EDITION SPECIALE. Réactions autour de l’acquittement de Jean-Pierre Bemba

Chambre d’appel de la Cpi : «La chambre de première instance a commis une erreur dans son évaluation des motivations de M. Bemba ainsi que des mesures qu’il aurait pu prendre compte tenu des restrictions auxquelles il devait faire face, en tant que chef militaire éloigné de ses troupes déployées à l’étranger, pour enquêter sur les crimes et en poursuivre les auteurs (…) Il n’y a pas lieu de maintenir JeanPierre Bemba en détention dans le cadre de la présente affaire ».

 

Sanji Mmasenono Monageng  et  Piotr Hofmański (deux magistrats opposés au jugement en appel) : «tous les actes criminels pour lesquels M. Bemba avait été tenu responsable relevaient de l’affaire portée par le Procureur à son encontre».

 

Fatu Bensouda (procureure de la Cpi) : «Mon Bureau prend note de l’arrêt rendu aujourd’hui par la Chambre d’appel de la CPI, à la majorité de ses membres, et bien qu’il doive respecter la décision rendue et qu’il la respecte, il la trouve fâcheuse et préoccupante. Je ne peux que déplorer le fait que cet ‘écart important et inexplicable’ de la jurisprudence de la Cour, tel que décrit par les juges dissidents, apparaisse dans la plus grave affaire de violences sexuelles et à caractère sexiste sur laquelle la Cour ait dû se prononcer à ce jour. J’ai l’intention de publier un communiqué de presse la semaine prochaine une fois que nous aurons analysé l’intégralité de l’arrêt en cause. Ma première réaction est de dire que des crimes graves ont été commis en République centrafricaine par les forces de M. Jean-Pierre Bemba Gombo, et mes pensées vont à présent vers les victimes de ces crimes atroces et leurs familles. L’arrêt rendu aujourd’hui ne réfute pas le fait que les troupes de M. Bemba ont commis des crimes qui ont causé de grandes souffrances en République centrafricaine. Le carnage provoqué par ces crimes et les souffrances engendrées étaient bien réels et ne sont aucunement remis en cause. Depuis le tout début de nos enquêtes, mon Bureau a travaillé sans relâche, en pensant avant tout au sort des victimes qui n’a cessé de guider notre action, et continuera de le faire. M. Bemba restera sous la garde de la Cour jusqu’à ce que soit fixée la peine qu’il doit purger dans l’affaire incidente relative aux atteintes à l’administration de la justice. Vous comprendrez que je ne peux pas vous en dire plus pour le moment, puisque nous devons passer en revue et analyser avec soin le raisonnement juridique de la Chambre d’appel. J’espère que ces informations vous aideront à rendre compte de la situation.

 

 

Bernadette Sayo (présidente de l’Organisation pour la compassion des familles en détresse : «C’est un nouveau crime aujourd’hui. C’est extrêmement grave moralement pour les victimes. On fait confiance à un tribunal international et on en arrive là, je ne comprends plus rien. Chaque victime, l’Etat centrafricain, tout le monde attendait que la justice se fasse équitablement par rapport à la gravité des faits. C’est un chef, c’est un haut responsable […] Est-ce que cela va aider les Centrafricains à espérer à une justice par rapport à la Cour pénale spéciale basée ici en Centrafrique ?».

 

Eve Bazaïba (secrétaire générale du Mlc) : «Je rends grâce à Dieu parce que la vérité a triomphé. Nous avons toujours plaidé non coupable […]. Je félicite les avocats qui ont été tenaces et je dédie cette victoire à son père. […] Nous ne sommes pas revanchards, Jean-Pierre Bemba est un rassembleur, nous pardonnons à tous ceux qui nous ont fait souffrir pendant dix ans. Le plus important pour M. Bemba c’est de recouvrer la fonction de père : il doit être à côté de son épouse et de ses enfants (…) Que Kabila souffre aussi à son tour de la maladie de 10 ans dont j’ai dû souffrir depuis l’emprisonnement de notre leader (…) Que Dieu soit loué. C’est ce que dit l’adage : quand le mensonge prend l’ascenseur, la vérité prend l’escalier. Elle met plus de temps mais finit par arriver. C’est l’ascension de Jean-Pierre Bemba : de la prison au pouvoir. C’est notre Mandela».

 

Alexis Lenga wa Lenga, (secrétaire général adjoint du Mlc) : «Il y a en RDC une crise de leadership très criante, les cartes seront redistribuées».

 

Moïse Katumbi (candidat à la présidentielle) : «Aujourd’hui est un grand jour pour les Congolais. Pour nous, politiciens, c’est une très grande leçon. Je suis très heureux parce que maintenant, on aura de vraies élections dans notre pays parce que Bemba est un poids lourd dans notre pays. […] Les faux procès ne sont pas une bonne chose pour le développement d’un pays et la démocratie. Je suis allé lui rendre visite trois fois en prison. [Maintenant], c’est l’unité de l’opposition : nous serons unis pour que l’opposition puisse gagner […] Avec cela, M. Kabila va voir que tout le monde est décidé»

 

Félix Tshisekedi (président national de l’Udps) : «Prendre dix ans de sa vie que pour ça, c’est quand même cher payé. Tout le monde sait qu’il y a eu une main noire derrière. La preuve c’est que ses charges sont abandonnées, donc c’est clair qu’il ne méritait pas ces dix ans de prison. Aujourd’hui, il est démontré que la CPI a une sorte de deux poids, deux mesures, et je pèse mes mots. Au Congo, il est établi aujourd’hui que le pouvoir en place a commis des crimes contre l’humanité. Et il n’y a même pas un début de condamnation, d’action voire d’enquête. Donc, cette CPI, le fait d’être revenue sur ses charges qui ont fait payer dix ans de vie à un individu qui aujourd’hui vient d’être innocenté, ce n’est pas sérieux du tout».

