Les «deux glorieuses» de Katumbi. Et si la déferlante «Lushoise » avait atteint Kasumbalesa ?

 

  • La Cenco devrait commencer par répondre à cette question, tant il est vrai que Moïse Katumbi n’a pas choisi de rentrer par Lubumbashi pour déposer son dossier de candidature à la présidentielle. Son forcing visait le soulèvement populaire à l’analyse des appels à mobilisation lancés par ses hommes…

 

  • Se déclarant «très peinée par le sort inacceptable réservé à Moïse Katumbi», la Cenco évoque l’Accord de la Saint Sylvestre qu’elle viole pourtant elle-même en ce que, d’abord, elle ne siège pas au Cnsa, ensuite, elle n’exerce pas sa mission de bons offices en faveur de Muyambo ni de Diomi…

 

 

C’est par un communiqué en 8 points, daté du 6 août 2018, que la Conférence épiscopale nationale du Congo se prononce sur les incidents de Kasumbalesa. Au point 3, elle se dit «vivement préoccupée par la volonté affichée par ceux qui sont au pouvoir d’exclure certains candidats à la Présidence de la République» et que de ce fait, elle «est très peinée par le sort inacceptable réservé à Monsieur Moïse Katumbi, sujet congolais, à qui les autorités refusent l’entrée dans notre pays, en l’obligeant de rester à l’étranger». Au point 4, estimant que «Dans la perspective de l’application de l’Accord Politique Global et Inclusif du Centre interdiocésain, un tel traitement ségrégationniste qui ne se justifie point et peut entraîner de conséquences fâcheuses qu’il faut éviter absolument», elle soutient «qu’il est du devoir des pasteurs de prévenir à temps les responsables du pays». Au point 5, elle rappelle l’alinéa 2 de l’article 30 de la Constitution selon lequel «Aucun Congolais ne peut ni être expulsé du territoire national, ni être contraint à l’exil, ni être forcé à habiter hors de sa résidence officielle». Au point 6, elle «exhorte vivement les autorités congolaises à revenir sur leur décision en laissant notre compatriote Moïse Katumbi à entrer au pays et déposer sa candidature comme tout le monde», non sans relever que «la vraie bataille, pour l’instant, doit être électorale, dans le respect des chances de tous et de chaque individu, dans la paix et l’égalité des chances» d’autant plus, affirme-t-elle, que «La crédibilité des scrutins est à ce prix». Faisant observer qu’«En vraie démocratie on ne choisit pas les adversaires politiques», la Cenco reconnaît à la Ceni seule la compétence «de statuer sur la validité ou non d’une candidature» et considère que «Maintenir une telle décision est un grand recul pour la démocratie»…   

 

Bien entendu, au 7ème point, la hiérarchie de l’Eglise catholique romaine du Congo «déplore et condamne-t-elle la violence, avec mort d’hommes et d’énormes dégâts matériels, ayant prévalu ces jours-ci au poste frontalier de Kasumbalesa» et «exhorte vivement les autorités congolaises à faire preuve de retenue et de haut sens de responsabilité, en veillant à la sécurité et à la protection de tous, sans discrimination aucune», avant de rappeler que «Les élections que le Peuple congolais attend doivent être crédibles, transparentes et inclusives». Combien de morts a-t-on enregistré à ce poste frontalier ? Elle n’en dit rien !

En interne, la Cenco est la deuxième organisation de la Société civile à réagir aux événements de Kasumbalesa, la première étant le club des ONGDH managées par le pro-Katumbi Georges Kapiamba.

En externe, la seule réaction enregistrée jusqu’au 6 août 2018 est celle de l’Union africaine. «A cette étape décisive du processus électoral, le président de la Commission réitère la nécessité pour l’ensemble des acteurs concernés (…) de tout mettre en œuvre pour un scrutin paisible, transparent et véritablement inclusif« , dit-elle.

Président de cet organe, Moussa Faki Mahamat note dans son communiqué qu’«Il est crucial, de ce point de vue, d’assurer le respect scrupuleux des droits et libertés de tous les Congolais (…) ainsi que de mettre en œuvre des mesures de décrispation appropriées pour crée un environnement propice à une compétition électorale équitable » avant de souligner «avec satisfaction la réaffirmation par le président Kabila, lors de son message à la Nation du 19 juillet 2018, de la tenue des élections à la date prévue et de son engagement concernant le respect de la Constitution« . Elle ne cite pas nommément Moïse Katumbi.

Bras de fer avec le Pouvoir

A analyser froidement la réaction de la Cenco, on en vient à se demander pourquoi ce stratagème de vouloir faire le médecin après la mort.

En effet, tout dans le comportement de Moïse Katumbi du 30 juillet au 4 août 2018 se traduit par la volonté affichée d’engager un bras de fer avec le Pouvoir. D’abord en considérant que le «verdict» de Me Moretti avait plus de valeur que celui des instances judiciaires congolaises.

Ainsi, le 31 juillet 2018 sur Rfi, Olivier Kamitatu a soutenu que «Moïse Katumbi a fait une demande d’autorisation d’atterrissage pour le vendredi 3 août. On attend bien entendu que toute la population vienne accueillir Moïse Katumbi après autant de mois d’absence du pays. […] Il n’y a aucune raison qui interdise Moïse Katumbi de rentrer chez lui. […] Les affaires judiciaires se sont toutes effondrées comme un château de cartes, il reste bien entendu l’arbitraire et contre l’arbitraire on ne peut rien».

