« Tripartite de Paris » : la réaction de Kinshasa paie !

  • S’il ne s’agit que de son mandat, Joseph Kabila respecte la Constitution, l’Accord et le calendrier électoral…

 

  • On ne peut pas en dire autant de l’Opposition radicale et de la Cenco ! Par voie de conséquence, le « message » de l’Élysée concerne moins le Chef de l’État que l’ex-Rassop/Limete et les Évêques impliqués dans l’Accord « béni » mais boudé par la Cenco du fait de son refus de siéger au sein du Cnsa…

 

Le 24 mai 2018 pour Paul Kagame, président en exercice de l’Union africaine, et le 28 même mois pour Joao Lourencos, président en exercice de la Sadc : l’Elysée s’est découvert la vocation d’aborder la crise congolaise née, selon la formule consacrée, de la non-tenue des élections dans les délais constitutionnels comme si bien avant 2016 tout allait bien ! Ainsi, en l’espace de quatre jours, Paris a pris position en s’appuyant sur deux voisins importants de la RDC, le Rwanda à l’Est, l’Angola à l’Ouest.  Avec cette différence notable que le premier entretient délibérément l’insécurité à l’Est du Congo pendant que la seconde fait le contraire à l’Ouest. Petit rappel historique pour ceux qui oublient vite l’Histoire ou ne le savent pas : en 1996-1997, Kigali et Luanda avaient mutualisé leurs efforts pour chasser Mobutu du Pouvoir. Tandis qu’en 1998, Luanda avait empêché le Rwanda (par le Rcd interposé) de provoquer la chute du régime Laurent-Désiré Kabila. Depuis, les relations n’ont jamais été au beau fixe entre Kinshasa et Kigali pendant qu’elles le sont entre Kinshasa et Luanda, n’en déplaise aux forces obscurantistes déterminées à les perturber…

 

Qu’est-ce qu’alors le Président de l’Angola a dit à Paris qui ne soit connu du Président Joseph Kabila ?

Dans sa dépêche du 28 mai 2018 intitulée «France: le président angolais João Lourenço rencontre Emmanuel Macron», «Rfi» rapporte ses propos suivants : «La RDC est un grand pays de près de 100 millions d’habitants, qui fait frontière avec neuf pays africains. Ceci pour dire qu’aucun d’entre nous ne veut voir l’instabilité en RDC (…) On n’a pas la prétention d’intervenir dans les affaires internes d’un pays, nous conseillons seulement, nous montrons le bon chemin, le respect des accords qui disent qu’il doit y avoir les élections et aussi que l’actuel président ne doit pas postuler, le pouvoir politique doit libérer les prisonniers politiques, pour créer un environnement favorable à la tenue des élections. Parce que la question ici ce n’est pas seulement les élections. Les élections doivent avoir lieu dans un bon climat politique, la conciliation avec la population en général, l’Eglise. Ces élections doivent être acceptées par la communauté internationale, parce que faire les élections, on peut le faire, mais si personne ne les reconnaît, on n’y gagne rien».

Dans sa manchette du 29 mai 2018 portant le titre «Macron et Lourenço accentuent la pression sur Kabila», «Le Potentiel» retient les extraits suivants : «Le sujet que nous traitons n’est pas une conspiration mais le grand besoin de montrer au président Kabila qu’il doit respecter les accords. Je rencontrerai le président Kabila dans les prochains jours pour continuer à discuter avec lui jusqu’aux élections. (…) les élections doivent avoir lieu dans un bon climat politique et être acceptées par la communauté internationale. Des élections, en enfer on peut les faire, demain même, mais si personne ne les reconnaît, on ne gagne rien (…) «Pour le président Kabila, c’est un conseil et pas une obligation. S’il n’accepte pas nos conseils, nous n’avons pas de moyen de faire pression sur lui d’une autre manière. Nous ne voulons pas qu’après le mois de décembre, on commence à dire que les élections se sont réalisées dans des conditions pas satisfaisantes».

Dans sa livraison du 29 mai 2018, sous le titre «Complot contre Kinshasa ? Kigali se rebiffe, Luanda se rétracte : Kabila met ses pairs africains d’accord», «Le Maximum» relève ces passages : «…on n’a pas le droit de dire au président Kabila de quitter, c’est au peuple congolais de le faire aux prochaines élections, par exemple (…) «Nous bavardons entre nous sur la RD Congo, ce que nous disons, nous le disons lors des sommets. Nous ne pouvons pas nous ingérer dans les questions internes de ce pays, nous prodiguons des conseils. Mais si Kabila ne consent pas à les suivre, nous n’avons aucun autre moyen de faire pression sur lui».

