tenu d’avoir un service d’ordre autonome obligé de collaborer avec la Pnc et, surtout, de suivre les instructions de celle-ci.

***

Tel, hélas !, n’est pas le cas en RDCongo à ce jour.

Le Clc – déjà structure informelle – demande à la Police d’encadrer ses manifestations sans même prendre la précaution élémentaire de la tenir informée de l’itinéraire. Il considère que le simple fait de demander aux manifestants de se munir d’une Bible, d’un chapelet et des rameaux suffit pour garantir le caractère pacifique de la Marche.

Pourtant, cela ne suffit pas.

Déjà, quand on a des paroissiens réellement SDF (lisez «Sans Diocèse Fixe») voire carrément «Sans Domicile Fixe», c’est-à-dire ayant le don d’ubiquité puisque se retrouvant tantôt à Saint Omer, tantôt à Saint Die Lema quand ce n’est pas à Saint Nsongo – et encore un dimanche retenu pour une marche –  c’est que leur encadrement spirituel pose problème.

On ne voit pas ce curé ou cet abbé qui répondra au Jugement dernier d’un paroissien sur lequel il n’a aucun contrôle, simplement parce qu’il s’agit d’un paroissien d’emprunt en plus errant, présent à la messe pour autre chose que la communion fraternelle, donc exhibant la Bible, le chapelet et les rameaux pour besoin de la Cause !

Déjà, c’est embarrassant que de voir ou d’entendre des curés ne pas reconnaître des leurs des «paroissiens» au mieux arrêtés, au pire décédés, dans le cadre d’une marche donnée.

Cela est arrivé à Saint Alphonse de Matete, à Kinshasa, lors de la marche du 31 décembre 2017.

Cela est naturellement arrivé à Saint Augustin de Lemba où Rossy Mukendi est mort alors qu’il est paroissien de Saint Benoît à Ngaba. Il se dit qu’il n’a pas apprécié l’initiative de son curé de disperser les paroissiens après la messe du 25 février 2018 alors qu’une marche devait suivre. Ainsi, plus fidèle à son combat politique qu’à son engagement chrétien, il a préféré rejoindre une paroisse où le programme de la marche était retenu.

***

«Nul ne peut être contraint à prendre part à une manifestation», dit la Constitution dont tout le monde réclame le respect strict même sans l’avoir lue. Cela veut dire que lorsqu’on y prend part, on s’assume soi-même avant de réclamer des organisateurs et des autorités de s’assumer.

«Dura lex, sed lex», dirait l’autre.

L’ennui, comme relevé dans la manchette intitulée «Malgré le soutien du Clc : Une « journée morte » hélas bien morte pour Rossy…», est que sans détenir un agrément de l’Etat, le Comité laïc de coordination ne peut même pas ester en justice pour défendre la cause des victimes de ses 3 marches organisées jusque-là. Preuve, si besoin est, qu’aussi longtemps qu’il va demeurer une organisation informelle, il ne traduira devant l’organe de loi aucune autorité politico-administrative, aucun agent de l’ordre.

L’ennui, surtout, est que la Cenco – pourtant détentrice dudit agrément – s’en fait le complice sans, elle aussi, se montrer disposée à saisir l’organe de loi (lire «AMUSONS-NOUS UN PEU !»)

Il paraît que c’est une affaire de dimension mystique…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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