Sur base de quoi Olivier Kamitatu fonde-t-il sa conviction ?

Bbc rapporte dans son bulletin du même jour : «Lors d’une conférence de presse à Paris, son avocat a déclaré que tous les obstacles juridiques pouvant empêcher le retour de client était levés (…)Tous les obstacles judiciaires et juridiques sont levés. Il n’y a plus d’affaires contre mon client’« , a indiqué Me Eric Dupont-Moretti», y lit-on.

Que fait alors Moïse Katumbi ?

La veille, soit le 30 juillet 2018, il écrit à l’Autorité de l’aviation civile congolaise non pas pour solliciter ou annoncer un plan de vol mais pour signaler l’atterrissage de son avion sur l’aéroport de Lubumbashi. Il ose même dire, à en croire l’Afp dans son bulletin du même jour, qu’il est «prêt à passer par voie terrestre par la Zambie si sa demande [d’atterrissage à Lubumbashi] était refusée» !

Ayant effectivement atterri à Ndola, il  se dirige vers la frontière de Kasumbalesa en sachant bien que le bras de fer engagé ne peut être propice ni à une solution juridique, ni à une solution judiciaire. C’est d’ailleurs à l’étape de Kasumbalesa qu’il se met à déclarer qu’il vient se livrer aux autorités congolaises pour être jugé.

La Cenco surprendrait l’humanité en soutenant par exemple n’avoir pas entendu Olivier Kamitatu à partir du territoire zambien et Delly Sessanga à partir du territoire congolais (Lubumbashi précisément) appeler le peuple à se mobiliser pour une déferlante sur Kasumbalesa ! Objectif : faire entrer de force Moïse Katumbi sur le territoire congolais, l’amener de force à Lubumbashi où, certainement, la population est prête à le mettre de force dans le premier avion en partance pour Kinshasa où il devra de force déposer son dossier de candidature, le tout en l’espace de quatre petits jours !

On comprend sa réaction tardive…

Pour peu qu’on ait suffisamment de lucidité, on ne peut pas exclure la possibilité du Plan B dans le chef du président d’Ensemble éloigné du Plan A, celui de l’élection : un  soulèvement populaire partant de l’ex-Katanga avec effet domino sur le reste du pays.

On peut d’ailleurs supposer que ses «parrains» s’y attendaient, question d’être convaincus de sa capacité de mobilisation sur le territoire national, en commençant par Lubumbashi.

Après tout, pour rentrer au pays, Katumbi n’avait pas forcément besoin de le faire à partir de l’ex-Katanga. Les aéroports internationaux de Goma pour le Grand Kivu, Bangboka à Kisangani pour l’ex-Province Orientale et Ndjili à Kinshasa pour la ville-province servant de capitale présentent les mêmes atouts.

En plus, le Congo compte neuf Etats voisins. Katumbi n’avait pas à se focaliser sur la Zambie. Il y a aussi la Tanzanie, le Burundi, le Rwanda, le Soudan du Sud, la RCA, le Congo-Brazzaville et l’Angola.

Mieux : l’unique Brtc pour la présidentielle étant installé à Kinshasa, il avait le choix entre atterrir directement à Ndjili ou transiter par Brazzaville.

On peut déduire qu’il avait un autre objectif en visant Lubumbashi via la Zambie.

Pour avoir réagi trois jours après les événements de Kasumbalesa, la Cenco devrait du reste se renseigner sur cette histoire de lettre à l’Autorité de l’aviation civile congolaise. Car, une lettre déposée en bonne et due forme se constate par un accusé de réception. Des indices portent à croire que le chantre de l’Etat de droit s’est contenté de mettre la sienne dans les réseaux sociaux comme si le fameux principe de déclaration institué pour les manifestations publiques s’appliquait aussi pour la circulation aérienne.

Maintenant au moins que le spectre de «rébellion de Kasumbalesa» s’éloigne, on se doit bien de se demander ce que serait devenue la RDCongo si seulement la «déferlante lushoise» escomptée par les Katumbistes les 3 et 4 août 2018, notamment en réclamant l’intervention de la Monusco pour sécuriser Moïse Katumbi et sa délégation, s’était produite au poste frontalier congolo-zambien. La région des Grands-Lacs serait mise sens dessus dessous. Et la Cenco ne serait pas, à ce moment précis, en train de parler élections crédibles, transparentes et inclusives, car ce processus serait renvoyé aux calendes grecques. Heureusement que dans leur majorité, les Lushois ont contourné le piège.

Entre-temps, la Cenco ferait œuvre utile en révélant à l’opinion publique si oui ou non elle avait entrepris une mission de bons offices auprès de son cas emblématique préféré lorsqu’elle l’a senti engager dès le 30 juillet 2018 dans un bras de fer avéré. Si elle s’est tue – assurément elle n’a rien dit – c’est qu’elle a laissé elle aussi Moïse Katumbi entreprendre l’épreuve de force avec l’autorité établie.

Dans ce cas, on comprend sa réaction tardive, le coup monté ayant manqué son objectif.

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s