Mis ensemble et analysés sans passion, les propos du Président Joâo Lourenço intègrent le «Communiqué du Sommet de la Double Troïka des Chefs d’État et de gouvernement de la SADC» du 24 avril 2018.

Positions de la Sadc et de l’Ua…

Pour rappel, au point 12 dudit communiqué, «Le Sommet a pris note des progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Accord politique de décembre 2016 et dans le respect du calendrier établi pour les élections se tenant le 23 décembre 2018 en République démocratique du Congo. À cet égard, il a salué le Gouvernement de la République Démocratique du Congo, les acteurs politiques et la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour les étapes franchies».

Au point 13, «Le Sommet a invité tous les acteurs politiques en République Démocratique du Congo de rester attaché à la mise en œuvre du calendrier électoral et de veiller au maintien d’un climat propice à la tenue des élections pacifiques et crédibles».

Au point 14, «Le Sommet a pris note des progrès remarquables réalisés en République démocratique du Congo. À cet effet, il est revenu sur la décision qu’il avait prise consistant à dépêcher un Envoyé spécial en République démocratique du Congo ; il a salué la République de Namibie et Son Excellence Hifikepunye Pohamba, l’ancien Président de la République de Namibie qui s’était montré disponible de servir d’Envoyé spécial de la SADC en République démocratique du Congo ».

Tandis qu’au point 15, «Le Sommet a assuré la République Démocratique du Congo qu’il continuera de soutenir le processus électoral, le renforcement de la stabilité politique, le maintien de la paix et de la sécurité».

Un mois après, jour pour jour, peut-on dire de la Sadc – dont la présidence en exercice est assumée par le Président Joâo Lourenço – qu’elle a changé d’avis au point d’amener l’hôte de l’Elysée à exprimer une opinion différente ? Pas du tout.

En ce qui concerne la position du Président en exercice de l’Union africaine, Paul Kagame, il y a lieu de retenir la déclaration, sur Rfi le 28 mai 2018, du vice-ministre rwandais des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe. «Je répète qu’il n’y a pas d’initiative conjointe Angola-Rwanda sur la RDC. Il existe une initiative des pays de la région sur la RDC, sous la houlette de l’Angola, et le président en exercice de l’UA s’est engagé à soutenir cette initiative et ses conclusions», a dit l’adjoint de la ministre des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo.

Porter la voix de l’Union africaine et de la Sadc

Aussi, on en vient à chercher à savoir pourquoi l’Elysée a donné l’impression de «convoquer» en l’espace de quatre jours des Chefs d’Etat africains, même si pour le Rwanda il a été essentiellement question de la candidature de Louise Mushikiwabo au poste de secrétaire général de l’Oif et pour l’Angola des contrats économiques. Les deux derniers paragraphes de la dépêche de Rfi révèlent que «Soixante-dix entreprises hexagonales sont déjà implantées en Angola » et que «Signe d’amélioration du climat des affaires, le groupe (Ndlr : Total) signe son premier développement pétrolier depuis longtemps dans le pays : il va lancer un réseau de stations-service en co-entreprise avec la compagnie pétrolière angolaise Sonangol» pendant que «De son côté, Météo France signe avec l’Angola un contrat pour contribuer à la création d’une entreprise de météo angolaise afin de diffuser les alertes utiles entre autres à l’agriculture ». En plus, est fait état de la visite du Président angolais à Toulouse. «Ce sera aussi l’occasion de visiter les usines d’Airbus, l’avionneur européen espérant lui aussi quelques retombées de cette visite d’Etat».

La réponse est que la France veut porter la voix de l’Union africaine et de la Sadc au prochain sommet du Conseil européen, «institution de l’UE qui définit les orientations et les priorités politiques générales de l’Union européenne» et qui «réunit les chefs d’État ou de gouvernement des États membres, ainsi que le président du Conseil européen et le président de la Commission».

Honnêtement parlant, ce n’était pas utile pour Emmanuel Macron de faire déplacer Paul Kagame et Joâo Lourenço à Paris rien que pour le dossier RDC.

Il était de son devoir de faire l’inverse en se rendant successivement à Kigali et à Luanda…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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