EDITORIAL. Bemba : «Opération Barracuda bis» ?

Wikipédia la décrit comme une opération «extérieure de l’armée française visant à soutenir le président David Dacko nouvellement au pouvoir en Centrafrique à la suite de l’opération Caban du 21 septembre 1979, coup d’état au cours duquel Bokassa a été déposé».

Il s’agit d’un coup d’Etat organisé en 1979 par la France pour destituer Jean-Bedel Bokassa et le remplacer par son cousin David Dacko, 2ème président de la République centrafricaine, démis lui-même de ses fonctions en 1965 par le même Bokassa.

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Dans son article paru le samedi 15 septembre 2012 sous le titre «Il était une fois l’opération militaire française Barracuda pour évincer un chef d’Etat devenu pro-Kadhafi», Robert Paris relate cet événement en s’appuyant sur un éditorial de Jeune Afrique publié le 3 octobre 1979. «Aux opposants centrafricains a été dévolu le rôle de figurants chargés de la diversion et de faire semblant de vendre la peau de l’ours qu’ils n’ont pas tué. Le prédécesseur de Bokassa, ‘élu’ pour être son successeur, a bien voulu, lui, jouer ce qu’on appelle en termes de théâtre les utilités. Au-dessus, si l’on peut dire, dans la coulisse en tous cas, trois ou quatre chefs d’État africains parmi les plus considérables ont accepté d’être les coauteurs du ballet tout en laissant au président de la République française le soin de le signer ; à ses services et à son armée, celui d’organiser la représentation. Et c’est ainsi que, vingt ans après l’indépendance des États africains, presque sous nos yeux – à cœur ouvert ! -, la France a décidé, organisé et exécuté un ‘coup’ par lequel un chef d’État africain, choyé jusqu’en 1978, mais qui a cessé de plaire en 1979, est détrôné et remplacé par l’homme qu’elle a choisi’. C’est l’impérialisme français qui règne donc ouvertement à Bangui», avait dénoncé l’hebdomadaire de Béchir Ben Yamed.

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L’acquittement-surprise de Jean-Pierre Bemba Gombo par la Cpi ainsi que le soutien exprimé ouvertement par médias interposés à l’ancien chef rebelle du Mlc, ancien Vice-Président de la République Démocratique du Congo sous le «1+4» et sénateur en glissement continu depuis 2007, mais surtout le rôle politique dont on le revêt pour revenir changer la donne électorale dans son pays font rappeler à l’opinion avertie l’Opération «Barracuda» de triste mémoire, bien qu’à quelques exceptions près.

A preuve :

– Invité Afrique de Rfi dans son journal du dimanche 10 juin 2018, Jason Stearns, directeur de l’ONG «Groupe d’Etude Congo» jusque-là pro-Katumbi, considère que «Jean-Pierre Bemba représente quelqu’un qui s’est toujours opposé à Kabila alors que Moïse Katumbi était, avant de s’y opposer, ensemble avec Kabila, ce qui est une faiblesse pour Moïse Katumbi. Félix Tshisekedi est, quant à lui, quelque part un peu inconnu parce qu’il a évolué derrière son père et donc, Jean-Pierre Bemba est le vrai opposant, pour beaucoup de Congolais. Il est le ‘muana mboka’ (l’enfant du pays), comme on l’appelle. Dans un sondage qu’on avait mené en février, avant son acquittement et alors qu’il était encore en prison, il arrivait en troisième place avec le soutien de 12 % de la population. Il reste donc populaire».

– Invitée Afrique de Rfi dans son journal du lundi 11 juin 2018, Ida Sawyer, directrice Afrique à Human Right Watch, renchérit : «On croit que l’acquittement de Bemba aura des répercussions majeures en République démocratique du Congo. Donc Bemba était le principal rival politique de Kabila au Congo au moment de son arrestation [en mai 2008] et il reste aujourd’hui, malgré des années en prison, parmi les leaders de l’opposition le plus populaire avec une grande base de soutiens, de structures à l’ouest du pays où il est un poids lourd de la scène politique. Et c’est probable que son retour va changer le jeu politique actuel, c’est possible que sa libération pourrait renforcer le camp qui veut des élections crédibles sans Joseph Kabila et ça peut aider à la mobilisation dans ce sens».

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Pour l’opinion avisée, en faisant innocenter Jean-Pierre Bemba de tous les crimes constitutifs de son dossier, les lobbies occidentaux ne font rien d’autre que le réintroduire sur la scène politique congolaise, et cela quel qu’en soit le prix. C’est là la version congolaise de l’«Opération Barracuda».

Car, à en croire un expert de la Céni, la loi électorale rend éligible tout candidat même non enrôlé, ce du simple fait que son enrôlement s’opère automatiquement au dépôt de son dossier de candidature.

Sauf alors cas de force majeure, sorti de la manche des lobbies tractés par Herman Cohen ou le tractant plutôt, «Chairman» se jettera à l’eau à la présidentielle du 23 décembre 2018 avec une mission commandée.

Reste à savoir s’il trouvera son compte en revenant aux affaires à la David Dacko dont il a en partage le même espace sociologique (lire «AMUSONS-NOUS UN PEU !»).

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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