Sécurité au Nord Kivu. Appel des Fardc aux jeunes : encore 10 jours !

  • Ni les acteurs politiques, ni les activistes de la Société civile – dont les mouvements dits pro-démocratie comme Lucha – ne relaient pourtant le message de l’armée…

 

Sous le titre «Nord-Kivu : l’armée recrute des jeunes de moins de 25 ans», www.radiookapi.net fait état de l’opération de recrutement des nouvelles unités lancée par le 27 avril 2018 par les Fardc, et cela pour une durée de 25 jours. «Il suffit que le postulant soit de la nationalité congolaise, âgé de dix-huit ans au moins et vingt-cinq ans tout au plus. Avoir un niveau de sixième primaire, avoir reçu son certificat des études primaires jusqu’au niveau de la troisième année secondaire», a précisé le colonel Faustin Ndakala, directeur chargé de l’Information, Sélection et Orientation à la 34ème région militaire. «Toutes les ethnies du Nord-Kivu doivent être représentées au sein de l’armée. Nous aimerions que ça soit des enfants qui ont une morale saine, et que, juste après leur formation, que notre armée puise dire oui que le pays soit dotée d’une armée moderne, disciplinée et républicaine», a-t-il fait valoir…

 

Une quinzaine de jours après, le constat à faire est celui du silence plat aussi bien du côté des acteurs politiques que des activistes de la Société civile. Ou plutôt s’il y a du bruit, c’est à la limite de la diversion étant donné que tout, ces temps derniers, est soit «lettre ouverte», soit «plan de création de deux provinces», soit «communiqué» ou «déclaration» en rapport avec tel cas d’insécurité ou tel autre cas similaire. D’ailleurs, avant et pendant le séjour kinois de Fatou Bensouda, procureure de la Cpi, une médiatisation forte d’alerte sur les violations imputées à l’appareil sécuritaire (Armée, Police et Renseignements généraux) a été actionnée.

Pourtant, c’est en raison de la persistance cette insécurité que l’appel à recrutement lancé par les Fardc mérite le soutien de la population et des leaders du Nord-Kivu, principalement ceux du Grand-Nord actuellement en proie à des menées relevant carrément du terrorisme.

L’enjeu électoral désormais mis à contribution

Dans ce contexte, aucun esprit avisé ne peut comprendre que la population ou son leadership puisse tout ignorer des groupes armés étrangers ou nationaux qui tuent et pillent presqu’au quotidien des civils dans leurs maisons, marchés, églises ou champs sans être identifiés par les groupes dits d' »auto-défense ».

Il est déjà anormal que des groupes d’auto-défense – dont l’existence est en elle-même une négation de la Constitution dès lors qu’aux termes de l’article 190, il est clairement décrété que «Nul ne peut, sous peine de haute trahison, organiser des formations militaires, para-militaires ou des milices privées, ni entretenir une jeunesse armée» – ait autant de facilités à recruter des jeunes dans leurs communautés ethno-tribales, et cela avec la caution des parents bien identifiés, pendant que les mêmes parents, incités par des leaders d’opinion, réclament de l’Autorité établie protection confiée à la Police (articles 182 à 186) et à l’Armée (articles 187 à 191).

Il est bon de le rappeler : la Constitution impose à son article 63 à tout Congolais «le droit et le devoir sacré de défendre le pays et son intégrité territoriale face à une menace ou à une agression extérieure», ceci à l’alinéa 1, tandis qu’alinéa 3, elle signifie que «Toute autorité nationale, provinciale, locale et coutumière a le devoir de sauvegarder l’unité de la République et l’intégrité de son territoire, sous peine de haute trahison».

Il est vrai que selon l’alinéa 3 de l’article 91, «La défense, la sécurité et les affaires étrangères sont des domaines de collaboration entre le Président de la République et le Gouvernement» et que selon l’alinéa 4, «Le Gouvernement dispose de l’administration publique, des Forces armées, de la Police nationale et des services de sécurité».

Il y a là une coresponsabilité «Autorité-Population» dans la sécurisation de l’espace national.

A ce moment précis, l’ennui est que l’enjeu électoral est mis à contribution.

Lorsque, par exemple, un candidat à la présidentielle, en l’occurrence Moïse Katumbi, en séjour récemment à Kigali, proclame sa capacité de restaurer la paix dans l’hinterland kivutien en l’espace de trois mois une fois et, lorsqu’en plus, il compte parmi ses fervents soutiens un certain Antipas Mbusa, cité par un panel de l’Onu parmi les « communautaires » du M23 en étant lui-même ex-chef rebelle, forte est la tentation de soupçonner une collusion pour dissuader les jeunes kivutiens de rejoindre les Fardc !

La démocratie est essentiellement tributaire de la sécurité

Censées ne connaître grand-chose des groupes armés rebelles et groupes d’auto-défense, surtout lorsque ces derniers se mêlent dans la population, les Fardc sont comme prises en tenailles par deux « belligérants ». Et en plus, avec le passage de la guerre typique à la guerre atypique s’accroissent les risques de confusion et de collision entre forces loyalistes et forces insurrectionnelles.

Le cas n’est pas propre à la RDCongo. En Afghanistan, en Irak ou en Syrie, des groupes similaires  (Talibans, Ei etc.) rendent extrêmement difficile l’action militaire de la coalition américano-européenne, pourtant suréquipée à tous les plans, comparée aux Fardc. Elle a des ressources quasiment illimitées en hommes, en logistique et en argent. Sur le terrain, toutefois, l’équilibre des forces n’est pas en sa faveur.

Si, pour combattre les hors-la-loi, les armées occidentales misent de plus en plus sur l’apport des « tribus » afghanes, irakiennes et syriennes, ce n’est pas parce qu’elles ethno-tribalisent la guerre. Loin de là ! Elles ont fini par admettre qu’il s’agit d’un atout à mettre absolument à profit. Car c’est la population civile, première et principale victime, qui sait identifier l’ennemi des forces gouvernementales susceptible d’être, hélas !,  un parent direct ou indirect.

Par voie de conséquence, l’appel des Fardc est la solution idoine pour ramener la paix pérenne dans les zones où règne l’insécurité.

Dans cette logique, on aurait bien souhaité voir notamment des jeunes comme ceux de «Lucha», très portés sur la critique politique, se mobiliser dans l’action militaire. Après tout, les recrues visées sont de leur génération. Dans la foulée, on aurait aussi souhaité voir les forces institutionnelles et non institutionnelles provinciales (députés, gouvernements, confessions religieuses, médias, ONGDH) relayer l’appel de l’armée.

Après tout, on semble souvent l’oublier, la démocratie est essentiellement tributaire de la sécurité.

Ce n’est pas pour rien que l’Occident, par exemple, s’est doté de l’Otan (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) pour la coalition américano-européenne, tout comme l’Union européenne s’est dotée de  l’Osce (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), quand bien même celle-ci est ouverte à d’autres pays. L’essentiel, pour l’Europe, est sa propre sécurité.

C’est la raison pour laquelle la question sécuritaire ne se discute jamais dans un débat démocratique ouvert au public, comme l’exigent certaines forces politiques et sociales du Nord-Kivu.

Il est à espérer de la dizaine de jours restante que ces forces vont encourager la jeunesse de répondre à l’appel des Fardc, appel insistant au demeurant sur la présence de toutes les ethnies locales.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

Facebook : Omer Nsongo

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