SPECIAL 30 JUIN. EDITORIAL. Quand la Belgique invita la Belgique en 1960

Voici 58 ans que le Congo est censé s’être dépouillé de la tunique de la colonisation pour porter celle de la souveraineté nationale et internationale.

Voici, hélas, 58 ans exactement qu’une bonne partie de l’élite nationale continue d’attendre de Bruxelles des solutions politiques et économiques pour la gouvernance institutionnelle du pays.

Vraisemblablement, cette élite refuse de couper le cordon ombilical.

Normal : elle a peur de l’indépendance.

Elle a peur de ce qu’elle prend pour un saut dans le vide.

***

En relisant dans l’édition 249-250 de la revue scientifique «Zaïre-Afrique» des mois de novembre et décembre 1990 l’article intitulé «Les pionniers de l’indépendance zaïroise» (pages 479 à 484), il est rappelé l’existence des deux tables rondes organisées à Bruxelles en prévision de l’Indépendance de la colonie belge. La description explique le titre et justifie la peur.

La première est la CTRP (Conférence de la Table Ronde Politique) tenue du 20 janvier au 20 février 1960. La seconde est la CTRE (Conférence de la Table Ronde Economique, Financière et Sociale) tenue, elle, du 26 avril au 16 mai 1960.

L’article révèle pour la première que «Le gouvernement belge y fut représenté par six ministres entourés de vingt et un conseillers. Le parlement belge délégua dix membres effectifs (cinq députés et cinq sénateurs) et dix-sept suppléants (douze députés et cinq sénateurs). Les parlementaires appartenaient aux trois grandes formations politiques belges : onze sociaux-chrétiens, dix socialistes et six libéraux». Et de poursuivre : «Quant à la participation zaïroise – nous utiliserons tout au cours de l’article les termes ‘Congo’ et ‘Congolais’ en usage à cette époque – le gouvernement belge invita le 13 janvier 1960, jour anniversaire de la ‘déclaration gouvernementale’, après de multiples tractations avec le gouvernement général à Léopoldville et les quatre-vingt-un Congolais : quarante-trois membres effectifs et trente-huit suppléants. Par la suite, la délégation congolaise fut portée à 93 membres dont 45 effectifs et 48 suppléants ».

Au sujet de la deuxième conférence, l’article renseigne : «Le gouvernement belge se fit représenter par cinq ministre, assistés de quarante conseillers venus de différentes ministères, particulièrement des départements chargés des affaires congolaises et de la haute administration coloniale. Les deux assemblées législatives belges déléguèrent chacune dix membres, soit au total huit socio-chrétiens, quatre libéraux et huit socialistes». Et d’ajouter : «La Table Ronde économique accueillit quarante-trois délégués des partis congolais avec leurs treize conseillers, dont la plupart étaient des Belges. Elle admit aussi huit délégués du Collège Exécutif Général et cinq membres de la Commission politique avaient été installés pour associer les Congolais à l’exercice du pouvoir à l’échelon du gouvernement général à Léopoldville et du ministère du Congo à Bruxelles».

L’article souligne un peu plus bas que «La Table Ronde économique fut surtout une conférence de lieutenants de partis et des suppléants de janvier, animée du côté congolais par de jeunes universitaires. Marcel Lihau, Evariste Loliki, André Mandi, Joseph Mbeka, Paul Mushiete et Albert Ndele représentaient en force le Collège Exécutif Général».

Que faisaient alors à l’époque les leaders ? Réponse dans l’article : «Les chefs des partis étaient préoccupés par la campagne électorale proche et par leurs fonctions au sein des collèges exécutifs. Seul Kamitatu (P.S.A), Nguvulu (Parti du Peuple), Tshombe (CONAKAT) et Sendwe (Cartel katangais) prirent part à ces travaux. Encore faut-il noter que le premier arriva à Bruxelles avec un certain retard ; le deuxième quitta la Conférence plus tôt comme Pierre Mulele ; les deux derniers écourtèrent aussi leur séjour en Belgique pour suivre l’évolution du climat politique au Katanga. Albert Kalonji (M.N.C.K.) se présenta à la fin de la Conférence après un voyage aux Etats-Unis. Paul Bolya, Pierre Nyangwile et Remy Mwamba du Collège Exécutif Général n’assistèrent que furtivement à la séance de clôture».

Arrêtons-nous ici.

***

Quels enseignements tirés de cette relecture des faits ?

Primo : c’est la Belgique métropole qui avait invité aux deux Conférences la Belgique colonie.

En termes clairs, c’est la Belgique s’était invitée elle-même.

Secundo : la délégation belge était constituée d’acteurs institutionnels : parlementaires et ministres. Celle du Congo-Belge d’acteurs non institutionnels : dirigeants des partis et des cartels politiques.

Tertio : les Congolais sélectionnés par la Belgique s’étaient préoccupés plus de la question politique que de la question économique, financière et sociale !

58 ans après, qu’est-ce qui a changé ?

La constante est là : chaque fois que le Congo veut aborder la seconde question (Lumumba, Mobutu, Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila), certains de ses filles et fils s’offrent aux puissances étrangères pour «promouvoir» la première question, cette fois en avançant des concepts nobles comme «Etat de droit», «Droits de l’homme», «Démocratie».

On peut alors le parier : cela va durer encore une soixantaine d’années tant que le Congolais n’aura pas compris que sa véritable force, c’est dans l’Indépendance économique, financière et sociale. Celle-là même dont tous les Etats modernes préservent les acquis malgré et parfois contre les soubresauts caractérisant la politique.

Méditons-y.

Bonne fête d’Indépendance.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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