21 ans après : 17 mai vu de Bunia, l’autre enjeu du Congo !

  • Que serait devenu le Congo si L-D. Kabila s’était arrêté à Kisangani comme l’exigeaient ses «partenaires» ? Le pays aurait certainement volé en éclats…

 

  • Comme pour le punir d’avoir «nationalisé» la guerre en l’étendant à l’Ouest, ses «partenaires» vont lui flanquer le massacre des réfugiés hutu rwandais pour lequel, Dieu merci, Yoweri Museveni le dédouanera en déclarant pour l’étape de Kisangani : «Ce n’était pas Kabila qui combattait. C’était des Rwandais qui faisaient la guerre. Kabila n’avait toujours pas de troupes à lui…»…

 

Fait du hasard ou pas : produite par les éditions «Van-Bolombo» et intitulée «Les Héritiers de l’Afrique Noire», une vidéo achetée le 16 mai 2018 à Bunia éclaire une page noire de la guerre de l’Afdl, celle des réfugiés hutu du Rwanda, les intervenants étant entre autres Kabila (Mzee), Museveni, Kagame, Yerodia, Kengo, Ngbanda, Kabarebe, Muyumba, Simpson, Mwenze Kongolo, Bizima, Boutros Boutros Ghali, Bugera etc. L’intérêt de la vidéo est le rôle joué par la ville de Bunia dans la guerre de libération, rôle généralement minimisé pour ne pas dire banalisé. La vidéo montre par des flèches différents parcours des troupes de l’Afdl parties du Sud-Kivu pour atteindre l’Ituri en passant par le Nord-Kivu. Au fait, elle révèle comment la remontée s’était faite au travers des provinces et des districts frontaliers de l’Est. Pour information, l’Ituri, dont Bunia est le chef-lieu, partage la même frontière avec l’Ouganda et le Soudan du Sud…

 

Ainsi, à partir de Bunia, la guerre cesse d’être une affaire à proprement parler de l’Est pour devenir celle de l’ensemble du pays, via Kisangani. Car Kisangani est joignable de Bunia par route en une journée.

Erigée en forteresse militaire pour contrer les troupes de l’Afdl, cette – qui ne devrait jamais tomber selon le Premier ministre Léon Kengo – tomba tout de même le 15 mars 1997. Deux mois plus tard, précisément le 17 mai 1997, c’était le tour de Kinshasa, le maréchal Mobutu ayant quitté la capitale la veille pour Gbadolite et, peu après, pour le Maroc en passant par Lomé, au Togo.

Premier à intervenir dans la vidéo : Mzee Laurent-Désiré Kabila. Il décrit le Zaïre en ces termes : «D’abord, nous sommes le centre de l’Afrique, le cœur de l’Afrique. Nous faisons le lien entre le Sud et le Nord, l’Est et l’Ouest. C’est une position on ne peut plus stratégique, une position capitale en Afrique. Car la libération du Zaïre représente la possibilité pour tous les pays d’Afrique de pouvoir enfin se développer. Vous savez, ce pays a toujours été un frein au développement de la région, une sorte de base arrière à partir de laquelle il est possible de déstabiliser tous les pays de la région».

Mais, la partie intéressante de la vidéo est celle du massacre des réfugiés rwandais hutu partis des camps de Mugunga, au Nord-Kivu, pour remonter vers la Province Orientale (Haut-Zaïre) et, de là, descendre vers Kinshasa pour les uns, Brazzaville pour les autres.

La Révolution ou la Libération va énormément souffrir de cet épisode en raison des accusations portées directement contre Laurent-Désiré Kabila d’être à l’origine de ce massacre, au point de priver le Congo des dividendes escomptés notamment à la Conférence des Amis du Congo tenue successivement à Paris et à Bruxelles en 1997.

On se souviendra qu’au moment où le pays, sorti exsangue des 37 ans d’incurie dans la gouvernance institutionnelle, espérait obtenir des contributions s’évaluant en milliards de dollars Us pour sa reconstruction, les Amis du Congo ne se mirent d’accord que pour 150 petits millions de USD, l’aide étant conditionnée par l’enquête internationale sur le massacre des réfugiés hutu.

