Insécurité à Djugu. L’impératif d’une Conférence sur la paix en Ituri

  • La bonne paix est celle qui se négocie directement entre belligérants, le médiateur – cas du Gouvernement – se limitant à offrir la logistique et à exhorter les parties concernées à vider chacune son sac, donc à laver le linge sale en famille, avant toute cérémonie de réconciliation…

 

Les 24 et 20 mars 2018 se sont tenus à Kinshasa la réunion interinstitutionnelle au Palais de la Nation et celle du conseil des ministres à l’hôtel du Gouvernement avec en priorité, parmi les points inscrits à l’ordre du jour, la question sécuritaire en Ituri. Le gouvernement a d’ailleurs levé l’option d’“organiser une conférence sur la paix en Ituri dans le meilleur délai», après la mission conduite, sur instruction du Président de la République, par le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et Sécurité, Henri Mova Sakanyi. Selon le compte rendu, ce dernier a situé au mois de décembre 2017 «le regain d’insécurité dans cette province avec des tueries de membres des communautés LENDU et HEMA, la mort d’une dizaine d’hommes en uniformes (policiers et militaires), des incendies des villages et des champs ; des pillages de vaches et de récoltes et récupérations des armes par les hors-la loi ». Le conseil des ministres a relevé parmi les conséquences du climat d’insécurité «le déplacement massif des populations en interne et des réfugiés vers l’Ouganda voisin ; la psychose d’insécurité sur l’ensemble du territoire de Djugu dans la ville de Bunia ; une tentative d’exaspération de la tension entre HEMA et LENDU heureusement étouffée par les notables des 2 communautés ; l’intensification de l’intoxication, particulièrement sur les réseaux sociaux et l’effritement subséquent de l’Autorité de l’Etat »…

 

Et de poursuivre que le Vice-Premier ministre Henry Mova Sakanyi «a informé le Conseil de l’incident survenu le jeudi 15 mars 2018 au camp des déplacés de Djugu au Quartier Mudzipela/Ville de Bunia, incident au cours duquel le Commissaire Principal de la PNC Shindano Nicolas a trouvé la mort, après avoir essuyé des coups de pierre à la tête, lors d’une intervention pour le rétablissement de l’ordre».

Aussi, constant que l’insécurité à Djugu s’aggrave jusqu’à toucher tous les secteurs et chefferies du territoire (ils sont au nombre de 11) avec tous les risques d’embrasser «l’Ituri dont le territoire de DJUGU constitue le centre», et réalisant que «ce conflit est le fait de bandes criminelles qui attaquent, tuent, incendient villages et champs et s’attaquent aux soldats et policiers en vue de prendre les armes en leur possession», le Gouvernement est d’avis que «le conflit n’a aucune revendication claire», même s’il sied de noter «une évolution positive de la situation sur le terrain suite au déploiement progressif des forces de défense et de sécurité».

Il prend soin de souligner le fait que «La tension baisse progressivement, notamment dans la ville de BUNIA, bien que la confiance entre les deux communautés ne soit pas encore totalement rétablie». D’où sa décision «d’intensifier les opérations militaires afin d’imposer la paix et rétablir l’ordre public, spécialement en éliminant les coupeurs de route et en reprenant le contrôle du littoral lacustre (Lac Albert) ; de faire affecter des nouveaux Magistrats dans la région et traduire en justice toutes les personnes impliquées, directement ou indirectement, dans les violences ; d’approfondir l’examen des problèmes soulevés par les services de renseignements, les forces de défense et de sécurité, ainsi que les communautés dans leurs rapports et memoranda (concessions foncières, limites administratives, bonne gouvernance, participation politique, etc.».

La conférence sur la paix préconisée accompagne la réactualisation de «la cartographie des déplacés internes et externes afin de les inciter à regagner leurs milieux d’origine», la redynamisation de «la vie de province, notamment en encourageant la cohésion entre les communautés locales» et la poursuite de «la sensibilisation pour la cohabitation pacifique des deux communautés».

Et le communiqué de conclure, s’agissant du ministère de l’Intérieur et Sécurité, que «Contrairement à certains rapports alarmants de quelques acteurs internationaux, il n’a été observé ni surmilitarisation de la région, ni un quelconque conflit entre différentes technostructures sécuritaires opérant dans l’Ituri».

Il convient de rappeler que la mission conduite par le Vice-Premier ministre Henry Mova Sakanyi comprenait le ministre de la Défense et Anciens Combattants Crispin Atama Tabe et le conseiller spécial du Chef de l’Etat en matière de sécurité Jean Mbuyu Luyongola.

