Cenco, Occident et Elections. La mauvaise semence enfin mûre pour les élections !

  • On a par moments l’impression que la coalition «Occident-Cenco» a décidé d’empêcher la famille politique Kabila de conserver le pouvoir même par le moyen légal des élections. Pourtant, en France, la Droite l’a fait 23 ans durant (1958 à 1981) et aux Etats-Unis les Républicains 12 ans de suite (1981 à 1993) sans que cela n’énerve la Constitution…
  • Ainsi, ce qui est permis aux Occidentaux – et même à certains Africains comme les Sud-Africains, les Angolais, les Ethiopiens et autres les Tanzaniens – est  comme «formellement» interdit aux RDCongolais… 

Dimanche 25 novembre 2018. Stade des Martyrs. Inauguration du ministère pastoral de Mgr Fridolin Ambongo en qualité de nouvel archevêque de Kinshasa. Se voulant le «le Pasteur de tous et de toutes sans distinction ni exclusion», le successeur du cardinal Laurent Monsengwo rassure. «J’ouvrirai mon cœur pour écouter les doléances de tous et de toutes. J’étendrai mes bras pour accueillir tous et toutes. J’ouvrirai mes mains pour servir tous et toutes. Oui, libre à l’égard de tous, je serai au service de tous et de toutes», déclare-t-il au point 13 de son homélie avant d’aborder au point 15 le sujet politique brûlant de l’heure, celui des élections. «C’est dans cet esprit d’unité et de communion que je lance un vibrant appel à la conscience patriotique de notre peuple à ne pas céder à la provocation et à la violence (surtout verbale) pendant cette période de campagne électorale. Une différence d’opinion politique ou de conviction religieuse ne fait pas de l’autre un ennemi à dénigrer où à abattre. En toute circonstance, nous devons apprendre à nous respecter en respectant l’autre dans sa différence légitime», dit-il, s’adressant principalement aux électeurs et aux candidats de tous les coins et recoins du pays… 

Le 22 novembre 2018, au terme de son assemblée plénière extraordinaire commencée le 20 novembre, la Cenco a publié un message intitulé «DES ELECTIONS CREDIBLES POUR UNE VERITABLE ALTERNANCE DEMOCRATIQUE». Parmi les recommandations, celles portant les numéros 19, 23, 25, 26, 33 et 34 intéressent la chronique de ce jour. 

La première relève que «La CENCO ne soutient aucun candidat, elle n’a pas un préféré à vous proposer» et estime «Libres de toute contrainte, en âme et conscience, que chacun donne sa voix à la personne jugée digne de confiance pour le bien-être de tous». Exhortation est faite aux Congolais de demeurer «vigilants pour ne pas nous faire voler notre vote» et de ne pas céder «au tribalisme, au régionalisme, au favoritisme, à toute forme de clientélisme». 

La Cenco appelle les Congolais à éviter «la violence pour résoudre d’éventuels différends électoraux (cf. Mat 5,59)», ce d’autant plus, conclut-elle, que «Notre pays a plus que souffert des violences de tout genre, il a besoin d’une paix durable pour sa reconstruction»… 

Autre recommandation à retenir, cette fois-ci à l’attention de la Céni, celle portant le n°23. «Nous pensons qu’il est encore temps de trouver un consensus sur l’utilisation ou non de la machine à voter. Si l’usage de cette machine s’avérait inéluctable, nous demandons à la CENI de rassurer le Peuple congolais que la machine ne sera exclusivement utilisée que pour l’identification des candidats et l’impression des bulletins de vote ; de procéder uniquement au comptage manuel des voix et d’afficher les procès-verbaux (PV) dans tous les bureaux de vote et de dépouillement le même jour. Autrement, elle jetterait le discrédit sur les résultats des scrutins», note la hiérarchie catholique. 

Au Gouvernement, la Cenco recommande (25) de parachever les «mesures de décrispation politique telles que prévues dans l’Accord de la Saint Sylvestre». Au point 26, elle insiste aussi sur la situation sécuritaire. «Pour des élections apaisées, il lui incombe de sécuriser davantage le Nord et le Sud Kivu, l’Ituri, le Tanganyika et toutes les zones où sévissent les groupes armés pour que la population puisse participer aux élections en toute sécurité», dit-elle, de même qu’elle évoque la question médicale liée à Ebola. Mais, surtout, elle demande à l’Exécutif national «de ne pas utiliser les Agents et les moyens de l’Etat pour la campagne d’un candidat, d’un parti ou d’une plateforme». Inutile de suivre mon regard. 