 

Valentin Mubake (président national de l’Udps) : «Nous avons toujours dit que la responsabilité pénale, donc individuelle, de M. Bemba n’avait jamais été engagée. Ses troupes étaient à la disposition de M. Patassé. Nous sommes contents de sa libération effective ».

 

Vital Kamerhe (président national de l’Unc) : «Jean-Pierre Bemba a eu 42% à l’élection présidentielle de 2006, c’est un gros poisson, un costaud. Le vrai jeu politique vient de commencer puisque que Bemba est incontestablement un grand leader de l’Ouest. Et notre pays fonctionne toujours malheureusement Est-Ouest. Maintenant l’opposition doit s’organiser pour avoir un candidat commun […] Bemba, mon frère, il ne faut pas quitter la CPI avec un esprit de vengeance ou avec beaucoup de rancoeur. Pardonnez à vos ennemis».

 

Pius Muabilu (député national Mp) : «Comme tous les Congolais, c’est un compatriote, je ne peux que m’en réjouir. Dire que l’opposition gagne ou ne gagne pas de poids, ça ne serait pas responsable de ma part».

 

Alexis Thambwe Mwamba (ministre de la Justice et Garde des Sceaux) : «Jean-Pierre Bemba peut donc revenir en RDC, affirme le ministre. Ce n’était pas notre dossier, c’était un dossier de la République centrafricaine. De tout temps, les autorités de ce pays ont toujours dit qu’on n’avait rien à voir avec ce procès. M. Bemba peut revenir au pays quand il veut, il n’y a pas de problème».

 

Solomon Sacco (responsable de l’équipe Amnesty International) : «L’acquittement de Jean-Pierre Bemba Gombo par la CPI est un coup pour les victimes en République centrafricaine (…) La décision sera ressentie comme un énorme coup porté aux nombreuses victimes de la ‘guerre contre les femmes’ menée en Centrafrique à travers une horrible campagne de viols et de violences sexuelles».

 

Jason Stearns (spécialiste de la RDC et chercheur au Congo Research Group) : «Le pouvoir pourrait bien lui coller des affaires et l’empêcher de rentrer à temps (…) Son acquittement change la donne sur le plan politique. Nombreux sont ceux qui pensent qu’il doit mener l’opposition, qui est à bout de souffle».

 

Olivier Kamitatu (porte-parole de Moïse Katumbi) : «la sortie de Bemba de la CPI peut augurer la fin de la mascarade Kabila et de ses procès fumeux intentés à ses opposants (…) ; l’acquittement de Bemba démontre aussi que les affaires qui sont reprochées à Moïse Katumbi sont une mascarade, du pipi de chat (…) Il est évident que ça change la donne. Aujourdhui, avec Bemba et Katumbi en face de lui, Kabila ne peut même plus essayer de prétendre quil peut gagner une élection. Son retour, c’est un plus évident pour la tenue d’un scrutin vraiment crédible».

 

Conseiller du Chef de l’Etat (non autrement identifié) : «le retour de Jean-Pierre Bemba est la dernière carte  de certains Occidentaux qui cherchent à tout prix à défenestrer le pouvoir kabiliste. Ils ont essayé avec l’opposition interne et ont même soutenu un transfuge du pouvoir, Moïse Katumbi. Puis ils ont tenté avec l’Eglise, le parti politique le plus puissant de RDC. Mais je ne crois pas que les Congolais choisiront un nouveau Mobutu car c’est ce qu’il est, en pire».

 

Frédéric Bolat (juriste congolais installé en Belgique) : «Bemba peut se présenter à la présidentielle. Il est toujours sénateur et n’a jamais été condamné en République démocratique du Congo».

 

Un ancien ambassadeur de France (non autrement identifié) : «Il faut que l’opposition puisse se mettre rapidement autour de la table (…) Bemba, c’est une bombe pour Kabila mais ce n’est pas un cadeau pour la démocratie. Tous ceux qui l’ont côtoyé à Kinshasa quand il était vice-président ou dans le bush quand il commandait la rébellion du MLC, vous le diront. Bemba, c’est un type violent, ce n’est pas la solution qu’il faut aujourd’hui pour la RDC».

 

Lambert Mende Omalanga (ministre de la Communication et Médias : «Nous n’avons pas pour l’habitude de commenter les décisions de la justice, c’est notre ligne de conduite compte tenu de l’indépendance des cours et tribunaux (…..). Mais nous prenons acte d’autant plus que ce n’est pas un dossier qui nous concerne, ce sont les affaires qui ont trait à la vie de la République Centrafricaine (….). Une bonne nouvelle ou mauvaise nouvelle ? Je ne vous le dirai pas par déontologie gouvernementale parce que ça serait entrer dans un processus de jugement de valeur à l’égard d’une décision de justice».

Une sélection de www.congo30juin.com

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