Enième médiation. Quelle garantie l’Opposition donne-t-elle cette fois à Thabo Mbeki ?

 

  • De 2003 à 2007, l’Udps d’Etienne Tshisekedi avait remis en cause les acquis de la médiation «Masire-Niasse-Mbeki» du Dialogue intercongolais 
  • «Nous avons connu plusieurs envoyés spéciaux qui ne nous ont servi à rien si ce n’est que d’envenimer la situation au pays. A cause de ça, le Président de la République a décidé de mettre fin à l’accréditation des envoyés spéciaux en RDC», tranche Barnabé Kikaya bin Karubi…

 

Depuis le 24 avril 1990, Kinshasa s’est fait la spécialité insolite de confier la résolution de ses crises à des médiateurs, des facilitateurs et des envoyés spéciaux étrangers. La liste comprend, pêle-mêle, Abdoulaye Wade, Moustapha Niasse, Lakdhar Brahimi, Ketumile Masire, Thabo Mbeki, Edem Kodjo, Thomas Pierrello, Koen Vervaeke, Said Djinnit, Russ Feingold, Boubacar Diarra, Koen Vervaeke, Franck de Coninck, Ibrahima Fall, Kamel Morjane, Amos Namanga Ngongi, William L. Swing, Alan Doss, Roger A. Meece, Martin Kobler, Maman Sambo Sidikou et Leila Zerrougi. On peut d’ailleurs ajouter à cette liste Koffi Annan du Ghana. Au final, en l’espace d’une trentaine d’année (1990-2018), ils sont presqu’une vingtaine à avoir joué ce rôle délicat. Dans leur majorité, ils ont été recalés par l’Opposition radicale si bien que le premier cité, Abdoulaye Wade, est entré dans l’histoire du pays en lançant à la cantonade la phrase, devenue célèbre, selon laquelle «la classe politique zaïroise manque de culture politique»…

 

A voir comment ces cinq derniers jours les forces politiques et sociales pro-Opposition saluent la désignation de Thabo Mbeki comme médiateur désigné non pas par la Sadc mais par l’Afrique du Sud dans la crise congolaise, Dakar nous rappelle la dénomination «Congo Zoba».

A preuve, la mission principale de l’intéressé n’est pas d’entrer mais serait d’entrer «en contact permanent avec le président Joseph Kabila et tous les candidats à la présidentielle du 23 décembre 2018, afin d’aplanir, le cas échéant, toute divergence de nature à bloquer ou retarder le processus électoral» et, de ce fait, «Thabo Mbeki devrait notamment mettre à contribution sa sagesse et son expérience pour amener toutes les parties prenantes à un règlement consensuel des questions liées à la machine à voter, à la présence, dans le fichier électoral, de plus de 10 millions d’électeurs enrôlés sans empreintes digitales, au financement intégral, par le Trésor public congolais, des élections couplées présidentielle, législatives nationales et provinciales, etc.».

Un médiateur ou un facilitateur dont le cahier des charges est exprimé au conditionnel, c’est bien-là l’indice des suppositions, donc des incertitudes.

S’il est déjà gênant d’attribuer à l’Afrique du Sud le financement du processus électoral de 2006 alors qu’il est de notoriété publique que c’est sous l’impulsion de Louis Michel que l’Union européenne avait débloqué l’essentiel des moyens financiers et matériels évalués à près de 500 millions de dollars américains sans d’ailleurs que les promesses faites aux Congolais ne soient réalisées, notamment celle des investissements qui allaient pleuvoir sur ce pays, il est en plus indécent de passer sous silence le boycott du schéma 1+4 par l’Udps d’Etienne Tshisekedi.

Aussi, relever que «Sans l’appui financier et logistique de l’Afrique du Sud, les Congolais ne seraient peut-être jamais allés aux urnes au bout de trois ans d’une ‘Transition’ très agitée, dont les seigneurs de guerre guettaient étroitement l’échec pour reprendre les armes» et conclure que «Ce serait injuste de ne pas reconnaître à Masire et Mbeki le mérite d’avoir sauvé le grand Congo de la ‘somalisation’» en ignorant en même temps le sénégalais Moustapha Niasse, c’est confirmer qu’on n’a pas la maîtrise de cette grande page du Dialogue intercongolais.

La crise sera entretenue sciemment

Véritable lanceur d’alerte, un journal belge utilise lui aussi le conditionnel en soutenant que «Thabo Mbeki aurait finalement accepté cette mission à la demande directe du président Ramaphosa», avec tâche «d’être en liaison avec le président, hors mandat, Joseph Kabila et avec tous les acteurs de la présidentielle pour aplanir toutes les aspérités qui ne manqueront pas de surgir d’ici le 23 décembre prochain, date du scrutin».

Quoi de plus normal de la part d’un autre, toujours sur le même registre, de soutenir qu’«En attendant la tenue en décembre prochain d’élections, la Sadc ne relâche pas la pression sur lui» (Ndlr Kabila). Illustration : la nomination d’un envoyé spécial de la Sadc en RDC et dans la région des Grands Lacs. Dans tous les cas, la Sadc s’est fixé un cap : tout mettre en œuvre pour des élections inclusives en RDC, a confirmé à RFI son nouveau président, le Namibien Hage Geingob».

