EDITORIAL. Qui a incité Bemba à se porter candidat ?

Sur France 24 le mardi 4 et Rfi le mercredi 5 septembre 2018, Jean-Pierre Bemba a prouvé sa capacité d’adaptation à la terminologie politique née pendant sa détention. Notamment l’expression «instrumentalisation» des Institutions de la République. Entendez l’Assemblée nationale, le Sénat, les Cours et tribunaux (précisément la Cour constitutionnelle) et le Gouvernement – ainsi que les Institutions d’appui à la démocratie, en l’occurrence la Ceni (surtout elle), le Csac, la Cndh et le Cnsa.

Cette terminologie caractérise depuis une dizaine d’années les prises de position de l’Opposition et de la Société civile alliée.

Les acteurs qui l’utilisent abondamment la retirent cependant de leur langage une fois leurs objectifs atteints.

Ne suivez pas mon regard…

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Curieusement, s’agissant du Mlc, il se constate qu’aucun député national, aucun sénateur, aucun député provincial ne démissionne jusque-là des institutions qualifiées pourtant d’inféodées. Tous préfèrent y évoluer et vivre dans et de l’inféodation.

On ne peut, au demeurant, leur en vouloir puisqu’ils sont témoins de cette autre « inféodation » qu’on ne dénonce pas : depuis 11 ans, leur leader, Jean-Pierre Bemba, continue de garder son mandat et de jouir pleinement de tous les avantages sociaux assortis pendant qu’il n’a participé à aucune plénière à la chambre haute ! En 11 ans, la chambre basse a connu une trentaine de sessions ordinaires et extraordinaires pour pas moins de 300 séances plénières. Même si au point 6 de l’article 204 du Règlement intérieur le mandat du sénateur prend fin à la suite d’une «absence non justifiée et non autorisée à plus d’un quart des séances d’une session», il faut avouer que Bemba a bénéficié d’un traitement exceptionnel.

N’y voyant à son niveau aucune entorse à la Constitution ni au Règlement intérieur de la chambre basse, il va prendre son siège le 15 septembre prochain. Dans une dizaine de jours. Et même s’il n’y revient pas, il continuera de jouir de l’«inféodation du Sénat» à Joseph Kabila, c’est-à-dire profiter indéfiniment de l’alinéa 2 de l’article 105 de la Loi fondamentale selon lequel «Le mandat de sénateur commence à la validation des pouvoirs par le Sénat et expire à l’installation du nouveau Sénat».

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Il est évident que si la Ceni ou la Cour constitutionnelle avait validé sa candidature, le discours serait différent de celui qu’il développe en indisposant même ses partenaires de l’Opposition. (lire MANCHETTE intitulée «Bemba, mauvais jouer, disqualifie Fatshi !»)

Dès lors que ces institutions n’ont pas préservé son intérêt, il est devenu tellement amer – à l’instar de Moïse Katumbi et d’Adolphe Muzito – qu’il est d’avis que le Président Joseph Kabila se choisit ses adversaires, allusion faite aux candidats validés. Cas de Félix Tshisekedi, Martin Fayulu, Vital Kamerhe et autres Freddy Matungulu. C’est exactement ce que Moïse a dit début août 2018.

L’enseignement à tirer est que Chairman aurait préféré être disqualifié pour subornation que pour corruption des témoins puisque que la subornation lui semble excusable, la corruption étant, elle, condamnable ! (Lire «AMUSONS-NOUS UN PEU» intitulé « Bemba : oui à la subornation, non à la corruption»).

Pourtant, il aurait fait preuve de grandeur d’esprit en s’abstenant de se porter candidat tant que l’affaire « subornation des témoins« , selon lui, courait encore au niveau de la Cpi. Il aurait dû admettre que la séance du 17 septembre 2018 est limitée à la fixation de la peine et non à la révision du procès.

Or, soit-elle d’un jour ou de six mois, d’une année ou de cinq ans, la peine est un jugement irrévocable !

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Reste à savoir si Bemba n’a pas été poussé à tenter l’aventure électorale pour autre chose – par exemple servir de pression sur Joseph Kabila – que pour être effectivement candidat présidentiable.

Comment ne pas l’admettre lorsqu’on sait que les lobbies ayant obtenu son acquittement le 8 juin 2018 disposaient de tous les atouts, notamment celui du temps (deux mois) pour faire accélérer auprès de la Cpi la finalisation de la seconde affaire avant la clôture du dépôt des candidatures pour la présidentielle, c’est-à-dire le 8 août 2018.

En laissant les dates se chevaucher, ils ont en réalité corsé les choses au détriment de Chairman.

Les indices incitent à croire qu’ils savaient, eux, JP Bemba « invalidable » !

Et avec lui, ses juristes-maison.

Cette fois, ne suivez pas mon regard…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

http://www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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