Territoriale. Ituri, la pionnière des nouvelles provinces !

 

  • Aujourd’hui, province, quelle vocation l’Ituri se découvre-t-elle pour que ses communautés soient induites en erreur par certains leaders obéissant à des agendas cachés ?

 

  • Heureusement que d’autres leaders, comme John Tibasima, Médard Autsaï etc. sont là pour préserver l’unité et la cohésion nationales…

  

Lorsqu’en novembre 2011 – alors en campagne électorale – le candidat Joseph Kabila exhorte à partir de Bunia les ressortissants d’Ituri à manifester par des actes et non par la parole leur revendication principale de s’ériger en province, il voit et vise juste. Car, sept ans après, Bunia est en voie de relever le défi de la modernisation en tant que chef-lieu de l’Ituri, province dont la superficie est de 65.658 km² (plus de deux fois la Belgique), pour une population de plus de 366 126, selon les données démographiques de 2012. Bunia se modernise effectivement avec des constructions immobilières (bâtiments publics, résidences privées, complexes hôteliers etc.) et une voirie urbaine dignes d’une capitale provinciale. Bunia, c’est aussi le négoce de l’or, du coltan etc., de même que des produits manufacturés en provenance des contrées congolaises et étrangères voisines. C’est par là que passent, pour l’automobile, le fameux «ketch» qui envahit presque tous les coins et recoins du pays…   

 

Il faut bien le reconnaître : l’Ituri a marqué l’histoire nationale non seulement en raison du déploiement le 12 juin 2003 de l’«Opération Artémis» – la première du genre montée par l’Union européenne en dehors du vieux continent – mais aussi et surtout de la mise en application des articles 2 et 226 de la Constitution relatifs à la création des nouvelles provinces.

Ce district avait même choisi une date butoir à cet effet : 15 mai 2010.

Normal : en ses alinéas 1 et 2, l’article 2 dispose que «La République Démocratique du Congo est composée de la ville de Kinshasa et  de 25 provinces dotées de la personnalité juridique» et «Ces provinces sont : Bas-Uele, Equateur, Haut-Lomami, Haut-Katanga, HautUele, Ituri, Kasaï, Kasaï Oriental, Kongo central, Kwango, Kwilu, Lomami, Lualaba, Kasaï Central,   Mai-Ndombe, Maniema, Mongala, Nord-Kivu, NordUbangi, Sankuru, Sud-Kivu, Sud-Ubangi, Tanganyika, Tshopo, Tshuapa ».

Seulement voilà : avant sa révision en janvier 2011, la Constitution prévoyait l’érection des nouvelles provinces endéans trois ans après sa promulgation intervenue le 18 février 2006. D’où, pour la nécessité de l’adapter au contexte du moment, l’amendement de l’article 226 prévoyant une loi de programmation déterminant «les modalités d’installation de nouvelles provinces citées à l’article 2 de la présente Constitution».

Cet article conclut : «En attendant, la République Démocratique du Congo est composée de la Ville de Kinshasa et de dix provinces suivantes dotées de la personnalité juridique : Bandundu, Bas-Congo, Equateur, Kasaï Occidental, Kasaï Oriental, Katanga, Maniema, Nord-Kivu, Province Orientale et Sud-Kivu».

Ainsi on sauva le pays le pays d’une déflagration potentielle.

L’Ituri est, de ce fait, la province pionnière en matière du nouveau découpage territorial.

Ils ont récolté une moisson abondante

Paradoxalement, elle est en train de replonger dans les actes ayant justifié quinze ans plus tôt le déploiement de l’Opération Artémis, au motif  «d’empêcher une catastrophe humanitaire en Ituri, région nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), déchirée par de violents combats opposant les ethnies Hema et Lendu».

En effet, ces temps derniers – pour ne prendre que le mois de mars 2018 – c’est au rythme des tueries, des enlèvements, des pillages qu’aura «fonctionné» l’Ituri, précisément le territoire de Djugu.