Notons seulement en passant que les Evêques ont oublié de s’adresser aux groupes armés.  

Les candidats, eux, sont concernés par la recommandation n°33 ainsi formulée : «Nous recommandons de mener la campagne électorale dans le respect des règles établies, notamment celui des adversaires politiques qui ne sont pas à considérer comme des ennemis, mais plutôt des compatriotes ; de convaincre les électeurs par la pertinence de programmes politiques et non par des cadeaux».

Quant à la Communauté internationale, (Ndlr : généralement réduite à l’Occident), elle est concernée par la recommandation n°34. «Nous demandons de nous accompagner dans ce processus en privilégiant les intérêts du Peuple congolais et de ne prendre en considération que les résultats qui soient conformes à la vérité des urnes», lui dit la Cenco. Message clair dans le sens de ne pas reconnaître le camp victorieux autre que celui pré-positionné vainqueur.

Le 22 novembre 2018, au nom de l’Union européenne, la Haute Représentante et Vice-Présidente Federica Mogherini a eu un entretien avec le VPM congolais des Affaires étrangères Léonard She Okitindu. 

Soulignant la responsabilité majeure du Gouvernement et de la Céni, l’Ue recommande ces institutions d’«œuvrer à la bonne tenue des élections en respectant la date prévue et les standards de transparence et d’efficacité nécessaires» et note que «L’observation électorale indépendante, par des organisations régionales et par les acteurs de la société civile, joue un rôle clé». Elle relève en plus que «L’Union européenne suivra attentivement le déroulement des élections en RDC» et «La tenue d’élections inclusives, transparentes, crédibles et pacifiques sera importante pour son engagement futur en RDC avec les autorités démocratiquement élues pour le développement du pays dans l’intérêt de la population congolaise».  

Qui va blanchir la semence noircie à dessein ?

Au moment où ces protagonistes (Cenco et Union européenne) modèrent leur ton, ils sont pourtant conscients de la mauvaise semence apprêtée pour les élections. 

En effet, au cours de ces trois dernières années correspondant (fait du hasard ?) avec la fronde katumbienne opérée en deux temps (d’abord la dissension G7 au sein de la MP, ensuite la démission fortement médiatisée du dernier gouverneur du Katanga), il a été observé dans le chef des Occidentaux (via l’Union européenne et les Etats-Unis) ainsi que de la frange radicale de l’Eglise catholique romaine du Congo managée par le cardinal Laurent Monsengwo des prises de position manifestementanti-Kabila. 

C’est à croire qu’au nom de l’alternance démocratique voulue par la voie des urnes, la coalition «Occident-Cenco» a plutôt résolu d’interdire à la famille politique Kabila tout droit d’en être bénéficiaire. 

Or, dans toutes les démocraties qui fonctionnent normalement au monde, un parti ou un regroupement politique peut garder le pouvoir plusieurs mandats de suite. Dans la Vème République en France, la Droite l’a démontré entre 1958 et 1981 en permettant à Charles de Gaulle, à Georges Pompidou et à Valery Giscard d’Estaing de se succéder par la voie des urnes. Aux Etats-Unis, le républicain Ronald Reagan a fait son double mandat de 8 ans au pouvoir (1981-1989) et a eu pour successeur direct le républicain George H.W. Bush pour 4 ans (1989-1993). Cela ne dérange personne. 

Ne parlons même pas du Mexique avec le Parti révolutionnaire institutionnel (Pri) ayant gardé le pouvoir 70 ans durant alors que ce pays est une démocratie vivante. Ou encore, comme relevé ci-dessus, d’Afrique du Sud, d’Angola, de Tanzanie, d’Ethiopie etc.

 Au stade actuel du processus électoral – on est de plain-pied dans la campagne électorale – qui va blanchir la semence noircie à dessein, c’est-à-dire ramener au bon sens la catégorie des Congolais radicalisésau cours de ces trois dernières années et déterminés à en découdre dans la rue ? 

Genève a envoyé un signal effrayant pour tout démocrate averti : la «base», oui la «base» peut être capable du pire. Si celle-ci est capable de défier son leadership politique avec lequel elle communie, on imagine le sens de l’intérêt qu’elle pourrait porter aux recommandations de la Cenco et de l’Occident…

Omer Nsongo die Lema

@omernsongo

E-mail : omernsongo@gmail.com

www.congo30juin.com

Facebook : Omer Nsongo

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