Ceci pour la 9ème réunion du conseil des ministres tenue le 20 mars.

Quatre jours après, cette fois-ci au Palais de la Nation, le Chef de l’Etat a animé la réunion interinstitutionnelle auxquels ont pris par les Présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, le Vice-Premier ministre et ministre des Transports et Communications, (assumant l’intérim du Premier ministre), le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et Sécurité, le Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, les ministres de la Défense nationale, de la Justice et Garde des Sceaux ainsi que des Finances, le président de la Cour constitutionnelle, le Procureur général de la République, le Premier président de la Cour suprême de justice, le président de la Haute cour militaire,  le Procureur général de la République, les présidents de la Céni et du Cnsa ainsi que le Directeur de cabinet du Président de la République.

Dans son briefing, Henry Mova Sakanyi a déploré des «échauffourées constatées ça et là avec des accrochages entre les forces loyalistes et des groupes armés», allusion faite notamment à l’Ituri.

Cocktail Molotov

Pourquoi une Conférence sur la paix en Ituri après la Conférence sur la paix au Grand Kasaï précédant, elle-même, la Conférence sur la paix au Nord Kivu et au Sud Kivu ?

La tentative de réponse est qu’il s’agit d’une initiative dictée par les enjeux sécuritaires dans chacune des provinces.

Autant dire d’emblée qu’une paix, mieux la bonne paix ne s’impose d’en haut à des communautés belligérantes par le fait du prince. Tôt ou tard, l’imposition finit par susciter le dépit dans le chef de l’une ou de l’autre partie s’estimant d’une manière ou d’une autre lésée.

Comme dans toute structure humaine (couple, famille, corporation professionnelle, communauté religieuse etc., syndicat, Asbl), la bonne paix est celle qui se négocie directement entre belligérants. Le rôle du médiateur pouvant être un individu ou une institution se limite à offrir le cadre et les moyens, mais surtout à exhorter les parties concernées à vider chacune son sac.

La crise iturienne ne fait pas exception. Après tout, laisse-t-on entendre, elle a des racines à la fois culturelles et cultuelles.

La Belgique, croit-on savoir, l’avait entretenue à dessein dans la politique de «diviser pour mieux régner». Elle avait suscité l’état de belligérance permanent entre communautés locales, exactement comme elle l’avait fait en Province Orientale, au Kivu, au Katanga, au Kasaï, à l’Equateur et à Léopoldville, entendez dans les six provinces pré-indépendance. Elle avait délibérément créé des situations de domination des communautés réticentes par des communautés obéissantes.

Les premiers signaux postindépendance s’étaient manifestés sous la 1ère République, entre 1960 et 1965, avec la création des «Républiquettes». Elles furent au nombre de 44, reflétant des grands groupes ethniques.

Si la 2ème République est parvenue à les discipliner en quelque sorte, c’est grâce moins à la poigne du régime Mobutu qu’aux exigences de la Guerre froide.

L’avènement de la Perestroïka en 1989 va sonner le glas de la «stabilisation» entretenue de 1965 à 1990.

Aussi, sous la première phase de la Transition (1990-1997), les démons de la discrimination s’étaient réveillés, si bien que la solution idoine à Sun City a été la création des nouvelles provinces. Celles finalement mises en place en 2015.

On se rend malheureusement compte que, tapis dans l’ombre, les tireurs des ficelles inspirent des affrontements intercommunautaires face auxquels tout Gouvernement responsable doit agir et réagir méthodiquement, au risque de mettre de l’huile sur le feu. Cette action ou réaction, c’est naturellement l’initiative de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement surtout dans les provinces inflammables regorgeant, hélas !, d’énormes richesses du sol et du sous-sol. Cas de l’Ituri «assis» sur l’or et le coltan certes, mais surtout le pétrole et l’uranium, en plus du bois…

Or, à près de 80 %,  estime un confrère, la jeunesse de l’Ituri a flirté avec l’arme de guerre. Dès lors que les ingrédients de la confrontation sont réunis (conflits interethniques et intertribaux, manipulations politiques etc.), l’implosion ou l’explosion peut survenir n’importe où et n’importe quand.

La prévention, à ce moment-là, est la conférence provinciale comme celle préconisée par le Gouvernement. Combattre pareille initiative au motif simpliste de comparaison avec des conférences organisées dans d’autres coins de la République alors que les causes fondamentales ne sont pas les mêmes revient à jouer le jeu de l’ennemi.

Parole alors de sagesse : il ne sert à rien de rejeter aujourd’hui la formule censée vous rattraper demain…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s