Bien qu’acquitté, Bemba reste sous la pression de «ses» lobbies !

 

  • Candidat ou pas, il se sait redevable de sa libération aux lobbies auxquels s’identifient Herman Cohen, Jason Stearns et Ida Saywer, tous pro-Katumbi…

 

  • Il sait aussi, malgré l’acquittement, que les portes ne lui seront pas grandement ouvertes au plan diplomatique. Il risque de s’entendre rappeler Bangui…

 

  • Quel prix va-t-il alors devoir payer pour être « fréquentable » ? Son affairisme pourrait lui faire faire des choses qu’il ne voudrait pas faire…

 

 

Etait-ce utile, pour son acquittement, que ses lobbies se mobilisent à travers des médias comme l’ont fait plusieurs personnalités occidentales ? Si l’objectif cherché est d’envoyer un message clair et net à Kabila, la tactique ou la stratégie utilisée, elle, est de nature à desservir Bemba, tout comme elle a dessert Katumbi, Tshilombo Tshisekedi, Muzito etc. Une large opinion congolaise se sent mal à l’aise en constatant que depuis 1960, c’est toujours l’Occident qui «parraine» les Chefs d’Etat congolais avant de les livrer à la diabolisation. Ainsi en est-il de Kasa-Vubu entre 1960 et 1965, Mobutu entre 1965 et 1997, de L-D. Kabila entre 1997 et 2001, J. Kabila de 2001 à ce jour. En d’autres termes, le successeur du Raïs risque de ne pas avoir les mains libres, surtout quand il a la réputation solidement établie d’être plutôt affairiste qu’homme d’affaires. L’expression «Bateki Mboka» (« Ils ont vendu le pays ») pourrait faire flores.  Cas emblématique du lobbying d’Herman Cohen en faveur de l’acquittement de Jean-Pierre Bemba : «Barrage d’Inga». Ce dossier est de nature à se révéler une grosse épine dans la plante de pied de Chairman qui, vraisemblablement, aura quitté la prison de la Cpi pour une autre, même si la seconde aurait les dorures du pouvoir…

 

Quatre interviews dont trois par Rfi les 10, 11 et 15 juin et une par Dw le 12 juin 2018 méritent arrêt.

La première est de Jason Stearns, directeur du «Groupe d’Etude Congo» affilié à l’Université de New York. Invité Afrique le dimanche 10 juin 2018, il répond en ces termes à la question de savoir ce que pourrait changer le retour de Jean-Pierre Bemba à Kinshasa : «Jean-Pierre Bemba représente quelqu’un qui s’est toujours opposé à Kabila alors que Moïse Katumbi était, avant de s’y opposer, ensemble avec Kabila, ce qui est une faiblesse pour Moïse Katumbi. Félix Tshisekedi est, quant à lui, quelque part un peu inconnu parce qu’il a évolué derrière son père et donc, Jean-Pierre Bemba est le vrai opposant, pour beaucoup de Congolais. Il est le ‘muana mboka’ (l’enfant du pays), comme on l’appelle. Dans un sondage qu’on avait mené en février, avant son acquittement et alors qu’il était encore en prison, il arrivait en troisième place avec le soutien de 12 % de la population. Il reste donc populaire».

La deuxième interview, réalisée le lundi 11 juin 2018, est d’Ida Sawyer, directrice Afrique centrale à Hrw. A la question de connaître les conséquences de la libération «très prochaine» de Jean-Pierre Bemba, elle répond : «On croit que l’acquittement de Bemba aura des répercussions majeures en République démocratique du Congo. Donc Bemba était le principal rival politique de Kabila au Congo au moment de son arrestation [en mai 2008] et il reste aujourd’hui, malgré des années en prison, parmi les leaders de l’opposition le plus populaire avec une grande base de soutiens, de structures à l’ouest du pays où il est un poids lourd de la scène politique. Et c’est probable que son retour va changer le jeu politique actuel, c’est possible que sa libération pourrait renforcer le camp qui veut des élections crédibles sans Joseph Kabila et ça peut aider à la mobilisation dans ce sens».

La troisième interview date du 12 juin 2018. Invité de Dw, Herman Cohen – ex-sous-secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires étrangères et auteur de la lettre adressée à la Cpi pour la libération de Bemba – considère, parlant des Congolais, que «pendant cette transition en République Démocratique du Congo, ils ont besoin de lui parce que c’est un grand leader politique du Nord-Ouest du Congo. Il doit être là avec son peuple pendant les élections».

Diffusée sur Rfi le 15 juin 2018, la quatrième interview est du député français Jacques Maire. A la question de savoir si la libération de Jean-Pierre Bemba va rebattre les cartes pour la présidentielle du 23 décembre prochain, l’intéressé se démarque des Américains. «Peut-être, rien n’est sûr. On sait que c’est un candidat potentiel pour la présidentielle. On sait qu’il a un historique dans le pays qui peut donc perturber les cartes. Je ne suis pas sûr que ce soit un élément pour inciter Kabila, effectivement, à respecter les échéances», dit-il.