Quand on lit cependant le communiqué final du 38ème sommet de la Sadc, rien de tel n’y apparaît. La RDC n’est concernée qu’au point 26 saluant le Président Joseph Kabila et le Gouvernement «pour avoir respecté la Constitution du pays» et notant que «le Gouvernement de la RDC continuera à fournir le financement et les moyens logistiques nécessaires afin de permettre la tenue d’élections pacifiques et crédibles». C’est tout.   

On se contente de la déclaration du nouveau président en exercice de l’organisation sous-régionale selon laquelle «Si la crise en RDC n’est pas réglée, on a déjà des réfugiés qui arrivent ici. On ne peut pas dire que cela ne nous concerne pas. Cela nous affecte et ça pourrait même affecter jusqu’à la France. Et c’est pourquoi, en tant qu’organisation sous-régionale, on intervient pour dire : collègues de la région, nous avons des règles à propos des élections ; il faut qu’elles soient inclusives, il faut qu’elles soient transparentes et que les leaders de l’opposition aient leur mot à dire. Parce que s’il y a des doutes, des secrets, du favoritisme à la Commission électorale… Et même moi, si je perdais vraiment, je dirais que tout ça, c’est à cause de la tricherie. Tout ça, c’est très important, il faut l’admettre. Bien sûr, on ne peut pas les forcer, mais c’est clair, nous allons parler de l’importance des élections inclusives».

Bien entendu, la crise sera entretenue sciemment pour en arriver au énième dialogue auquel est préparée en réalité l’opinion congolaise. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre le message du président du Calcc le 19 août 2018 à l’occasion du dîner offert au Grand Hôtel Kinshasa selon lequel  «Tous les états-majors politiques sont conscients des difficultés, voire de l’impossibilité de la tenue de ces élections, mais très peu ont le courage de le dire clairement. Chacun attend que l’autre commette la faute qui justifiera le report aux yeux du grand public », expliquent les porte-paroles des laïcs chrétiens.

…un «individu qui a voulu créer un scoop pour se faire remarquer»

Conseiller principal au collège diplomatique au cabinet du Président de la République, l’ambassadeur Barnabé Kikaya bin Karubi a réagi avec véhémence à l’information faisant état de la médiation Thabo Mbeki. «Je viens de lire l’échange d’hier (Ndlr dimanche 19 août 2018) sur la prétendue nomination de l’ancien Président Sud africain Thabo Mbeki comme envoyé spécial de l’Afrique du Sud en RDC et en Afrique Centrale. Cette question a été discutée à la veille de la visite de travail du Président Ramaphosa à Kinshasa. Nous avons rejeté cette idée et cela a été signifié de manière claire à la délégation sud-africaine», a-t-il déclaré, insistant au passage sur le fait que «Nous avons connu plusieurs envoyés spéciaux qui ne nous ont servi à rien si ce n’est que d’envenimer la situation au pays. A cause de ça, le Président de la République a décidé de mettre fin à l’accréditation des envoyés spéciaux en RDC. Le Président Ramaphosa a pensé que l’Afrique du Sud étant une puissance dans la région devrait dépêcher un envoyé spécial en RDC. Nous avons examiné la situation et nous avons fait comprendre que cela n’était pas nécessaire. Et cela, avant le voyage de Ramaphosa à Kinshasa. Lorsqu’il est venu, le Chef de l’Etat le lui a signifié. Nous avons beaucoup de respect pour le Président Thabo Mbeki, mais le dépêcher comme envoyé spécial en RDC n’est pas nécessaire».

Il faut reconnaître que tout est parti du journal sud-africain «Sunday Times». A son avis, Kikaya est convaincu du fait qu’il s’agit «tout simplement, d’un individu qui a voulu créer un scoop pour se faire remarquer». Il a comparé cette initiative à un  » ‘article réchauffé’ comme on dit en journalisme, par un éditorialiste en mal de scoop » et se dit étonné «de voir comment la toile RD congolaise s’est emballée ».

Bien entendu, il n’exclut pas le cadre bilatéral et multilatéral pour une collaboration meilleure dans «dans le cadre de différentes structures régionales en place à Kinshasa».

Bien plus, relèvent plusieurs médias sud-africains, «aucune communication officielle sur cette désignation de Thabo Mbeki n’a encore été faite à ce sujet. Les sources de la présidence sud-africaine citées par ces médias, évoquent les discussions en cours avec Kinshasa et rapportent que Cyril Ramaphosa pourrait prendre publiquement la parole à ce sujet dans les jours à venir».

Modus operandi mis en place depuis 1991

Au regard de ce qui précède, l’évidence à sauter aux yeux est qu’après avoir massacré au propre comme au figuré Edem Kodjo dans le cadre du Dialogue de la Cité de l’Union africaine et après avoir réalisé les limites des négociations du Centre interdiocésain de Kinshasa, les «tueurs» des médiateurs et des facilitateurs veulent se servir de Thabo Mbeki pour les sortir du pétrin.

Ils ne se souviennent même plus qu’ils avaient tourné en dérision le Chef d’Etat sud-africain, alors en fonction, en boycottant non seulement le «1+4» mis en place le 30 juin 2003, mais aussi le référendum constitutionnel de 2005 et les élections présidentielle, législatives, provinciales, sénatoriales et «gouvernorales» de 2006 et 2007.

En vérité, c’est un modus operandi mis en place depuis 1991.

Faut-il d’emblée relever le fait qu’en matière de diplomatie, on n’impose à un Etat souverain ni un médiateur, ni un facilitateur, ni envoyé spécial. L’Etat souverain est en droit de le récuser.

L’Opposition congolaise le sait…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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