SPECIAL 30 JUIN. En marge des festivités d’Indépendance : ce chantier formidable de la Décentralisation

 

  • L’exemple des ex- Katanga, Province Orientale et Kasaï Occidental

 

De Bunia en Ituri à Tshikapa au Kasaï en passant par Kolwezi au Lualaba et Kalemie au Tanganyika, on assiste à une modernisation d’infrastructures de base remarquable au cours de ces trois dernières années de la mise en exécution de l’article 2 de la Constitution consacrant l’existence en République Démocratique du Congo de 26 provinces. Il s’agit, évidemment, de Kinshasa, Bas-Uélé, Equateur, Haut Lomami, Haut-Katanga, Haut Uélé, Ituri, Kasaï, Kasaï Oriental, Kongo central, Kwango, Kwilu, Lomami, Lualaba, Kasaï Central, Mai-Ndombe, Maniema, Mongala, Nord Kivu, Nord Ubangi, Sankuru, Sud Kivu, Sud Ubangi, Tanganyika, Tshopo, Tshuapa. Lorsque le Gouvernement est passé de la parole à l’acte en 2015, certains esprits ont dénoncé avec véhémence la création des nouvelles provinces, versant cette décision dans la fameuse stratégie du chaos. Des scientifiques ont étalé leur érudition pour annoncer l’échec de la réforme entreprise. Des chiffres ont même été brandis, et des universités occidentales, principalement belges, mises à contribution. Trois ans après, il se révèle qu’ils ont eu tort. Tous alors…  

 

Kolwezi et Kalemie : l’esprit créatif libéré

Prenons justement le Katanga pour ne pas dire l’ex-Katanga. Depuis la colonisation, cette province  a au pays un rôle économique prépondérant jamais démenti de 1960 à ce jour.

Seulement voilà : le Katanga a nourri Kinshasa plus qu’il ne s’est nourri lui-même. Pour ne se référer qu’aux infrastructures immobilières, on a du mal à comprendre que la ville de Lubumbashi n’ait pas un immeuble du genre Gécamines (ex-Sozacom) faisant pourtant la fierté de la capitale.

Le scandale – puisque c’en est un – s’observe sur la «route du cuivre» allant de Kolwezi à Kasumbalesa via Likasi et Lubumbashi. Sur près de 400 km, cette voie terrestre qui permet aux véhicules tracks de transporter matériels, produits et accessoires pour l’industrie minière ne reflète pas les richesses de la province.

D’ailleurs, fin 2015, le Président Joseph Kabila a interpellé les notables katangais sur le contraste tranchant des richesses katangaises avec la pauvreté des populations riveraines, à l’exception des villes et cités comme Lubumbashi, Likasi et Tenke Fungurume.

Certes, l’Esprit katangais existe. Il est même très fort. Et il va le rester. Mais, reconnaissons qu’il s’est révélé étouffant au fil des décennies.

Il a fallu la décentralisation enclenchée en 2015 pour l’en libérer.

Résultat : Lualaba, Haut Katanga, Tanganyika et Haut-Lomami sont dans un processus d’émulation impressionnant. A voir des immeubles à l’architecture avant-gardiste pousser ici et là en même temps que la voirie se moderniser, il faut vraiment être un esprit mauvais pour ne pas y reconnaître l’empreinte de la décentralisation. Les dernières inaugurations procédées par le Président Joseph Kabila, notamment le nouveau siège du Gouvernement provincial, le nouveau siège provincial de la Banque centrale du Congo et le complexe Hypnose en témoignent. Sous peu, ce sera le tour de Lualaba avec des immeubles et parcs aménagés à Kolwezi. Kalemie s’apprête également avec son grand boulevard et son nouveau stade, en attendant les complexes universitaire et médical en construction. Kamina leur emboîte le pas.

 

Bunia : l’exemple de l’auto-prise en charge réussie

Ce qui est valable pour le Katanga l’est aussi pour la Province Orientale avec comme symbole l’Ituri, le premier des districts congolais à avoir réclamé dès 2010 son érection en province autonome, au même titre que le Nord Kivu, le Sud Kivu et le Maniema voisins, mais aussi le Kongo Central lointain.

L’histoire retient pour la postérité que lors de la campagne électorale de 2011, le candidat Joseph Kabila fut interpellé à ce sujet à Bunia par les notables locaux. Il leur demanda à son tour de relever le défi de la modernisation de leur, appelée à devenir chef-lieu de province au même titre que Kisangani pour la Tshopo, Buta pour le Bas-Uélé et Isiro pour le Haut-Uélé.

Les Ituriens sont en train de le faire en modernisant leur «capitale». Certes, la voirie urbaine pose encore problème, mais les deux premières routes macadamisées de son histoire ajoutent un plus à une ville où des villas, mais alors de belles villas, fleurissent.  Déjà, son parc hôtelier permet de loger dans de bonnes conditions les visiteurs de passage en provenance de tous les coins du monde. Bunia connaît une forte concentration d’ONGs et vit au rythme des colloques, ateliers, séminaires…

Après l’économie de guerre qui l’a boostée, la province d’Ituri a besoin maintenant d’entreprendre l’économie de paix. Elle en a les atouts avec l’or, le pétrole, le bois, la pêche etc.