Il est vrai que ni les trois américains, ni l’unique français n’engagent formellement la position des gouvernements de leurs pays respectifs. Mais lorsqu’on sait, pour les Etats-Unis notamment, l’influence qu’exercent les ONG et les thinks tanks sur les décisions de Washington, Herman Cohen – qui surprend au passage l’opinion avertie en soutenant que Jean-Pierre Bemba n’a jamais été chef de guerre (sic) et le Mlc n’a jamais été une rébellion (resic) – a beau déclarer que les Etats-Unis n’ont aucune préférence par rapport à un candidat ou à un autre, aucun esprit lucide n’y croit. Car, personne ne peut un seul instant croire que le candidat de la Mp – lorsqu’il sera désigné parce qu’il finira bien par l’être – bénéficiera de la part des lobbies américains de la même sollicitude que ses collègues de l’Opposition.

Libéré pour une mission-suicide

Au fait, les conditions d’acquittement de Jean-Pierre Bemba (innocenté, mieux blanchi) semblent avoir eu pour but unique de le rendre éligible, le tendon d’Achille étant les erreurs d’appréciation décelées dans le premier jugement.

Dans sa déclaration officielle, la procureure Fatou Bensouda se dit convaincue, «Comme l’ont relevé les deux juges dissidents dans l’opinion qu’ils ont jointe à l’arrêt, la majorité des juges de la Chambre d’appel s’est écartée du modèle traditionnellement suivi en appel quant à l’examen des erreurs de fait, lequel avait été constamment appliqué non seulement par la Chambre d’appel de la CPI depuis ses débuts, mais aussi par les chambres d’appel des tribunaux ad hoc établis par l’ONU et par d’autres juridictions pénales internationales».

Elle ajoute : «D’après les critères traditionnellement applicables à l’examen en appel, la Chambre d’appel devrait habituellement s’en remettre à l’appréciation des éléments de preuve effectuée par la Chambre de première instance, à moins que la partie à l’origine du recours ne démontre que cette même Chambre n’aurait pas pu raisonnablement parvenir à la conclusion formulée quant aux faits au vu des éléments de preuve disponibles».

Aussi, soutient-elle que «La majorité des juges a, semble-t-il, écarté ce critère et adopté à la place une démarche qui donne à penser que, lorsque la Chambre d’appel est en mesure de déceler des conclusions qui peuvent être raisonnablement remises en cause, elle doit les infirmer. Une telle façon de procéder revient, semble-t-il, à confondre le niveau de la preuve, que la Chambre de première instance applique après avoir pris connaissance de tous les moyens de preuve, avec les critères applicables à l’examen en appel, que la Chambre d’appel doit retenir lorsqu’elle examine le jugement».

En d’autres mots, l’acquittement prononcé le 8 juin 2018 affaiblit plutôt qu’elle ne conforte le retour de Chairman aux affaires au plan politique ou au plan entrepreneurial.

Dans l’enthousiasme actuel compréhensif, le Congolais lambda ne perçoit pas le drame cornélien que vit Jean-Pierre Bemba, et avec lui, peut-être, certains dirigeants du Mlc, voire de l’Opposition radicale. Mais, Chairman, à l’instar de bien des compatriotes et des étrangers avertis, est conscient d’avoir été libéré pour une mission-suicide : «terroriser» le camp adverse et susciter l’alternance politique, élections ou pas.

Il sait cependant qu’au final, ce n’est pas pour le bonheur de son peuple. C’est simplement et uniquement pour des affaires, lisez les investissements dont la centrale hydroélectrique d’Inga est, pour paraphraser l’Opposition radicale et sa société civile alliée, le «cas emblématique». A preuve, sur Rfi le 8 juin 2018, Herman Cohen a rappelé les contacts qu’il avait eus avec Jean-Pierre Bemba, alors Vice-Président de la République chargé de l’Economie et Finances à propos de ce barrage. C’était sous le «1+4», c’est-à-dire entre 2003 et 2006. Or, reçu à New York par le Président Joseph Kabila le 23 septembre 2017, il a remis le même dossier sur la table. On peut supposer que les amis dont il cite les noms dans son interview à Dw (Katumbi, Fatshi, Tshiani) doivent avoir traité du même dossier. Bemba, candidat ou non à la présidentielle, mais au moins libre, n’échappe pas à cette exigence.

Justement pour en échapper, il est capable de surprendre «ses» lobbies et son entourage en sortant de sa manche la carte susceptible de déjouer tous les plans concoctés sans son avis, voire contre lui !

Après tout, ce que ses «sauveteurs» d’aujourd’hui viennent de faire en le tirant de la Cpi, ils en étaient capables une décennie plus tôt.

Ils l’auraient maintenu en prison pour le conditionner qu’on n’en serait pas surpris…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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