SPECIAL GRAND NORD. ÉDITORIAL. Retransmission en direct des plénières : le temps d’arrêt…

Depuis la Conférence nationale souveraine (Cns) en 1991-1992, une tradition s’est installée confortablement au pays : la retransmission en direct à la radio et à la télévision nationales des plénières du Parlement (Assemblée nationale et Sénat). Chaque député national, chaque sénateur se dispute un espace de temps sur ce qui est devenu une superproduction hollywodienne suivie par sa base électorale.

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Pendant la Cns, la ville de Kinshasa se vidait, et le travail s’arrêtait à défaut de se suspendre,  simplement parce que la population voulait suivre chaque instant du débat dont l’objectif premier était non pas de procéder à la relecture de l’Histoire du pays pour aboutir à la réconciliation nationale, mais à descendre en flammes l’adversaire politique.

Aussi, des debaters de la trempe de Frédéric Kibassa Maliba  (sa vidéo accompagne l’annonce des manifestations commémoratives de son décès en avril 2003 en ce mois d’avril 2018), Moreno Kinkela Vikansy et autres Dr Kabamba Mbwembwe faisaient trembler le Pouvoir Mobutu, obligé de se souvenir des séances similaires qui avaient abouti une décennie plus tôt à la création de l’Udps. C’était avec les fameuses interpellations des années 1977 lorsque des têtes galonnées comme le général Molongya Mayikwisa, tout-puissant président-délégué-général d’Air-Zaïre, perdaient l’usage de la langue devant la fougue des commissaires du peuple qui finiront pas signer la célèbre Lettre des 13 Parlementaires le 1er novembre 1980 ouvrant la voie à la création de l’Udps en 1982.

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Lorsqu’en décembre 2006, en tant que Pprd, Vital Kamerhe accède au perchoir (présidence de l’Assemblée nationale) à la suite des élections législatives du 30 juillet remportées par sa famille politique (Alliance pour la Majorité Présidentielle), il va réactiver la retransmission en direct sur la Rtnc, et le pays sera replongé dans le vedettariat, la starisation !

Aussi, tout deviendra spectacle.  Question orale ou écrite avec ou sans débat non suivie de vote ? Retransmission radiodiffusée et télévisée en direct (RRTD). Question d’actualité ? RRTD. Interpellation ? RRTD. Commission d’enquête après rapport ? RRTD. A peine en échappera l’audition par Commissions.

Bref, les moyens d’information et de contrôle de l’Assemblée nationale ou du Sénat sur le Gouvernement, les entreprises publiques, les établissements et les services publics prévus à l’article 138 de la Constitution justifient à ce jour la RRTD !

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Lors des Concertations nationales en 2013, un député national, dont nous taisons le nom par courtoisie,  s’est même vanté d’embrasser son collègue avec l’expression « suki pembe na Palais du Peuple« .

Évidemment, arrivé dans ce bâtiment à la faveur de la Cns en 1991, il y fait carrière en s’adaptant à chaque changement de régime  (Mobutu sous la 1ère phase de la Transition, L-D. Kabila sous la 2ème phase de la Transition (malgré l’intermède de Lubumbashi) et Joseph Kabila avant, pendant et après1+4.

Il ne rate aucune une plénière retransmise en direct pour profiter des résolutions, des recommandations, des motions etc., son obsession étant de prendre la parole destinée essentiellement à son électorat.

On en vient alors à se demander si sa préoccupation essentielle n’est pas juste d’apparaître !

Dans ce contexte, quoi de plus normal que tout sujet – surtout quand il est sensible comme c’est le cas avec celui de la sécurité dans le Grand Nord – serve de prétexte à la «superproduction».

Conséquence : dans leur lettre ouverte au Président de la République, 13 Députés Nande stigmatisent le «Le rejet de la motion de défiance au cours de la plénière du 18 avril 2018» et estiment que «Le secteur de la défense et de la sécurité, dans ce qu’il a de redevable devant le Parlement, ne doit pas continuer à rester en marge du contrôle parlementaire» !

Si réellement l’objectif premier était l’accès aux informations à la source, n’est-ce pas que la voie indiquée était l’initiative d’une Commission d’enquête à défaut de l’audition du ministre de la Défense par une Commission, l’une et l’autre faisant partie des moyens de contrôle du gouvernement prévus à l’article 138 de la Constitution ?

Si l’alternance politique à laquelle on aspire va consister, pour l’Opposition actuelle devenue Pouvoir, à traiter des questions sécuritaires sur la place publique, alors il est temps de la concevoir autrement. Parce que c’est la preuve que l’Opposition est prête peut-être pour tout, sauf pour la gestion de la Res Publica…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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