A preuve, cette sélection des titres des médias rien que pour la semaine du 11 au 18 mars : «Ituri : six otages s’échappent des mains de leurs kidnappeurs» (18 mars), «Ituri: les chefs coutumiers de Djugu s’inquiètent de la présence des assaillants près de certains villages» et «Ituri : Henri Mova affirme avoir « arrêté les massacres à Djugu et rétabli l’autorité de l’Etat» et «Plus de 57.000 Congolais se sont réfugiés en Ouganda depuis le début de l’année (HCR)» (17 mars), «Bunia : un officier de police tué lors d’une intervention au camp des déplacés de Djugu» et  «Djugu : au moins 13 corps en décomposition découverts dans trois collectivités» (15 mars), «John Tibasima : ‘La situation qui se passe à Djugu, c’est un drame humain’» et «Tueries en Ituri : les députés originaires de Djugu vont boycotter l’ouverture de la session de mars» (14 mars), «RDC: nouvelles tueries à Djugu, 41 morts» (13 mars), «Djugu : des députés nationaux déplorent la poursuite des tueries» (11 mars) etc.

Quoi de plus normal que ce soit par l’Ituri, aussitôt nommés l’un au poste de Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et l’autre à celui de Conseiller spécial du Chef de l’Etat en matière de sécurité, que Henry Mova Sakanyi et Jean Mbuyu Luyongola aient entrepris, sur instruction du Président Joseph Kabila, leur première mission de service au terme de laquelle, cela va de soi, ils ont récolté la moisson abondante ayant justifié l’initiative de la Conférence sur la paix prise par le Gouvernement lors du conseil des ministres du 20 mars 2018.

Le 24 mars 2018, il s’est tenu au Palais de la Nation, sous la présidence du Chef de l’Etat, une réunion interinstitutionnelle consacrée notamment à la situation sécuritaire. Les participants se sont appesantis sur le dossier « Ituri ».

Le lundi 26 mars 2018, le Président de la République a réuni le Conseil supérieur de la défense, cette fois à la Cité de l’Union africaine. Dans son compte-rendu, le ministre de la Défense et des Anciens Combattants Crispin Atama Tabe, a fait état du rapport de mission dressé par le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur Henry Mova Sakanyi. «Après débats et délibérations, le Conseil supérieur de la défense a instruit l’armée et la police de rétablir l’ordre public et de consolider la paix, notamment en ouvrant toutes les routes et en reprenant le contrôle du littoral du lac Albert», relève l’Acp qui note qu’«En outre, la justice militaire devra identifier et poursuivre tous ceux qui, directement et indirectement, seront reconnus comme coupables de toutes les violences enregistrées ». En plus, «Le conseil a également décidé la mise sur pied d’une commission spéciale chargée d’examiner les problèmes posés par les différentes forces sociales et dans leurs rapports et memoranda », tout en se prononçant aussi « pour une présence plus active du gouvernement central en Ituri afin d’aider notamment au retour des populations dans leurs milieux d’origine » et qu’il «a été décidé le recrutement et la formation des unités supplémentaires de la Police nationale congolaise».

Mieux régner dans la prédation

Il est évident que l’Ituri a un sérieux problème. Le même que celui auquel font face bien des provinces de l’Est, de l’ex-Katanga à l’ex-Province Orientale en passant par l’ex-Kivu.

Ses ressources naturelles comprennent certes le manioc, le haricot, l’igname, la patate douce, le sorgho, l’ail, la banane, le soja, le chou etc. Sa savane herbeuse est propice à l’élevage des bovins, des  porcins et des ovins. D’ailleurs, on mange véritablement BIO dans cette partie du pays.

Mais, hélas !, l’Ituri, connu jusque-là terre aurifère, regorge en plus du fameux coltan, du non moins fameux uranium et du trop fameux pétrole !

Du point de vue de la rationalité, il y a de quoi réunifier la population pour une exploitation qui puisse procurer à la communauté des dividendes en termes de développement intégré, de progrès social.

Malheureusement, c’est le point de vue de l’irrationalité qui semble y prévaloir. En effet, pendant que dans d’autres provinces, dotées de mêmes ressources, la population locale est au boulot sous l’impulsion du leadership local convaincu de gagner le combat du développement en misant sur l’intégrité du territoire national, en Ituri il s’avère que certains chefs des guerres étrangers et congolais coalisent plutôt pour entretenir des conflits interethniques, intertribaux, voire interfamiliaux pour diviser et, cela va de soi, mieux régner, régner hélas ! dans la prédation.

C’est ici vrai le problème. Celui qui nécessite et justifie absolument la tenue de la Conférence sur la paix.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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