Pis, la guerre du 2 août 1998 – qui installe le pays dans un état permanent de conflit – a ses origines véritables dans ce massacre, même si Bugera y soutient qu’en aucun cas l’Afdl ait décidé de le perpétrer.

Révélation importante dans cette vidéo : Museveni dédouane Laurent-Désiré Kabila. « Ce n’était pas Kabila qui combattait. C’était des Rwandais qui faisaient la guerre. Kabila n’avait toujours pas de troupes à lui, il ne faisait rien pour en avoir», y dit-il.

Puisque tel est le cas, on est en droit de se demander quelles étaient les troupes impliquées, pour autant que massacre il y ait eu.

Laurent-Désiré Kabila n’ayant pas de troupes autonomes, pas plus que son fils Joseph Kabila, la déduction rationnelle se devine : Museveni connaît les auteurs du crime.

Berlin I et Berlin II

On peut, à partir de cet instant, supposer que la Révolution ou la Libération survenue le 17 mai 1997 avait été piégée en pleine guerre. Et là encore, c’est Museveni qui révèle la vérité lorsqu’il évoque le cessez-le-feu espéré à l’étape de Kisangani. « Pourtant, un cessez-le-feu autour de Kisangani pouvait être une bonne chose pour Kabila. Ça lui aurait donné le temps de se constituer une armée. Le fait qu’il veuille foncer comme ça même sur Kinshasa prouve que construire sa propre force ne l’intéressait pas», déclare-t-il, soupçonnant Mzee de ce qui l’intéressait le plus : la prise du pouvoir à Kinshasa.

Dans cette hypothèse, le piège doit avoir été tissé lorsque, pendant rébellion, Laurent-Désiré Kabila va commencer quasiment à « nationaliser » la guerre qui, dans l’entendement de ses alliés de circonstance,  devrait s’arrêter aux portes de Bunia, sinon à celles de Kisangani.

21 ans après, figurons-nous seulement que Mzee ait respecté la consigne de s’arrêter à Bunia ou, à la limite, à Kisangani ! Que serait-il advenu du pays ?

Probablement que la fameuse «République de l’Est» aurait vu le jour, car on se serait engagé dans des négociations qui se seraient enlisées sur le modèle chypriote ou palestino-israélien avec des territoires séparés. La «République de l’Ouest» se serait créée elle aussi. En réalité, c’est tout le pays qui aurait volé en éclats. Simplement parce que le fameux Plan dit « Pentagone », révélé en 1996 et préconisant la balkanisation du Zaïre en vue de rattacher certaines provinces frontalières de l’Est avec certains États voisins (Ouganda, Rwanda et Burundi principalement) – question de rendre ces derniers viables et fiables selon les considérations occidentales – se serait exécuté.

Conséquence dramatique : la date du 17 mai 1997 aurait rejoint dans l’Histoire celles, par exemple,  du 23 mai et du 7 octobre 1949 créant la République fédérale d’Allemagne (RFA) et la République démocratique d’Allemagne (RDA). Ou la date du 20 juillet 1954 consacrant la partition du Vietnam avec l’instauration de la République démocratique du Vietnam (Nord) et la République du Vietnam (Sud). Ou encore les dates du 15 août et du 9 septembre 1948 consacrant, elles, la partition de la Corée avec d’un côté la République de Corée et, de l’autre, la République populaire de Corée.

Probablement, au travers de la naissance de la «République de l’Est» et de la «République de l’Ouest», les rivalités occidentales, plus précisément franco-américaines, se seraient réglées avec la «franconisation» de la partie occidentale au nom du droit de préemption acquis de la Belgique à Berlin I en 1885 et l’américanisation de la partie orientale au nom du nouvel ordre pour l’Afrique escompté de Berlin II.

21 ans après, on a bien l’impression que les mêmes forces qui avaient autrefois piégé la Révolution ou la Libération de l’Afdl ont trouvé chaussure à leurs pieds, cette fois pour piéger les élections.

Lorsque Joseph Kabila attire l’attention de la Mp sur les risques de balkanisation, il sait de quoi il parle.

De Bunia – l’autre enjeu du pays – suivez simplement mon regard…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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