 

Miracle : Tshikapa renaît

A propos de la première route macadamisée, Tshikapa, chef-lieu de la province du Kasaï issue du découpage du Kasaï Occidental, dispose aussi de la sienne. Autrefois «capitale mondiale» du diamant de joaillerie (différent du diamant industriel faisant la réputation de la ville minière de Mbuji-Mayi au Kasaï Oriental), Tshikapa a vécu de longues années dans une pauvreté révoltante.

Mon premier séjour remonte à 2001. Pour unique route principale la sablonneuse avenue Lumumba, sans hôtel passable, sans électricité, sans eau potable, sans cultures vivrières suffisantes, cette «ville» avait une attraction curieuse : elle se disputait avec Kinshasa la fréquence d’avions. Des «cargos» transportaient des produits manufacturés (savons, huiles, boissons, conserves, carburant etc.) et repartaient presqu’à vide. A certaines heures, son aérodrome pouvait se retrouver avec cinq avions en attente de…clients. Exactement comme aux terminus des taxis et taxi-bus. C’est à la criée qu’on racolait les passagers.

Mon dernier séjour remonte à 2017. Miracle : une belle route macadamisée a remplacé l’avenue autrefois sablonneuse. Aux abords de cette route poussent des magasins, des salons de beauté, des shops de téléphone et même des fast-foods. L’eau est là, l’électricité est là. Mieux, les Bana Ekanga (Equatoriens) partis chercher fortune dans le diamant se sont reconvertis dans la pêche. Oui, Tshikapa a aujourd’hui son marché aux poissons. Et, fin du fin : ses taxis voitures communément appelés ketch assurent le transport, faisant concurrence aux motos. Bientôt, il sera possible de partir de Tshikapa en taxi jusqu’à Boma en passant par Kikwit, Kinshasa et Matadi, sur près de 1.500 km !

 

Le phénomène dit «Kamwina Nsapu» en est l’illustration parfaite

Il est vrai que la fortune que vivent par leurs chefs-lieux respectifs les provinces nouvellement créées ne s’est pas encore étendue à d’autres provinces issues de la même décentralisation.

Mais, une chose est vraie : aucun de tous les districts érigés en provinces n’est prêt à perdre son nouveau statut. Les populations et leurs notables savent que la solution à leur problème de développement n’est pas dans la reconstitution de l’ancienne province mais dans l’auto-prise en charge. Après tout, l’article 199 de la Constitution dispose que «Deux ou plusieurs provinces peuvent, d’un commun accord, créer un cadre d’harmonisation et de coordination de leurs politiques respectives et gérer en commun certains services dont les attributions portent sur les matières relevant de leurs compétences.

Au nombre de 29, ces matières détaillées à l’article 204 portent notamment sur le plan d’aménagement de la province, la coopération interprovinciale, les emprunts intérieurs pour les besoins des provinces,  l’organisation du petit commerce frontalier, les travaux et marchés publics d’intérêt provincial et local, les communications intérieures des provinces, l’affectation du personnel médical, conformément au statut des agents de carrière des services publics de l’Etat (…), l’élaboration des programmes miniers, minéralogiques, industriels, énergétique d’intérêt provincial, l’élaboration des programmes agricoles et forestiers (…), l’organisation des campagnes de vaccination contre les maladies enzootiques, le tourisme, le patrimoine historique, l’habitat urbain et rural, la voirie et les équipements collectifs provinciaux et locaux…

Dans cette perspective, chacune des 26 provinces doit au moins avoir conscience de la notion d’interdépendance en matière de sécurité.

On ne sait pas trop pourquoi les activistes des Droits de l’homme n’évoquent jamais les articles 52 et 53 de la Constitution garantissant cette sécurité. Le premier dispose que «Tous les Congolais ont  droit à la paix et à la sécurité tant sur le plan national qu’internationale» et «Aucun individu ou groupe d’individus ne peut utiliser une portion du territoire national comme base de départ d’activités subversives ou terroristes contre l’Etat congolais ou tout autre Etat». Tandis que le second renchérit : «Tout Congolais a le devoir de respecter et de traiter ses concitoyens sans discrimination aucune et d’entretenir avec eux des relations qui permettent de sauvegarder, de promouvoir et de renforcer l’unité nationale, le respect et la tolérance réciproques» et ajoute : «Il a, en outre, le devoir de préserver et de renforcer la solidarité nationale, singulièrement lorsque celle-ci est menacée».

Tout le monde sait que l’ennemi n°1 de la Décentralisation est l’insécurité. Le phénomène dit «Kamwina Nsapu» vient de nous le signifier à sa façon.

Il va sans dire que pour la consolidation de la Décentralisation, chaque Congolais doit s’interdire d’entreprendre ce qui peut déstabiliser sa province d’origine, surtout d’accueil. Cette déstabilisation peut parfois être entreprise au travers de la politisation des concepts pourtant nobles comme «Etat de droit», «Droits de l’Homme», «Démocratie», et cela au profit des intérêts souvent étrangers.

Les quatre villes citées en exemple (Bunia, Kolwezi, Kalemie, Tshikapa) ont soit connu soit connaissent les effets de la guerre résultant, dans la plupart des cas, du mauvais usage de ces concepts.

L’erreur étant humaine, c’est la persévérance dans l’erreur qui devient diabolique.

Il est évident que la diabolisation de la Décentralisation à l’enclenchement de son processus a été une erreur humaine.

En ce jour anniversaire, reconnaissons ce processus irréversible.

Œuvrons du mieux que nous pouvons pour son avancement dès lors que l’avenir et le devenir du Congo-Kinshasa en dépend.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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